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Nous soutenons la beauté

Stéphane Stapinsky

« Nous soutenons la beauté ». « We back beauty ». L’affirmation surprend dans un monde régi par l’utilité, un monde si peu habitué à mêler les grands principes à la vie de tous les jours.  Cette phrase, elle résonne presque comme un engagement solennel, un engagement moral.


« We back beauty »… Tel le thème de la campagne organisée au Royaume-Uni pendant toute une année (avril 2016-avril 2017) par la Backing Beauty Commission, créée à l’initiative de ResPublica, un think thank qui a apporté depuis sa création en 2009 par Phillip Blond un vent de fraîcheur sur la scène politique et intellectuelle britannique.  Dans sa tâche, cette nouvelle commission peut s’appuyer sur deux institutions réputées, le National Trust et le Woodland Trust.

De quelle notion de beauté s’agit-il au juste? La Backing Beauty Commission s’inspire des principes et idées mis de l’avant dans un rapport de ResPublica publié en juillet 2015 et intitulé  « A Community Right to Beauty ». J’ai écrit un petit texte l’an dernier à l’occasion de la sortie de ce rapport, que j’ai beaucoup aimé. J’y ai trouvé de nombreuses pistes que nous pourrions suivre ici même au Québec.  Sa lecture vous en apprendra plus sur la signification du mot « beauté » pour Phillip Blond et son équipe de collaborateurs.

C’est une notion qui est avant tout politique, au sens noble du terme (la cité). Elle concerne les communités, les quartiers, les villes et les villages où nous vivons. Vivre dans des lieux qui sont beaux ne peut qu’avoir des effets positifs sur tous les plans. Et vivre au milieu de la laideur ne peut que nous faire déchoir : « … ugly surroundings erode aspiration, health and community; they trap people in a cycle of ever decreasing social mobility, and they cultivate crime » (Caroline Julian). Pour ResPublica, il y a un droit à la beauté, et il existe pour tous. Mais ce qui est peut-être le plus important, c’est que la beauté contribue à donner une âme, un « ethos » à ces communautés où nous vivons.

Res publica, et c’est tout à son honneur, ne cède pas aux diktats d’une certaine rectitude de pensée en matière esthétique. On soutient généralement qu’en matière de beauté, tous les goûts sont dans la nature. Il semblerait donc qu’on ne puisse guère s’entendre afin de déterminer ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Le think thank britannique refuse ce relativisme un peu trop absolu. Des recherches montrent en effet que les gens s’entendent plus que l’on croit quant à déterminer ce qui est beau et ce qui ne l’est pas.  Encore faut-il qu’ils fassent confiance à leur propre jugement. Cet « empowerment » des gens ordinaires en matière de beauté, est un des objectifs poursuivis par Res Publica. La beauté n’est pas réservé qu’à une seule petite élite qui serait seule capable de l’apprécier.


Faire confiance à son propre jugement, c’est aussi, inévitablement, remettre à l’occasion en question l’autorité des experts, qui est l’autre versant de ce relativisme esthétique qui est devenu la norme aujourd’hui. Cette remise en question de l’autorité des experts, les artisans du site « We back beauty » la pratiquent parfois. Je ne citerai qu’un exemple. Sur le compte Twitter de l’organisme, en date du 7 octobre, on peut lire un bref commentaire chapeautant la manchette d’un article du quotidien The Independent à propos d’un prix d’architecture décerné à un bâtiment. Le commentaire est simple mais on ne peut plus clair : « But it is beautiful ? » (Mais cela est-il beau?). J’aime cette audace vraie en une période de conformisme généralisé.

J’aime aussi beaucoup l’approche de ResPublica, qui consiste à jouer sur les deux tableaux suivants : les idées et l’action. Très peu de temps après la diffusion de ce rapport, les propositions d’action ont suivi : la Backing Beauty Commission a été créée, la campagne « We back beauty » inaugurée.

Les objectifs de cette campagne sont de deux ordres. D’abord, faire en sorte que la beauté devienne une préoccupation centrale en matière de politique publique et de planification urbaine au Royaume-Uni. En second lieu, promouvoir une décentralisation des pouvoirs, qui fasse en sorte que les communautés locales puissent obtenir davantage de pouvoir leur permettant de redéfinir leur cadre de vie en fonction de leurs aspirations.

On consultera avec intérêt le site « We back beauty » (http://webackbeauty.org.uk/) ainsi que le compte Twitter de l’organisme (https://twitter.com/webackbeauty), afin de suivre les initiatives mises en œuvre au quotidien par celui-ci.

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