• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition

    L'Encyclopédie sur la mort



    Sully Prudhomme René François Armand

    Sully PrudhommeRené François Armand Prudhomme (pseudonyme Sully Prudhomme), né à Paris en 1839 et décédé à Châtenay-Malabry en 1907, renonce au droit pour se consacrer à l'écriture. Dans le temps, sa poésie philosophique se situe entre sa poésie intimiste et sa poésie romanesque. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1901. Son célèbre poème «Le vase brisé», d'une extrême finesse, évoque la fragilité de toutes choses, la fêlure de l'existence, la meurtrissure de l'amour et de la vie jusqu'à leur épuisement, le temps qui coule et fuit, comme l'eau, imperceptiblement. La vulnérabilité des êtres et des choses invite à les approcher délicatement. Sensibilité esthétique et éthique semblent se rejoindre dans ses poèmes où amour et rupture, vie et mort, se rejoignent.

     

    Le vase brisé
    Le vase où meurt cette verveine
    D'un coup d'éventail fût fêlé;
    Le coup dut l'effleurer à peine;
    Aucun bruit ne l'a révélé.

    Mais la légère meurtrissure,
    Mordant le cristal chaque jour,
    D'une marche invisible et sûre,
    En a fait lentement le tour.

    Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
    Le suc des fleurs s'est épuisé;
    Personne encore ne s'en doute,
    N'y touchez pas, il est brisé.

    Souvent aussi la main qu'on aime,
    Effleurant le coeur, le meurtrit;
    Puis le coeur se fend de lui-même,
    La fleur de son amour périt;

    Toujours intact aux yeux du monde,
    Il sent croître et pleurer tout bas
    Sa blessure fine et profonde;
    Il est brisé, n'y touchez pas.

    (Stances et poèmes, 1865)

    L'agonie

    Vous qui m'aiderez dans mon agonie,
    Ne me dites rien ;
    Faites que j'entende un peu d'harmonie,
    Et je mourrai bien.

    La musique apaise, enchante et délie
    Des choses d'en bas :
    Bercez ma douleur ; je vous en supplie,
    Ne lui parlez pas.

    Je suis las des mots, je suis las d'entendre
    Ce qui peut mentir ;
    J'aime mieux les sons qu'au lieu de comprendre
    Je n'ai qu'à sentir ;

    Une mélodie où l'âme se plonge
    Et qui, sans effort,
    Me fera passer du délire au songe,
    Du songe à la mort.

    Vous qui m'aiderez dans mon agonie,
    Ne me dites rien.
    Pour allégement un peu d'harmonie
    Me fera grand bien.

    Vous irez chercher ma pauvre nourrice
    Qui mène un troupeau,
    Et vous lui direz que c'est mon caprice,
    Au bord du tombeau,

    D'entendre chanter tout bas, de sa bouche,
    Un air d'autrefois,
    Simple et monotone, un doux air qui touche
    Avec peu de voix.

    Vous la trouverez : les gens des chaumières
    Vivent très longtemps,
    Et je suis d'un monde où l'on ne vit guères
    Plusieurs fois vingt ans.

    Vous nous laisserez tous les deux ensemble :
    Nos coeurs s'uniront ;
    Elle chantera d'un accent qui tremble,
    La main sur mon front.

    Lors elle sera peut-être la seule
    Qui m'aime toujours,
    Et je m'en irai dans son chant d'aïeule
    Vers mes premiers jours,

    Pour ne pas sentir, à ma dernière heure,
    Que mon coeur se fend,
    Pour ne plus penser, pour que l'homme meure
    Comme est né l'enfant.

    Vous qui m'aiderez dans mon agonie,
    Ne me dites rien ;
    Faites que j'entende un peu d'harmonie,
    Et je mourrai bien.

    (Recueil : Les solitudes)

    Le dernier adieu
    Quand l'être cher vient d'expirer,
    On sent obscurément la perte,
    On ne peut pas encore pleurer :
    La mort présente déconcerte ;

    Et ni le lugubre drap noir,
    Ni le dies irae farouche,
    Ne donnent forme au désespoir :
    La stupeur clôt l'âme et la bouche.

    Incrédule à son propre deuil,
    On regarde au fond de la tombe,
    Sans rien comprendre à ce cercueil
    Sonnant sous la terre qui tombe.

    C'est aux premiers regards portés,
    En famille, autour de la table,
    Sur les sièges plus écartés,
    Que se fait l'adieu véritable.

    (Recueil : Les solitudes)

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-10
    Loading