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    L'Encyclopédie sur la mort



    Strindberg, August : Danse de mort (La)

    Strindberg AugustAugust Strindberg (1849-1912) est écrivain, dramaturge et peintre suédois. Misogyne et très critique des modèles traditionnels du mariage et de la famille*, fut successivement socialiste radical, nihiliste Nietzschéen* et mystique et, au plan littéraire, naturaliste et puis symboliste.

    La Danse de mort (Dödsdansen, 1900-1901) est une pièce de théâtre en deux volets écrite en 1900. Écrite juste après le Chemin de Damas (I-II, 1898), où il cherche à représenter son univers intérieur comme un long mystère médiéval onirique, la Danse de mort se situe à la charnière entre deux périodes de l'œuvre de Strindberg, se détachant du naturalisme dont elle est issue pour entrer dans le symbolisme qu'elle préfigure.

    Dans une citadelle perdue sur une île de garnison isolée, alors que la tempête fait rage, un couple s'apprête à fêter ses vingt-cinq ans de mariage. Un capitaine, cardiaque et alcoolique, et sa femme Alice, qui a renoncé à sa carrière d'actrice pour l'épouser, se déchirent sous le regard de leur ami Kurt. Durant une de ces fréquentes crises, le capitaine, veillé par Kurt, rencontre la mort. Et la révélation de l'immortalité de l'âme, vécue durant cette expérience mystique, lui permettra de se réconcilier avec sa femme.

    Le second volet de la Danse de mort, très rarement joué, met en scène, dans la maison de Kurt, un marivaudage cruel entre Allan, le fils de Kurt, et Judith, la fille du capitaine. Celui-ci exerce un acharnement moral sur sa femme et sur Kurt, devenu son amant. Un stratagème de Judith fera échouer ses plans, provocant ainsi une ultime crise qui le terrassera.

    D'après «Danse de mort» la [August Strindberg]»
    Texte intégral:
    http://fr.encarta.msn.com

    La danse de mort 2 (extrait de la fin de la pièce):

    ALICE: Complètement aveugle quand il s'agit de lui.

    LE CAPITAINE: Pense à mes enfants.
    Il continue en bégayant des «blu-blu-blu» indistincts.

    ALICE: Enfin, elle s'est arrêtée, cette langue; elle ne peut plus se vanter, mentir, blesser. Kurt, toi qui crois en Dieu, remercie-le en mon nom. Remercie-le de m'avoir délivrée de la tour, du loup et du vampire.

    KURT: Voyons, Alice!

    ALICE, contre le visage du capitaine: Où est-elle, ta force, hein? Et ton énergie?

    Le capitaine sans répondre lui crache au visage.

    ALICE: Tu peux encore cracher du poison, serpent, mais je vais t'arracher la langue, moi. (Elle le gifle) La tête est coupée, mais elle peut encore rougir. O Judith, fille admirable, que j'ai portée dans mon sein, comme on porte la vengeance. C'est toi, toi qui nous a délivrés, tous.

    [...]

    (Le lieutenant arrrive par le fond).

    Le capitaine vient d'avoir une attaque, lieutenant, aidez-nous, je vous en prie, sortez la chaise.

    [...]

    ALICE: Des fleurs naissent dans la boue. (Le lieutenant entre par la droite). Eh bien ?

    LE LIEUTENANT: Mademoiselle Judith...

    ALICE: Trouvez-vous tant de plaisir à faire passer les syllabes de son nom comme une caresssse sur vos lèvres que vous en oubliez le mourant?

    LE LIEUTENANT: Non, mais elle m'a dit...

    ALICE: Elle? Dites plutôt: Judith. Et d'abord, où en est-on à côté?

    LE LIEUTENANT: À côté... c'est fini.

    ALICE: Fini? O mon Dieu, je Te remercie en mon nom et au nom de tous les hommes, de nous délivrer de ce mal... Donnez-moi votre bras. Je veux sortir, je veux respirer... Respirer (Le lieutenant lui offre son bras. Elle s'arrête.) Il n'a rien dit avant de mourir?

    LE LIEUTENANT: Si, le père de mademoiselle Judith a prononcé quelques mots.

    ALICE: Quoi?

    LE LIEUTENANT: Il a dit: «Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.»

    ALICE: Inconcevable!...

    LE LIEUTENANT: Le père de mademoiselle Judith était un homme noble et bon.

    ALICE: Kurt! (Kurt entre) C'est fini.

    KURT: Oh!

    ALICE: Sais-tu quelles ont été ses dernières paroles? Non, comment le saurais-tu?... «Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font...»

    KURT: Que voulait-il dire par là?

    ALICE: Sans doute qu'il avait toujours agi loyalement et qu'il n'en avait pas moins toujours été lésé par la vie.

    KURT: On lui fera sûrement une belle oraison funèbre.

    ALICE: Et les sous-officiers lui enverront de nombreuses couronnes.

    KURT: Oui.

    ALICE: Je l'entends encore me dire à peu près ceci, il y a un an: «on dirait que la vie n'est que l'immense dérision de notre condition.»

    KURT: Cela signifierait, selon toi, qu'il nous aura tournés en dérision jusque dans la mort.?

    ALICE: Non. Mais j'éprouve tout à coup un étrange besoin de dire du bien de lui.

    KURT: Allons, n'y manquons pas.

    LE LIEUTENANT: Le père de mademoiselle Juditg était noble et bon.

    ALICE: TU entends?...

    KURT: «Ils ne savent ce qu'ils font». Combien de fois t'ai-je demandé s'il savait, lui? Tu ne le croyais pas. Il faut lui pardonner.

    ALICE: Énigmes sur énigmes. Mais songe que la paix règne maintenant dans la maison. La paix merveilleuse de la mort. Merveilleuse, comme le trouble solennel qui accompagne la naissance d'un enfant. J'entends le silence, je vois sur le parquet les traces de la chaise longue qui est partie avec lui. Et je sens que ma vie est finie, et que je m'achemine vers la destruction... Comme c'est étrange, les paroles toutes simples du lieutenant, qui et une âme simple, eh bien, elles me poursuivent, elles prennent tout leur sens. Mon époux, l'amour de ma jeunesse - oui, faut-il rire? - était un homme noble et bon, malgré tout.

    KURT: Malgré tout? Et un homme brave, qui a lutté pour vivre, pour lui et pour les siens.

    ALICE: Que de soucis, d'humiliations!... Il a passé l'éponge pour continuer.

    KURT: Il était de ceux qu'on laisse en marge. Cela explique bien des choses. Alice, entre dans cette chambre.

    ALICE: Non.Je ne peux pas. Alors que nous parlions, je l'ai revu devant moi, ici, tel qu'il était dans sa jeunesse - je l'aime, je le vois - comme lorsqu'il avait vingt ans... Comme j'ai dû aimer cet homme!...

    KURT: Le détester aussi.

    ALICE: Le détester aussi, oui. La paix soit avec lui.
    Elle va vers la chambre où elle s'arrête, les mains jointes.

    Source: Auguste Strindberg, La danse de mort, textes français d'Alfred Jolivet et Georges Perros, Paris, L'Arche, 1960.

     

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    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-14
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