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    L'Encyclopédie sur la mort



    Tucholsky Kurt

    Tucholsky KurtJournaliste et écrivain satirique, né le 9 janvier 1890 à Berlin, fils d’un fabricant juif. Il s’est suicidé à 48 ans le 21 décembre 1935 à Göteborg en Suède, en avalant du poison. Il collabora à la revue libérale de gauche Schaubühne («Théâtre») qui deviendra plus tard Weltbühne («Théâtre du monde») dont il deviendra le directeur. Dès 1926, il s’installe en Suède et perd sa citoyenneté allemande en 1933. Militant pacifiste et antifasciste, il signa ses satires sous le nom d’Ignaz Wrobel, sa critique littéraire sous celui de Peter Panter et ses poèmes sous celui de Theobald Tiger, tandis qu’il exprima son désespoir par le recours au nom de Kaspar Hause. On peut interpréter cet usage de plusieurs pseudonymes comme une révélation de sa recherche identitaire. Effectivement, il tenta en vain d’obtenir la nationalité française. En outre, il n’a pu s’identifier ni à l’Allemagne nazie, ni à la Suède, son pays d’accueil (R. Boudon, «Les dangers du communautarisme», Le sens des valeurs, Paris, PUF, 1999). Juif apatride, ouvert à l’universalité de la paix mondiale et attaché à la particularité de la langue allemande, il n’a pas su exprimer la singularité de sa personnalité dans un monde coincé entre deux guerres.

    Les cendres de Tucholsky furent déposées sous un chêne dans le cimetière suédois de Mariefred à l'été 1936. L'inscription sur la dalle "Tout ce qui est éphémère est allégorique ", tirée du Faust II de Goethe, ne fut gravée qu'après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tucholsky lui-même avait proposé dans la satire "Requiem" l'épitaphe suivante pour son pseudonyme Ignaz Wrobel : «Ici repose un cœur en or et une grande gueule. Bonne nuit!» (Ignaz Wrobel: "Requiem" in Die Weltbühne, 21 juin 1923, p. 732)

    Une phrase de Tucholsky deviendra célèbre: «Les soldats sont des assassins». Il regretta toutefois de ne pas avoir été présent en 1932 au procès de son ami Carl von Ossietzky, qui était emprisonné à cause d'un article sur l'aviation allemande: «Dans le cas Oss je ne me suis pas déplacé, je n'ai alors pas fait face, ce fut un mélange de paresse, de lâcheté, de dégoût, de mépris – j'aurai du y aller. Je sais bien que cela n'aurait servi à rien, qu'on aurait été condamné tous les deux, que je serais peut-être tombé dans les serres de ces bêtes, je sais tout cela – mais il reste une trace de culpabilité dans la conscience.» (Lettre à Hedwig Müller du 19 décembre 1935, in : Kurt Tucholsky: Briefe. Auswahl 1913-1935. Berlin 1983, p. 325 et s.)
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Kurt_Tucholsky

    Franz Kafka a esquissé un portrait saisissant du jeune homme que Kurt était en 1911: «[...] un homme de vingt et un ans qui présente beaucoup de continuité. Depuis le geste mesuré et puissant qu'il a pour brandir sa canne et qui lui soulève les épaules d'une manière juvénile, jusqu'à son amusement délibéré et à son mépris de ses propres travaux littéraires. Veut devenir avocat, ne voit à cela que peu d'obstacles en même temps que la possibilité de les surmonter: sa voix claire qui, après la sonorité virile qu'elle a pendant la première demi-heure de discours, devient prétendument virginale; son doute quant à ses dons de poseur, qu'il espère pourtant acquérir grâce à une plus grande expérience du monde; enfin, sa peur de tomber dans le genre «mal du siècle», métamorphose qu'il a observée chez les juifs berlinois d'un certain âge et orientés comme lui; il est vrai qu'il ne ressent rien d'analogue pour l'instant. Il va bientôt se marier.» (Journal, Paris, Grasset, Le Livre de poche, «biblio», 1982).

    Kurt Tucholsky décrit, avec verve, une soirée de lecture publique faite par Karl Kraus, écrivain autrichien né le 28 avril 1874 en République tchèque et mort le 12 juin 1936 à Vienne:

    1
    «Mardi soir, Karl Kraus a lu des extraits de ses œuvres dans la salle Klindworth-Scharwenka.

    [...]

    5
    Les mots « Tu ne tueras point » se heurtent à d’autres, ceux de « l’obéissance envers les autorités » – et les grands mots l’emportent sur les petites phrases utilitaristes. Tu ne tueras point… ! Un regard aussi construit que celui de Kraus a observé cette grande époque, et il en a peint les tableaux les plus effrayants.
    6
    Ce qu’il dépeint n’est peut-être advenu qu’une fois qu’il l’a eu décrit. Et ce qui n’est pas advenu n’a fait qu’oublier d’advenir – tout cela est si cruellement vrai. Les grands mots tombent, et il reste la honte immense de la civilisation. Rien ne peut l’excuser.
    7
    Quand il fait des lectures, Kraus produit une impression très forte. Il ne lève presque jamais les yeux, il lit vraiment – parfois, seulement, ses étranges doigts fins décrivent un demi-cercle, ou dessinent un geste en l’exagérant… mais c’est sa voix qui domine tout. Non : c’est sa volonté qui domine tout. Les veines de son front gonflent. Ce qu’il a écrit et vécu explose une nouvelle fois, avec une intensité extrême – une éruption d’une force rare. Il peut avoir l’audace de commencer fortissimo et de poursuivre andante, au mépris de toutes les règles oratoires – parce que ce qu’il dit est vrai, vrai à chaque instant. Le cri succède au cri, s’élève de cette poitrine torturée ; appel sur appel, plainte sur plainte. Accusation sur accusation…
    8
    « Je les ai forgés dans l’ombre », dit-il à un moment. C’est vrai. Comme des ombres, mais terriblement vivantes, ces mille figures repassent devant nous, comme des ombres, elles ricanent, elles pérorent, elles télégraphient, elles tiennent des discours dans des banquets – étrangement mortes, étrangement vivantes. En pareille matière, un seul critère : la chair de poule. Il y a là un pathos que n’autorise aucun humour rationaliste : il tomberait à plat.
    9
    Tu ne tueras point… ! Rude exigence que celle-ci, inconfortable exigence : une exigence non rationaliste. Kraus la défend, il la hurle, il frappe de sa poignée d’airain à la porte de la mort, qui porte les couleurs de ce pays. Et il frappe dans le vide…» («Une lecture publique de Karl Kraus» dans Gesammelte Werke 1919-1920, tome 2, p. 261-262, Rowohlt, Reinbek, 1960,
    traduction par Isabelle Kalinowski).

    Référence électronique
    Kurt Tucholsky, « Karl Kraus selon Kurt Tucholsky », revue Agone, 35/36 | 2006, [En ligne], mis en ligne le 15 septembre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/index650.html. Consulté le 17 mai 2009.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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