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    L'Encyclopédie sur la mort



    Tacite Publius Cornelius

    Taciteacite, en latin Publius Cornelius Tacitus, est un historien romain né sous Néron en Gaule narbonnaise vers 55 après J.-C. et mort vers 120. Il commence sa carrière d'avocat vers 75. En 77, il épouse la fille du consul Julius Agricola; de ce dernier il écrira une biographie. De 89 à 93, il est légat de province en Gaule belgique. De 112 à 113, il exerce la fonction de gouverneur de la province d’Asie et consacre ses années de sa retraite à l'écriture.de ses oeuvres:

    De vita Julii Agricolae
    (La vie d'Agricola), 98
    De situ ac populis Germaniae ou De origine et situ Germanorum (La Germanie), 98.
    Dialogus de oratoribus (Le Dialogue des orateurs), 107.
    Historiae (Histoires), 109.
    Ab excessu diui Augusti (œuvre inachevée nommée Les Annales), 110.

    Voici comment Y. Grisé présente le discernement éthique* de Tacite à propos du geste des suicidés illustres:

    «Combien souvent Tacite, qui rapporte tant de suicides dans ses ouvrages, n'insiste-t-il pas sur la grandeur et le courage dont firent preuve de nombreux accusés ou condamnés en se donnant la mort! Les dramatiques descriptions du trépas volontaire ou forcé de Cremutius Cordus, de Sénèque*, de Pétrone et de Thraséa, pour ne nommer que les plus célèbres, ont laissé dans la mémoire des hommes un souvenir impérissable. Dans son fameux récit de la mort d'Othon, Tacite rend un hommage immortel à un homme que la vie dénuée d'intérêt, voire même indigne, condamnait assurément à l'oubli, n'eût été le relief extraordinaire donné à son suicide. Ailleurs, il note que Scaurus prévint sa condamnation à mort «ut dignum veteribus Aemiliis» (30). Il ne cache pas son mépris devant la lâcheté de Messaline qui hésita à se tuer après avoir été l'instigatrice de tant de meurtres (31) Il critique âprement la conduite de Tigellinus au moment de sa mort, qu'il juge tout à fait digne de cet ignoble personnage:

    après avoir cherché dans les complaisances de ses concubines et dans leurs baisers de honteux délais, il se coupa la gorge avec un rasoir, achevant de souiller une vie infâme par une mort tardive et déshonorante (32).

    Mais il s'émeut quand il constate la ferme résolution de Caninius Rebilus qui se donna la mort «avec un courage qu'on n'eût point attendu d'un homme décrié par d'infâmes prostitutions »(33). Il se montre déçu de l'attitude du Germain Maroboduus qui, vaincu par les Romains, rendit les armes, se réfugia en Italie et «perdit dans sa vieillesse heaucoup de sa réputation par trop d'attachement à la vie» (34). Bien que Tacite eût aimé trouver en Varus plus d'intrépidité pour combattre que pour se donner la mort, il n'a garde de blâmer son geste, mais se borne à le plaindre, mettant au compte d'un malheureux hasard la fin tragique de l'intrépide général romain (35) À la lâcheté des officiers et des grands personnages qui ne craignirent pas de trahir leurs amis conjurés, il oppose la fermeté d'une simple affranchie qui choisit une mort héroïque pour ne rien dévoiler des dangereux secrets qu'elle détenait (36).

    Parmi tant d'éloges de suicides individuels, se glisse, pourtant, chez Tacite, une critique qui s'adresse, cette fois, au comportement global de toute cette noblesse sacrifiée inutilement. Le ton de sa voix devient, effectivement, pessimiste quand il songe à ces grands hommes qui ont eu le tort, à ses yeux, de s'être trop facilement résignés aux ordres tyranniques, après s'être montrés trop témerairement hostiles au pouvoir tout-puissant et trop ostensiblement épris d'une vaine liberté, qui ne pouvait que rester lettre morte sous le règne de mauvais Princes et n'entraîner ses défenseurs qu'à une mort inefficace pour la République (37). Mais, en dépit de cette sévère condamnation, Tacite demande le droit de ne point haïr ces hommes qui «périrent sans révolte»(38). D'ailleurs, ce qu'il blâme véritablement, ce n'est pas tant leur mort volontairement acceptée que l'inertie sociale et politique dont ces morts furent l'Image (39). En fait, c'est pour ne pas avoir eu la sagesse de demeurer dans l'inaction et loin du pouvoir que ces hommes se méritent les reproches de Tacite. Mais ce qui semble échapper à Tacite, c'est que ces suicides, volontaires ou forcés, furent justement la seule forme de révolte que l'immobilité et la stagnation de la chose publique de l'époque permettaient. »

    NOTES
    30.Tac., An, VI, XXXV,6.
    31. Ibid., XI, XXXVII, 6: «sed animo per libidines corrupto nihil honestum inerat».
    32. II., l. I.XXII, 4: «infamem vitam foedavit etiam exitu sero et inhonesto».
    33. An. XII. XXX. 4.
    34. Il, LXIII, 6.
    35. Ibid., I, LXI, 6: «infelici dextra et suo ictu mortem invenerit».
    36. lbid., XV, LVll; il s'agit d'Epicharis.
    37. An., XVI, XVI, 1. On trouve un écho de cette critique dans un autre passage des Annales (IV, XX. 7). de même que dans le texte de l'Agricola (XLII).
    38. An., XVI, XVI, 2.
    39. Voir J. KANY, Le Suicide politique à Rome el en particulier chez Tacite, thèse de 3' cycle, Reims, 1970, p. 212.

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    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-06-29

    Notes

    Yolande Grisé, Le suicide dans la Rome antique, Montréal-Bellarmin, Paris-Les Belles Lettres, «Noêsis», 1982, p. 228-229.