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    L'Encyclopédie sur la mort



    Van Gogh Vincent

     

    Peintre néerlandais, né à Groot-Zundert dans la province du Brabant près de la frontière belge. «Le suicidé de la société», dira Antonin Artaud* (Œuvres complètes, XIII, Paris, Gallimard, 1974, p. 50). Son existence tragique est exemplaire de l’exclusion* qu’une société inflige à ceux dont elle ne sait pas intégrer la différence.

    Le 30 mars 1852, Anna Cornélia Carentus, épouse de Théodore, le «beau pasteur» d’une petite communauté calviniste, avait accouché d’un enfant mort-né, appelé Willem Vincent. Une année plus tard, jour pour jour, elle mit au monde un autre fils en bonne santé, le futur peintre, qui reçut les noms de l’aîné, ceux-là mêmes que portaient déjà son grand-père et son oncle. Trente-sept ans plus tard, le 31 janvier 1890, quelques mois avant la mort du peintre, naîtra un autre Willem Vincent, fils de Théo Van Gogh, son frère bien-aimé. Ce neveu deviendra, à la suite de sa mère Jo Bonger, le fidèle conservateur de la mémoire et des œuvres de son oncle. C’est lui aussi qui offrira à la fondation Van Gogh les dessins et les toiles innombrables non vendus de son oncle que nous pouvons maintenant admirer dans le musée Van Gogh à Amsterdam. La vie de Vincent est donc coincée entre celle de son grand frère mort-né et celle de son jeune neveu, comme si elle était une vie d’emprunt. «Trente-sept ans, Vincent a vécu avec le nom d’un autre que lui-même, et un autre commence de porter un nom dont il signe sa peinture… Il y a un Vincent Willem Van Gogh de trop» (P. Bonafoux, Van Gogh par Vincent, Paris, Gallimard, «Folio Essais», 1989, p. 170). Vincent aurait été «marqué du sceau de cette vie morte (l’enfant mort-né) dont, à son insu, il pense être au mieux le remplaçant, au pire le meurtrier, mais toujours l’appendice, au point de se sentir à jamais un intrus, un fragment» (V. Forrester, Van Gogh ou l’enterrement dans les blés, Paris, Seuil, 1983, p. 8).

    Vers la fin de son expérience missionnaire dans une région minière de la Wallonie, Vincent est physiquement affaibli parce que, en partageant la misère des pauvres, il n’a pas su gagner la confiance de ses supérieurs. Sa lettre à Théo, datée du 15 octobre 1879, en témoigne: «Sentir que je suis devenu un boulet ou une charge pour toi et pour les autres, que je suis bon à rien, que je serai bientôt à tes yeux comme un intrus et un oisif, de sorte qu’il vaudrait mieux que je ne sois pas là; savoir que je devrai m’effacer de plus en plus devant les autres — s’il en est ainsi et pas autrement, je serais en proie à la tristesse et victime du désespoir. Il m’est très pénible de supporter cette pensée, plus pénible encore de croire que je suis la cause de tant de discorde et de chagrins dans notre milieu et dans notre famille» (tiré d’un recueil de lettres de Vincent Van Gogh présentées par J. Bonger,Verzamelde Brieven van Vincent Van Gogh, Amsterdam, BVT Lanthuys-Van Goghstichting, 1974, I, p. 193). Dans cette même lettre, il exprime son souhait que, entre lui et son frère, se développe une relation de confiance mutuelle. Il a besoin du soutien moral de Théo pour se créer une voie dans l’existence, satisfaisante pour lui-même et pour les autres. Grâce à son «cher Théo», il espère découvrir une reconnaissance sociale par la peinture: «Si je n’avais pas Théo, écrit-il à Wil sa sœur cadette, il ne me serait pas possible d’aboutir par mon travail à ce que je veux» (automne 1887, dans ibid., IV, p. 144).

    Dans son exposé biographique et pathologique de l’itinéraire artistique de Van Gogh, Karl Jaspers décrit la nature du peintre qui «n’est pas de celles que l’on rencontre couramment. Il a une disposition à s’isoler, il peut passer pour sauvage malgré les aspirations contraires qui lui font rechercher la compagnie et l’amitié. Pour la plupart de ceux qui l’entourent — pas pour tous —, la vie commune avec lui est difficile; il a peu de succès dans ses relations avec autrui». Et puis, il cite M. J. Brusse qui a connu le jeune Vincent: «Van Gogh prêtait à rire par sa manière d’être et de se comporter, car il agissait, pensait et sentait et vivait autrement que les jeunes gens de son âge. Il avait toujours une expression absente, méditative, grave ou mélancolique. Mais lorsqu’il riait, c’était de bon cœur, avec jovialité, et tout son visage s’éclairait» (Strindberg et Van Gogh. Étude psychiatrique comparative, Paris, Minuit, «Arguments», 1953, p. 187).

