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    • Édition

    L'Encyclopédie sur la mort



    Ziegler Jean

    Jean Ziegler, né à Thoune dans le canton de Berne en Suisse, le 19 avril 1934, docteur en droit et en sociologie, a été professeur de sociologie à l'université de Genève jusqu'en 2002 et professeur associé à l'université Paris I (Sorbonne). Il fut rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde de 2000 à 2008. Le 17 janvier 2009, le titre de docteur honoris causa lui est décerné par l'université de Paris VIII ainsi que par l'université de Savoie, le 4 décembre 2009. Jean Ziegler est connu pour ses analyses critiques de la faim dans le monde et de la malnutrition qui cause chaque année la mort de 36 millions de personnes.

    Ziegler est l'auteur de nombreux volumes dont Les vivants et la mort, Paris, Seuil, 1975. Un essai de sociologie de la mort qui se range parmi les chefs d'oeuvres de la littérature contemporaine sur la mort.

    Introduction

    Feriant omnes - ultima necat, chaque heure qui passe blesse, la dernière tue. Le cadran solaire du couvent de Sao Francisco, qui depuis quatre siècles dicte ses heures à la ville de Bahia, rappelle une évidence banale qui pourtant détermine toute notre vie. Grand blessé grave, cheminant vers ma mort, je parlerai par variations discontinues. Dans mon livre, l'événementialité infra-conceptuelle, le non-dit revêtent une importance au moins égale à celle du récit constitué. Car « nul ne fait, en s'exprimant, mieux que s'accommoder à une possibilité de conciliation très obscure de ce qu'il savait avoir à dire avec ce que, sur le même sujet, il ne savait pas avoir à dire et que cependant il a dit 1 ».

    [...]

    En 1968, je partis pour le Brésil. Le Fonds suisse pour la recherche scientifique acceptait de financer un vaste projet de recherche qui devait comprendre l'étude comparative de certaines hiérarchies politiques des sociétés du bassin congolais et de celles, non moins complexes, des sociétés de la diaspora du Brésil. Depuis 1968 et jusqu'aujourd'hui, j'ai retrouvé le Brésil deux fois par an, au hasard des vacances universitaires et parlementaires. Or, imperceptiblement, mon projet a changé. Un glissement s'est opéré. Il n'y a eu ni intuitions fulgurantes, ni brusques découvertes, mais une lente et bienfaisante immersion dans une société autre, celle de la diaspora africaine. Cette société africaine, je la reconnais comme mienne aujourd'hui, puisque c'est à elle que je dois cette paix que je n'ai jamais connue aupravant, cette force de vie aussi et cette intelligence du destin fragile des hommes qui désormais nourrissent mon existence.

    [...]

    Séduction? Névrose d'Occidental guérie par l'immersion dans une société accueillante et qui valorise le névrosé dans la transe et les « cauris 2 » ? Je ne le crois pas. Bastide, avant moi, a parcouru ce chemin. Il est resté professeur en Sorbonne jusqu'au bout, expliquant parfaitement sa double identité : «Il est possible, par une démarche en droit où le vécu n'est plus qu'un ensemble de virtualités possibles, d'essayer sur nous-mêmes à partir de là, des modes religieux que nous n'avons d'abord connus que de l'extérieur, et que nous contrôlons maintenant du dedans, en quelque sorte expérimentalement 3 ».

    Peu m'importent d'ailleurs les interprétations rétrospectives du chemin parcouru! Comme Lévi-Strauss, je revendique le « droit » à une identification libre 4 ». Désormais, je reconnais ma culture d'origine comme ennemie; j'ai épousé l'univers africain comme une femme longtemps attendue.

