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    Styron William

    William StyronWilliam Styron, écrivain, né le 11 juin 1925 dans un village près de Newport News, Virginie (États-Unis), est décédé le 1er novembre 2006, à Martha's Vineyard, Massachusetts (États-Unis), à l'âge de 81 ans. Il participe à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre de Corée avec les marines, corps d'armée dans lequel il dit s'être engagé, à 17 ans, par « une bouffée de bravade suicidaire ».Il épouse en 1953 la poétesse Rose Burgunder, avec laquelle il aura quatre enfants. Il obtient en 1968 le Prix Pulitzer pour son roman Les confessions de Nat Turner (The Confessions of Nat Turner) publié en 1967 mais son œuvre la plus célèbre demeure Le Choix de Sophie (Sophie's Choice), publiée en 1979, Son roman Sur un lit de ténèbres (Lie Down in Darkness, 1951) est récompensé du prix de Rome par l'Académie américaine des Arts et Sciences sans oublier La Proie des flammes (Set This House on Fire, 1960), une nouvelle La Marche de nuit (The Long March, 1963) ainsi qu'une pièce de théâtre In the Clap Shack (1973). Ses récits autobiographiques sont Face aux ténèbres (Darkness Visible, 1990) et Un matin en Virginie (A Tidewater Morning , 1993). Source : Wikipedia.

    Dans un essai autobiographique intitulé Face aux ténèbres et sous-titré Chronique d’une folie, l’écrivain nous décrit, une fois sorti de sa maladie, sa traversée de son long épisode de mélancolie*. Le mélancolique en arrive à détruire le seul objet qu’il peut atteindre : une image de soi noire comme sa bile. L’écrivain qui jusque-là luttait contre des idées suicidaires de plus en plus pressantes va passer à l’acte quand il entend, lors de la vision d’un film, une musique qui l’attire et le capte. La « Rhapsodie pour alto » de Brahms déclenche chez l’auteur une décision immédiate d’hospitalisation, autrement dit une reprise du vivant qui coïncide avec une reprise de la mémoire. «Insensible à toute forme de musique comme à toute forme de plaisir», c’est alors qu’«au-delà des murs » monte une voix de contre-alto dont la « soudaine envolée le transperce comme une dague». «Dans un flot de souvenirs rapides, je repensais à toutes les joies qu’avait connues la maison ; les enfants qui jadis gambadaient à travers les pièces, les fêtes, l’amour et le travail, le sommeil honnêtement gagné, les voix et le brouhaha plein d’allégresse, l’éternelle tribu des chats, des chiens et des oiseaux, des rires, des talents, des soupirs, des robes et de jolies boucles.» Styron se souvient de ses premières années, de son père «qui durant une grande partie de sa vie combattit lui aussi la Gorgone, et dans mon enfance avait dû être hospitalisé au terme d’une plongée dans le gouffre du désespoir qui, je le voyais avec recul, présentait de grandes analogies avec la mienne.»(Source: Josick Mingam, «Jadis un jour», CAIRN, http://www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2001-1-page-85.htm

    Un matin de Virginie succède à Face aux ténèbres et comporte un sous-titre « Trois histoires de jeunesse ». En exergue il y a une note de l’auteur que voici : «Ces récits reflètent des expériences de l’auteur à l’âge de vingt, dix et treize ans. Les histoires sont un remodelage romancé d’événements réels et sont reliés par une chaîne de souvenirs.»

    L'auteur se souvient de son engagement dans les Marines

    «Nous nous étions engagés pour le prestige, l'âpreté, le sentiment d'appartenir au plus héroïque de tous les ordres guerriers. Et mus par une passion quasi insondable - où se mêlaient le désir de tuer et le frisson de risquer la mort- nous avions choisi d'embrasser l'idéal le plus enivrant, celui de la virilité. «God Bless America» et le combat contre le mal y étaient pour beaucoup, bien entendu - nous pensions tous qu'il s'agissait d'une guerre noble -, mais le mobile patriotique était secondaire. Le corps eût-il été finlandais ou grec, je pense que nous aurions aimé les Marines. Je crois que fondamentalement , nous aspirions à devenir des symboles accrocheurs de notre époque. bien que de modeste stature...» («Z comme Zéro», op. cit., p. 21).