    En 1888, Van Gogh loue la «maison jaune» à Arles où il aménage avec Gauguin un atelier commun. Cette cohabitation deviendra tumultueuse et prendra fin juste avant Noël, lors du fameux incident où Vincent apporte le lobe coupé de son oreille à une prostituée (Autoportrait à l’oreille coupée). Roulin, le postier dont il a fait le portrait et qui, avec sa femme, s’était lié d’amitié avec le peintre, le ramène à la maison. À cause de l’agitation créée par l’événement dans les environs, la police s’en mêle et trouve Vincent inconscient et ensanglanté dans son lit. Elle le fait transporter à l’hôpital où Théo vient le visiter et s’inquiète de son état lamentable. «Pauvre lutteur et pauvre souffrant», écrit-il à sa femme. «Il essaie de pleurer et ne peut pas. S’il avait pu trouver quelqu’un à qui confier sa peine, tout cela ne serait pas arrivé.» En mars 1889, une pétition amène le maire à prendre la décision de l’interner. Le révérend Salles, pasteur protestant confie à Théo: «Les voisins se sont monté la tête les uns les autres. Les actes que l’on reproche à votre frère à supposer qu’ils soient exacts ne permettent pas de taxer un homme d’aliénation et de réclamer sa réclusion» (lettre citée par J. Bonger, dans Verzamelde Brieven, op. cit., I, p. XLIII). Vincent sait que ses crises, dues en bonne partie à son alcoolisme*, sa toxicomanie* et ses humeurs maussades, provoquent des remous dans la population. «Ils me chicanent, écrit-il, sur ce que j’ai fumé et bu, bon, mais que veux-tu, avec toute leur sobriété, ils ne me font en somme que de nouvelles misères» (lettre à Théo, 19 mars 1889 En mai de la même année, il demande lui-même une chambre à l’asile de Saint-Rémy en Provence afin de donner libre cours à son art.

    Vincent est conscient des faiblesses momentanées de son esprit: «Mais pour me considérer moi comme tout à fait sain, il ne faut pas le faire [sic]. Les gens du pays, qui sont malades comme moi, me disent bien la vérité. On peut vivre vieux ou jeune, mais on aura toujours des moments où l’on perd la tête» (lettre à Théo, 3 février 1889, dans ibid., III, p. 388). Mais six ans plus tôt, il sait déjà faire la part des choses face à l’opinion d’autrui et rebondir après une crise*: «On a prétendu que cela ne tournait pas rond dans ma tête, mais comme je sentais mon mal s’agiter dans les profondeurs de mon être et que je m’efforçais de remonter à la surface, je savais bien qu’il n’en était rien. […] Mais, selon mon idée fixe [en français dans le texte] qu’il fallait revenir à une situation normale, je n’ai jamais confondu mes faits et gestes désespérés, mes peines et mes tourments avec moi-même» (lettre à Théo, octobre 1883, dans ibid., II, p. 292). Au sujet de la maladie de Vincent, Jaspers écrit: «Il la domine souverainement. On ne peut pas parler d’autocritique au cours des brèves crises où Vincent sombre dans la confusion ou dans le délire hallucinatoire. Mais les intervalles lucides, qui tiennent une grande place, il les consacre à un travail intime et continu pour comprendre son état et sa destinée. […] Cet effort de mise au point, de sincérité, pour arriver à une vue de sa situation toujours plus réaliste, plus dépouillée d’illusions l’anime dès le début» (op. cit., p. 213-214). Une preuve de son regard lucide et critique sur lui-même se trouve dans ses nombreux autoportraits où il ne cède d’aucune façon à la moindre complaisance. Vincent connaît, d’une part, des crises récurrentes de dépression* et de mélancolie*, et, d’autre part, des périodes de travail fébrile. On n’a qu’à regarder la quantité et la qualité de toiles qu’il a peintes dans un court laps de temps de sa brève vie.