    C'est la mort qui donne la vie. Car la mort m'impose la conscience de la finitude de mon existence. Elle confère à chacun de mes actes une incomparable dignité et à chaque instant qui passe son unicité. Dans la durée floue, elle me singularise. Sans elle, je ne serais, au sens précis du terme, personne. Tout cela et rien que cela, les Yawalorixa, patiemment, par le geste et le tambour, me l'on appris en huit ans de travail. Faire de telles découvertes, à quarante ans, pose quelques problèmes! Conquérant la liberté destinale de mon existence, je découvris du même coup l'interdit qui frappe la mort dans la société d'origine. Je fis des lectures : la Mort 5, le Retour du tragique 6, Essai sur l'expérience de la mort 7, l'Homme et la Mort 8. Mes hivers genevois, lentement, se remplissaient de livres. Mais ces livres ne dissipaient pas mon angoisse de la mort; car, comme tout homme vivant, je reste habité par la terreur de la mort et ses vertiges récurrents. Cette terreur restait cependant obscure, puisque ma société d'origine, grappant d'interdit, de tabou et de silence toute discussion de l'événement thanatique, ne me fournissait aucun moyen pour comprendre ma mort certaine et pour combattre et gérer l'angoisse qu'elle génère.

    [...]

    Je conçus le projet d'écrire une Sociologie de la mort. Je compris que deux exigences devaient gouverner ce projet : celle d'une investigation comparée des traitements culturels de la mort dans la diaspora africaine du Brésil et en Occident, obéissant aux canons les plus rigoureux de l'enquête empirique; mais aussi celle d'une intelligence des mécanismes culturels qui engendre, plus que du savoir, les moyens en Occident d'une lutte libératrice.

    [...]

    Aucune mort est « naturelle ». Toute mort est un assassinat, un arrachement, une coupure. Ernst Bloch l'exprime magnifiquement : « Au moment de mourir, nous aurions besoin de beaucoup de vie encore pour terminer notre vie... Lorsque nous mourons, que nous le voulions ou non, nous devons nous remettre, c'est-à-dire remettre notre « moi » aux autres, aux survivants, à ceux, et ils sont des milliards, qui viennent aprés nous, parce qu'eux et eux seuls peuvent achever notre vie non finie ». La dernière partie de la Sociologie de la mort traite de la dissymétrie, existant en chaque homme entre sa conscience infinie et la vie finie qui l'incarne 9 ».

    La situation de l'homme est inconfortable, paradoxale, contradictoire. Ma subjectivité est limitée par la mort et par toutes les autres limitations objectives inhérentes à la praxis humaine : je vis avec une subjectivité incomplète. Mais en même temps ma subjectivité finie est potentiellement infinie puisque je pense, je vis, j'agis, je désire et j'aime comme si j'étais immortel. Ma volonté, ma vie, mes projets, mes désirs, mes rêves débordent constamment ma subjectivité finie. Autrement dit : le désir du tout est une constance de l'homme, mais aucune vie humaine n'épuise la totalité des « possibles », ne satisfait le désir du tout. Seule la complémentarité active entre toutes les subjectivités incomplètes, entre tous les hommes impliqués, présents, morts et à venir crée la réalité sociale totale.

    © Tous droits réservés

    Notes

    1 André Breton, cité par Gaëtan Picon dans « André Breton», Le Monde, 3 novembre 1966.

    2 Coquilles utilisées pour la divination par les prêtres nagô; cf. vocabulaire de termes nagô, annexe 1.

    3 Bastide R. , « Religions africaines et structures de civilisation » in Présence africaine, 1968, p. 98-99.

    4 Lévy-Strass C., « J-J Rousseau, fondateur des sciences de l'homme » dans Jean-JacquesRousseau, coll., éd. de la Baconière, Neuchâtel, p. 245.

    5 Jankélévitch, V., La Mort, éd. Flammarion, 1970.

    6. Domenach, J.-M., Le retour du tragique, éc. du Seuil, 1973.

    7. Landsberg, P.-L., Essai sur l'expérience de la mort, éd. du Seuil, 1960.

    8. Morin, E., L'Homme et la Mort, éd.Seuil, 1970, «Points », 1977.

    9. Bloch, E., Geist der Utopie, éd. Cassierer, Berlin, 2° éd. 1923, p. 358.

     

    Parutions récentes

    Destruction massive. Géopolitique de la faim, Paris, Seuil, 2011.

    Jürg Wegelin, Jean Ziegler, Nagel & Kimche, 2011, 280 p.

    Liens

    « Jean Ziegler. Rencontre avec un indigné historique »
    Par PHILIPPE LE BÉ - Mis en ligne le 05.10.2011 à 14:50

    http://www.hebdo.ch/rencontre_avec_un_indigne_historique_124734_.html

     

     

    Date de création:2012-04-23 | Date de modification:2012-06-29
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