< Notes de la rédaction


The New Yorker

Going Home with Wendell Berry

La journaliste Amanda Petrusich signe ce long entretien avec Wendell Berry, paru en 2019 dans le New Yorker. En proie à une crise profonde devant les menaces globales qui s'accumulent au-dessus de nos têtes, elle sollicita une rencontre avec le poète-fermier dans l'espoir qu'il accepte de partager un peu de sa sagesse terrienne pour apaiser son angoisse existentielle. Berry et sa femme Tanya l'accueillirent chaleureusement et Berry fut généreux de son temps. Car pour lui, toute conversation est chose sérieuse et, aux discours abstraits, il oppose plutôt la connaissance particulière des êtres et de lieux. La conversation suppose une forme de vulnérabilité: il faut aussi accepter de pas entièrement maîtriser ce qui est dit. Il en va ainsi de la pensée de Berry qui ne cherche pas seulement à convaincre, mais prend forme dans la relation.

Une certaine connivence s'est installée entre les deux interlocuteurs, tous deux boursiers de la Fondation Guggenheim. C'est grâce à cette bourse que Berry put passer un an en Toscane, où il a été fasciné par l'occupation intensive mais è échelle humaine du territoire, l'aménagement en terrasses de collines aussi abruptes que celles qu’il connaissait au Kentucky et que les Toscans étaient parvenus à rendre productives et diversifiées. C'était la preuve pour lui que des traditions agraires anciennes ne devait pas nécessairement être considérée comme dépassées et être remplacées par l’agriculture industrielle. Peu de temps après son retour aux États-Unis, il décidait de retourner vivre sur les rives de la rivière Kentucky, près des terres ancestrales de la famille Berry.

Au terme de leur entretien, Berry lui remit un tirage typographique de son poème "A Vision" qui se termine ainsi: 

La mémoire,
enracinée dans cette vallée, s’étendra sur elle
comme une forêt, et la mémoire deviendra
légende, la légende deviendra chant, le chant
deviendra sacrement.

*   *   *

Ne pas chercher à se trouver, mais à se perdre

« Le président Trump est sexuellement libéré et financièrement sans entraves. Les libéraux ne le reconnaissent pas, mais il incarne un idéal qui existe aussi bien dans une version libérale que conservatrice : “Si vous voulez quelque chose, vous devriez pouvoir l’avoir.”

Mon ami David Kline, un Amish et écologiste, m’a dit un jour : “L’idée de se trouver soi-même sonne très étrangement aux oreilles des Amish. Après tout, nous, les Amish, nous ne cherchons pas à nous trouver; nous cherchons à nous perdre!”

Vous voyez comment cela rejoint l’insistance traditionnelle sur la nécessité de certaines limites. »

 




Lettre de L'Agora - Printemps 2026