    En mai 1890, Vincent déménage à Auvers-sur-Oise dans la proximité du Dr Gachet, sur les conseils que le peintre Pissarro a donnés à Théo. Il a bon espoir: «Je crois toujours que c’est une maladie du midi que j’ai attrapée et que le retour ici suffira pour dissiper tout cela» (lettre à Théo et Jo, mai ou juin 1890, dans Verzamelde Brieven, op. cit., III, p. 518). Mais, après quelque temps, il se contemple avec la lucidité du désespoir et de la résignation. Il ne sent plus la force de lutter. «Moi, je ne peux dans ce moment que dire qu’il nous faut du repos à tous [il trouve que le Dr Gachet est aussi fatigué que lui]. Je me sens raté. Voilà pourquoi pour mon compte. Je sens que c’est là le sort que j’accepte et qui ne changera plus […]. Et la perspective s’assombrit, je ne vois pas l’avenir heureux du tout (lettre à Théo et Jo, juillet 1890, dans ibid., III, p. 535). L’après-midi du 27 juillet, Vincent se tire un coup de revolver dans la poitrine en plein champ et, le surlendemain, il meurt dans les bras de Théo dans la petite mansarde de la pension Ravoux où il s’était installé. Dans la poche du peintre, une lettre inachevée: «Eh bien, mon travail à moi, j’y risque ma vie, et ma raison y a sombré à moitié.»

    Lors de la tentative* de suicide de sa voisine Margot, de dix ans son aînée et contrariée dans son amour pour lui, Vincent y va de son commentaire: «Tu comprends bien que j’ai réfléchi à tout, ces jours derniers, et que j’ai été obsédé par cette histoire malencontreuse. Après avoir essayé de se supprimer sans y réussir, elle aura sans doute si peur qu’elle ne recommencera pas de sitôt: un suicide manqué est le meilleur remède contre le désir de se suicider» (lettre à Théo, septembre 1884, dans ibid., II, p. 422). Après sa crise à Arles, il confie à sa sœur Wil: «Je considère le tout plutôt comme un accident. Sans doute il y a gravement de ma faute et j’ai parfois des mélancolies (sic) des remords atroces mais vois-tu, quand cela va me décourager tout à fait et me ficher le spleen, je ne me gêne pas précisément pour dire que le remords et la faute c’est possiblement aussi des microbes ainsi que l’amour. Je prends tous les jours le remède que l’incomparable Dickens prescrit contre le suicide. Cela consiste en un verre de vin, un morceau de pain et du fromage et une pipe de tabac. […] Enfin c’est pas toujours drôle, mais je cherche à éviter tout ce qui aurait des rapports avec l’héroïsme* et le martyre*, enfin je cherche à ne pas prendre lugubrement des choses lugubres (30 avril, 1889, dans ibid., IV, p. 167). À Saint-Rémy, il cherche à guérir «comme quelqu’un qui aurait voulu se suicider [et qui] trouvant l’eau trop froide à chercher à rattraper le bord» (lettre à Théo, 10 septembre 1889, dans ibid., p. 455). Vincent a attenté à sa propre vie dans un de ses moments de dépression. Pris dans l’engrenage du travail* et des fatigues intenses, de l’agressivité et de la culpabilité*, de la quête de relations amicales et de la fuite* dans l’isolement, d’une autodiscipline austère et d’un mode de vie irrégulier, il n’a pas pu porter plus longtemps l’exacerbation d’une existence effrénée. Physiquement et moralement usé au mitant de sa vie, il a succombé à trente-sept ans.

    En 1962, Jean Wahl publia un long article sur la correspondance de Vincent Van Gogh en suivant pas à pas le cheminement du peintre et l’évolution de sa réflexion sur son art, Cette réédition, établie sous la direction de Thibaud Trochu et Cyrille Habert, est accompagnée d’un choix de dessins de Vincent Van Gogh (Jean Wahl, La Pensée du peintre. Sur la correspondance de Vincent Van Gogh, précédé de «L'art d'être immortel-vivant : vie, existence, peinture» par Frédéric Worms et suivi de «Une pensée doublée de ronces : Vincent Van Gogh et Jean Wahl» par Nicolas Surlapierre, Chatou, Éditions de La Transparence, «essais d'esthétique», 2008, 96 p.)

    Image : Vincent Van Gogh, autoportrait : www3.sympatico.ca

     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-18
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