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Péguy Charles

07 / 01 / 1873-05 / 09 / 1914

"Charles-Pierre Péguy. Reçu à l’École normale supérieure en 1894, il abandonna les études universitaires pour se consacrer à la défense des idées socialistes, créa une librairie, lutta énergiquement pour la révision de l’Affaire Dreyfus, et fonda en 1900 Les Cahiers de la Quinzaine où il a publié ses principaux ouvrages et fait connaître maint écrivain de valeur. Socialiste mystique, il rompit avec Jaurès et les politiciens, et écouta de plus en plus les voix du patriotisme et de la foi. Dans son œuvre, les pamphlets alternent avec les méditations religieuses. Citons : Jeanne d’Arc, drame en trois pièces : Domremy, Les Batailles, Rouen (1897), sous le pseudonyme de Pierre Baudoin et avec la collaboration de son ami Marcel Baudoin; Notre Patrie (1905); Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910); Victor-Marie, comte Hugo (1911); L’Argent (1912); Le Porche de la deuxième vertu (1912); Le Mystère des saints Innocents (1912); La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d’Arc (1913); La Tapisserie de Notre-Dame (1913). L’influence de son maître Bergson y est visible. Son style est très curieux : encombré de parenthèses et d’incessantes répétitions, comme si l’écrivain ne trouvait jamais l’expression définitive, il est souvent, surtout dans la polémique, dru, vigoureux, pittoresque. Sa vie, évoquée par Jérôme et Jean Tharaud dans Notre Cher Péguy (1926), n’est pas moins attachante que son œuvre : il y apparaît comme un homme du moyen-âge."

Larousse du XXe siècle en six volumes. Paris, copyright 1932. Tome cinquième, p. 447.

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Une interprétation plus subjective

"Péguy était issu du peuple. On ne peut pas être plus du peuple que ce fils d’une rempailleuse de chaises d’Orléans. Il en était fier. « Il n’y a plus de peuple, disait-il; tout le monde est bourgeois. Mais un enfant élevé dans une ville comme Orléans, entre 1873 et 1880, a littéralement participé de l’ancienne France. » […]

Il est peuple, il est resté peuple, avec toutes les délicatesses du peuple de France, son idéalisme et ses défiances, son intransigeance intellectuelle tempérée de malice gouailleuse, son esprit à la fois conservateur et révolutionnaire. Normalien, écrivain, pamphlétaire, il a été une des plus parfaites expressions de l’âme populaire française.

Pour lui, la France était incontestablement le premier pays du monde; aucune culture ne pouvant être comparée à la sienne; aucun autre langage vivant que le sien ne valait la peine d’être parlé. Le voyage le plus lointain qu’il fit fut Orange, où il alla entendre Œdipe roi sur les marches de théâtre antique. « Ensuite il ne dépassa guère l’horizon de la Beauce ». Comme le bon peuple de France à travers les siècles, comme le bon peuple d’Orléans, il entretenait vivante en lui l’image de Jeanne d’Arc. Il l’aimait, il la chérissait avec l’émotion d’un Villon et la familiarité d’un contemporain pour une payse. « Ce qu’il y a d’épatant chez elle, s’écrait-il, c’est qu’elle n’écoute jamais personne! »

Il était socialiste, mais socialiste comme on ne l’est pas chez les intellectuels et les politiciens. Il voulait […] ramener le bonheur dans le monde par la restauration du travail et de la pauvreté, de la sainte pauvreté. Grâce à l’affaire Dreyfus son désaccord avec les autres n’éclata pas immédiatement. Péguy s’était jeté là avec autant de fougue que de désintéressement et de naïveté. Il crut qu’un monde nouveau allait en sortir. Quand il vit que rien n’était changé, il se tourna violemment, courageusement, au nom de sa mystique trahie et bafouée, contre les alliés d’hier. C’est alors qu’il s’installa rue de la Sorbonne, dans une pauvre boutique, et qu’il lança ses Cahiers de la Quinzaine, qui durèrent quinze ans.

Les Tharaud (*) font revivre d’un pinceau délicatement humoristique les originaux que l’affection, l’admiration, une étrange atmosphère d’autorité magique et de poésie groupaient autour de lui. Ils nous racontent son existence précaire et presque balzacienne, ses soucis d’argent, son éternelle angoisse des échéances, ses courses à travers Paris, ses luttes, ses amitiés orageuses, ses ruptures, son optimisme persistant au milieu des déboires et des plus cruels ennuis. […]

Ce sentimental autoritaire et généreux exerçait sur ceux qui l’approchaient une force peu commune de séduction. Il était une fraîche source de vie et continuellement jaillissante. On le sent dans son œuvre. M. André Bellessort est de l’avis de ses biographes : « Il n’est pas un auteur défendable. On l’accepte ou on ne l’accepte pas. On est pris d’emblée, à le lire, d’une sorte d’enthousiasme, ou l’on s’ennuie avec lui à mourir et l’on s’y ennuiera sans remède »… (analysé d’après André Bellessort, Journal des Débats, 24 mars 1926)"

(*) Jérôme et Jean Tharaud, co-auteurs d'une biographie de Péguy publiée en 1926.

«Essayistes, penseurs et philosophes: Charles Péguy», Chronique des lettres françaises, 4e année, no 21, mai-juin 1926, p. 381-383.

Articles


Adieu à la Meuse

Charles Péguy
"Il y a une ivresse de Péguy comme il y a une ivresse de Hugo. Ils sont l’un et l’autre des coureurs de fond. Il faut se laisser emporter par la houle et bercer par le charme insidieux et puissant du poète de la grâce et de la cor