Billet électoral: Équipe Québec contre Équipe Canada

Georges-Rémy Fortin

 

PSPP a bâti une équipe impressionnante, qui équilibre l’expérience et l’énergie des nouvelles recrues. Des artistes, des administrateurs, des juristes, des professeurs, des gens d’affaires. Avec une équipe représentative de notre société, on a vraiment une Équipe Québec.

Que penser de l’Équipe Fréchette? Son adhésion au slogan de Carney, « Bâtir un Canada fort », montre que la successeure de Legault joue plutôt pour Équipe Canada que pour sa propre équipe. Elle a beau avoir son nom sur les pancartes, ce n’est pas elle qui mène le jeu.

Fréchette dans l’ombre des grands hommes

Christine Fréchette tente de faire oublier son héritage caquiste en renommant la CAQ « Équipe Fréchette ». Mais pendant qu’elle se met ainsi sous les projecteurs, on ne peut pas oublier l’ombre de François Legault qui plane autour d’elle.

La CAQ est en effet une pure création de François Legault. On ne peut pas changer un parti du jour au lendemain. L’Équipe Fréchette reste la machine de François Legault. C’est Legault qui a donné à Fréchette ses plus grandes responsabilités politiques, qui incluent le dossier Northvolt et la politique de la CAQ en matière d’immigration temporaire.

Bien sûr, elle a sa part de responsabilité dans la gestion désastreuse de ces dossiers, mais elle a été choisie par Legault parce qu’il se reconnaissait en elle. Cela est confirmé par le fait qu’il l’a lui-même choisie pour lui succéder, en lui permettant de commencer sa campagne avant les autres candidats. Legault a choisi Fréchette parce qu’elle partage sa conception du progrès économique : brader les ressources du Québec aux investisseurs étrangers.

Une fois Fréchette devenue cheffe de la CAQ, l’ombre entourant la première ministre s'est agrandie : à celle de Legault, s’ajoute celle de Carney, qui s’ingère dans la campagne électorale québécoise. Les cadeaux électoraux de Carney sont, avec la peur de Trump, les seuls arguments de campagne de Fréchette.

Des publicités fédérales inondent nos médias en vantant la puissance du Canada, qui serait le paradis des énergies propres. Ce sont autant d’attaques contre le PQ et d’appuis à Fréchette.

Ce que Fréchette devra à Carney… et à PSPP

Si Fréchette réussissait à faire élire la CAQ pour un troisième mandat, elle devrait son élection à Mark Carney.

A-t-on oublié que, pendant ses deux mandats, la CAQ de Legault a essuyé refus sur refus de la part du fédéral? L’autonomisme, la troisième voie de la CAQ, a été un échec complet.

Pourquoi, soudainement, Carney fait-il pleuvoir les cadeaux sur la campagne de Fréchette? Pourquoi la CAQ de Fréchette obtient-elle plus que celle de Legault? Est-ce parce que Fréchette est devenue aussi fédéraliste que les Libéraux provinciaux? Ses réponses en anglais à des questions en français et ses déclarations sur l’impossibilité économique de la souveraineté le laissent penser.

S’il suffisait d’être fédéraliste pour être appuyé par Carney, Milliard en bénéficierait. Ce n’est pas le cas. La réponse est ailleurs.

La popularité du PQ et la possibilité d’un référendum dans l’après-Trump sont la vraie raison. Carney appuie le seul parti assez populaire pour s’opposer au PQ. C’est donc à PSPP que Fréchette doit sa relation privilégiée avec Carney.

Si Fréchette gagne, ce rapport de force disparaît. Gageons que le banquier Carney s’y connaît en retour sur investissement. Si Fréchette gagne, le Québec perd.

Si le PQ gagne, le rapport de force qui motive les cadeaux de Carney demeure. Seulement, le PQ ne quémandera pas de cadeaux, mais exigera ce qui est dû au Québec.

Jouer sur la même glace que l’Alberta et l’Ontario

Certains craignent que le PQ instaure un rapport de force avec Ottawa. On nous chante la ritournelle de l’unité canadienne. L’heure est à la solidarité coast to coast. Les démagogues qui comparent PSPP à Trump iront jusqu’à dire que toute critique de Carney est un appui à Trump.

Pourtant, l’Ontarien Doug Ford ne se gêne pas pour en mener large. Il se comporte comme s’il était le premier ministre du Canada. Son approche des relations internationales se résume à insulter Trump. Un mini-Trump de Toronto. Son plan pour protéger l’industrie automobile de l’Ontario? Menacer de couper l’électricité québécoise aux États-Unis. Le Québec, qui est déjà la province la plus pénalisée par la stratégie de Carney, en subira les conséquences.

Du côté de l’Alberta, Daniel Smith joue sur la menace d’un référendum pour obtenir ce qu’elle veut. Et ça marche. Carney a mis toute la puissance de l’État fédéral au service de l’industrie pétrolière albertaine, qui appartient, ne l’oublions pas, à 73% à des intérêts étrangers, et à 60% aux Américains.

Notre plus grand atout

Même en ayant reporté le référendum à l’après-Trump, le PQ continue de faire peur à Carney. Un gouvernement du Parti Québécois jouerait égal à égal avec les bullies de l’Ontario et de l’Alberta, pour imposer une approche québécoise dans les négociations avec les Américains.

Une approche prudente plutôt que les menaces, un soutien aux PME et l’équilibre budgétaire plutôt que les éléphants blancs et le pétrole d’Équipe Canada. Le référendum, même remis à plus tard, reste notre plus grand atout. Cet atout, il faut le jouer maintenant ou jamais avec l’Équipe Québec.

 

Ce texte est paru d'abord sur le blogue de Georges-Rémy Fortin.

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