• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    Impression du texte

    Dossier: Monet Claude

    La rédemption des nymphéas

    Mario Pelletier

    C’était au printemps de 1967. J’étais parti pour le Mexique avec un ami. Montréal-Mexico : trois jours en autocar (pour 66 $). Il y avait des arrêts tout le long du parcours. À Chicago, il était assez long pour nous permettre une visite au fameux musée Art Institute. Prenant le repas du midi dans une cafétéria à proximité, nous avons entendu soudain des cris, des coups, un fracas de vaisselle cassée. Plusieurs personnes, y compris des policiers qui étaient sur les lieux, se sont ruées vers la cuisine d’où venait le grabuge. 

    Je vois encore les deux cuisiniers étendus par terre dans une flaque de sang : leurs longs tabliers blancs ensanglantés par les blessures qu’ils s’étaient infligées avec de grands couteaux à dépecer. Inutile de dire que le lunch à la cafétéria m’est resté sur le cœur. C’est hanté par les images horribles de la rixe que je suis arrivé au musée. Mais là, un moment de grâce m’attendait. J’entre dans une pièce, et c’est la beauté pure : les Nymphéas de Monet occupent tout l’espace comme un jardin d’eau féérique.

    Longtemps je suis resté à contempler ce vaste tableau des nénuphars que le pinceau de Monet avait transfigurés à la surface d’un étang. Hypnotisé par cette beauté qui repoussait loin la laideur de ce que je venais de voir. Une sorte de rédemption par rapport à la scène sanglante, hideuse, qui m’était restée en tête. Autant j’avais été saisi par l’horreur, autant maintenant j’étais pénétré de beauté. Je suis peut-être resté une demi-heure en contemplation, je ne sais, le temps n’existait plus. J’avais basculé momentanément dans un monde touché par la grâce, ressuscité en quelque sorte par un artiste inspiré. Était-ce la résurrection en gloire que la mystique chrétienne nous promettait ? Cette transfiguration du visible, de l’audible, du sensible qui est à la source de l’art. À la source des grands envols, de plus touchantes vibrations de la poésie, de la fugue, de l’image peinte ou filmée.

    Plus tard, j’ai appris que Claude Monet avait consacré les trente dernières années de sa vie (de 1895 à 1926) à peindre la série des Nymphéas qui compte quelque 250 tableaux, et surtout qu’après la Grande Guerre il avait offert cette œuvre monumentale à la France. Un baume de beauté et de lumière sur les douleurs et noirceurs de l’époque. Le conflit le plus meurtrier que la France ait jamais connu. Des millions d’hommes fauchés dans la fleur de l’âge. Il avait donné son œuvre à la patrie martyre, en guise d’espoir, comme promesse de renaissance que la nature nous offre constamment. Il l’avait écrit à son ami Georges Clemenceau, au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918. Et l’homme d’État avait usé de toute son influence pour que le musée de l’Orangerie consacre une aile entière au chef-d’œuvre du grand peintre impressionniste. On avait construit deux pièces ovales à cet effet.

    Depuis, dans ce musée de Paris comme au Art Institute de Chicago, les Nymphéas sont un jardin d’Éden perpétuel pour nous faire oublier, ne serait-ce qu’un instant, les violences du monde. Comme ils avaient fait pour moi, à Chicago, en mai 1967.

    Date de création : 2017-01-03 | Date de modification : 2017-01-08
    Informations
    L'auteur

    Mario Pelletier
    Mots-clés
    Monet, Nymphéas, Grande Guerre, Chicago, laideur, beauté
    Documents associés
    Octave Mirbeau
    Impressionnisme
    Gustave Kahn
    Impressionnisme, Camille Pissarro, Londres
    Albert Flament
    peinture française, impressionnisme, nénuphar, Giverny
    Théodore Duret
    Biographie de Monet, découverte de Manet, débuts, les séries, les Nymphéas, Giverny
    Joris-Karl Huysmans
    Impressionnisme

    10%
    Dons reçus (2017-2018): 2 396$
    Objectif (2017-2018): 25 000$


    Nous avons reçu près de 22 000$ lors de la campagne 2016-2017. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2017-2018, notre objectif s'élève à 25 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.