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    L'Encyclopédie sur la mort



    Suicide au Moyen Âge

    Jean-Claude Schmitt a réuni une cinquantaine de cas de suicide du XIII° au début du XIV° siècle, mentionnés pour la plupart dans les registres de la Justice parisienne, dans des lettres de rémission ou parfois dans des chroniques. Il confronte cette documentation de base aux témoignages de la littérature, des exempla, des textes normatifs ou de l'iconographie religieuse.

    Au Moyen Âge, le suicidé était considéré comme l'auteur et non pas comme la victime d'un crime. Le maître-mot du suicide médiéval était le désespoir. «La Desperatio n'était ni un sentiment, ni un état psychique, mais un vice, le doute de la miséricorde divine, la conviction de ne pouvoir être sauvé, voire déjà le péché mortel en acte puisque la "désespérance" pouvait désigner aussi bien la cause immédiate du suicide que le suicide lui-même.» Le diable était matériellement présent au lieu du crime. C'est lui qui guidait la main du suicidant ou le poussait dans le puits. À la fin du Moyen Âge, l'épidémie de suicides et le pullulement des sorcières étaient associés à une perturbation générale de l'ordre de la nature.

    Le «propos» d'un suicidé était l'ensemble des raisons pour lesquelles, selon l'entourage ou les officiers de la justice, une personne s'était laissée gagner par le désespoir. Parmi ses «propos», l'auteur retient : la maladie, la solitude, la mort des proches, la guerre qui oblige à fuir et qui ruine, la pauvreté, la faim, et parfois tout cela ensemble. C'est aussi l'emprisonnement, parfois la jalousie ou la perte du procès. «Cette énumération confirme l'importance de ce que Durkheim* a appelé le "suicide anomique"», le suicide étant «l'aboutissement tragique d'un processus de désintégration sociale, soit que l'individu prît l'initiative de la rupture des liens sociaux, soit que le corps social se désagrégeât autour de lui, sans qu'il y pût rien.»

    Dans la mentalité médiévale, la conduite suicidaire rejaillit sur les proches comme un rejet social et un châtiment. Par exemple, la confiscation éventuelle des biens plongeait la femme et les enfants du suicidé dans la misère. Les documents recueillis par l'auteur «font clairement apparaître que la rupture des relations sociales, voulue et vécue par le suicidé, était rejouée par la communauté dans un rituel minutieusement réglé qui manifestait qu'elle avait repris l'initiative. L'acte central consistait à traîner le corps sur la claie: si cet acte avait été omis, tout le rituel pouvait être recommencé, et, à défaut du corps, un mannequin lui était substitué. La privation de sépulture chrétienne consommait l'expulsion hors de la communauté des morts et des vivants. [...] L'expulsion du corps du suicidé dans un tonneau bien clos et jeté à l'eau touche aux traditions folkloriques les plus profondes. Le tonneau était un moyen de transport des corps et des âmes maudits vers le pays des morts.»

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-16
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    Notes

    Jean-Claude Schmitt, «Le suicide au Moyen Âge»,
    Annales. Économies, Sociétés, Civilisations Année 1976 Volume 31 Numéro 1 pp. 3-28

    http://www.persee.fr/web/revues/
    home/prescript/article/ahess_0395-2649_

    1976_num_31_1_293698