    Durant l'épisode des Marines, le souvenir de son père émergea de la terreur

    Chaque fois que j'étais submergé par un spasme de terreur sournoise, métaphysique, et que l'irréalité pure et simple de cette interminable guerre m'enveloppait comme un linceul mangé de moisissure, je pensais à mon père. Comment avait-il pu avoir cette prescience? Comment tant d'années auparavant avait-il pu savoir que je me trouverais un jour dans une pareille situation? Comment avait-il pu imaginer que, devenu grand, son fils serait un tueur, mais avide de tuer - de savourer la perspective de tuer avec une exaltation grossière, érotique? Il ne savait rien du dénouement. Mais bien entendu, il paraissait maintenant inévitable que lui - un homme qui avait contribué à la construction d'énormes engins de guerre, mais qui était un être pacifique doté d'un sens aigu de l'histoire - ait pu prévoir la trajectoire de la vie de son fils, vouée à se terminer ici parmi ces archipels lointains et inconnus avant même qu'il fût en âge de voter. Et le souvenir me revenait, avec une lucidité lumineuse, mnémonique, qui me laissait stupéfait, d'une lointaine journée où il avait quasiment prédit ma présence à bord d'un navire tel que l'USS General-Washburn, poursuivant pesamment sa route cap sur la côte exotique d'Okinawa...» («Z comme Zéro»), op. cit.,p. 42-44)

    Styron évoque l'image de sa mère, cantatrice d'envergure, et l'événement de sa chute dans un des parterres du jardin

    Un portrait dépourvu d'inscription hormis le lieu et l'année - Vienne, 1904 - fascinait toujours mon regard, car il montrait ma mère elle-même, jeune, coiffée d'une guirlande de nattes brunes, portant des lunettes et vêtue d'un corsage bouffant à col roulé et d'une longue jupe à plis, arborant un sourire éclatant de blancheur qui, de toute évidence, était un sourire de pur engouement destiné au vieux satyre à favoris dont la bedaine lui servait d'appui - son professeur de chant, un certain Herr «Rudi» Reichardt. C'était lui qui, certain jour délectable et précieux, avait présenté ma mère à Mahler. [...] Je ne m'étais pas encore vraiment familiarisé avec les mélodies que chantait ma mère, le flot apparemment intarissable de Lieder de Schubert, Schumann et Brahms et d'une douzaine d'autres qu'elle faisait jaillir de cette petite pièce, avec son contralto clair, charmant, un son qui, me semblait-il toujours, était empreint d'une authentique couleur, opalescente, comme de la nacre.

    [...]

    Mais sa musique à elle et, en conséquence, le plaisir majeur de sa vie avaient reçu un horrible coup deux ans auparavant. Un certain après-midi dans un des parterres de fleurs. Cela aurait dû être une chute sans gravité, mais tel ne fut pas le cas; le cancer avait commencé à lui ronger les os, et sa jambe était brisée sans le moindre espoir de guérison. Aussi l'appareil qu'elle était contrainte de porter [...] l'empêcha par la suite de jamais refaire du piano.

    [...]

    Dans l'un des derniers souvenirs que je garde d'elle avant que la maladie la cloue au lit pour de bon, elle est debout dans son jardin, parmi les fleurs de mai aux vives couleurs, le ballet de colibris et le va-et-vient des abeilles. Je la voyais de dos, et quelques instants elle demeura immobile, puis elle fit un ou deux pas claudicants à l'aide de sa canne et de son appareil. Aussitôt, à la façon dont elle penchait la tête, je sus qu'elle allait chanter. Un instant elle retint son souffle, il y eut une première note hésitante, puis sa voix s'éleva en une mélodie claire, sereine, fervente.
    (« Un matin de Virginie», op. cit., p. 128-129)

    Ces actes de faire mémoire de son père et de sa mère, de son enfance ont été pour l'auteur des heures importantes pour la reprise en main de son destin.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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    Notes

    Source: William Styron, Un matin de Virginie. Trois histoires de jeunesse, traduit de l'anglais par Maurice Rambaud, Paris, Gallimard, 1994.