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    L'Encyclopédie sur la mort



    Rome antique: Suicide et littérature

    Suicide et littérature d'imagination
    À côté de cette prose dont les préoccupations sont exclusivement nationales ou aristocratiques, la littérature d'imagination, à savoir le théâtre, la poésie elle roman, parle du suicide en des termes qui ne sont pas toujours accordés aux visées morales du suicide «vertueux». En effet, bien que, dans la mesure où elle reflète réellement l'opinion du vulgaire, l'attitude adoptée envers le suicide dans ces textes s'aligne sur la conception de l'élite, en ceci qu'ils jugent plutôt les motifs de l'acte que l'acte lui-même, il ressort que les types de suicide proprement stoïciens sont délaissés au profit des suicides passionnels, abhorrés justement par la morale stoïcienne. Alors que, chez les nobles, la grande image exemplaire reste celle de Caton d'Utique* s'enferrant sur son épée après avoir refusé d'accepter la vie que César lui offrait, la grande image populaire du suicide demeure celle du double trépas d'Antoine* et de Cléopâtre*, liés par l'amour jusque dans la mort.

    Le suicide ne fut pas un sujet d'inspiration dans la littérature imaginative; il fut, tout au plus, exploité comme élément catalyseur d'un drame plus profond. Par exemple, dans l'Hercule sur l'Œla, le suicide d'Hercule ne compte guère; ce qui importe, c'est le degré où le hausse sa stature héroïque* dans la troupe des Immortels*. Le suicide n'est qu'un instrument dramatique, efficace et intéressant parce qu'il s'y mêle un soupçon de sentiment personnel.

    En général, la littérature poétique, dramatique et romanesque développe une thématique traditionnelle où sont favorisées quatre catégories de suicide, à travers lesquelles toute l'importance est accordée aux qualités que sont le courage et le sens de l'honneur et à une passion, l'amour. Ce sont: les suicides héroïques, les suicides d'honneur, les suicides d'expiation et les suicides amoureux, véritables lieux communs des poètes et des dramaturges.

    Les comédies de Plaute, qui passent pour de véritables petits tableaux de mœurs réelles et familières, affichent à l'égard du suicide une indulgente désinvolture. II y est sans cesse question de quitter la vie, qu'on soit malheureux ou heureux:

    «Va-t'en à la maison et pends-toi [ ... ] parce que tu n'entendras jamais tant de paroles si suaves. Que te servirait-il de vivre désormais? Crois-moi, va te pendre»(66)

    dit Agorastoclès à son esclave. À l'apparition du moindre obstacle qui menace leur union, les amants se déclarent prêts à s'enlever la vie: « Adieu, sois heureuse, je te reverrai chez Pluton; car pour moi je suis résolu à me défaire de la vie» (67), annonce Argyppe à sa belle. Alcésimarque s'écrie dans un élan du cœur: «Prends ta proie, Ô mort, je te veux, je me donne à toi», puis, il s'interroge, imperturbable: «De quel côté me percerai-je le flanc par ici ou par là? (68) «Quel bien trouvai-je dans la vie», dit Charinus, «mon parti est pris: je vais chez le médecin et je m'empoisonne» (69). On assiste au même scénario chez Calidore, Stratippoclès, Chalinus et Lysidame, tous tourmentés par l'amour (70). Follement épris de la maîtresse de son fils, le vieux Lysidame lui-même se montre prêt à mettre fin à ses jours si le sort lui fait faux bond (71).

    Pour échapper au malheur, innocents et coupables parlent constamment de s'enlever la vie: «dans la détresse où nous sommes, autant mourir: la mort est ce qu'il y a de mieux quand on se voit la proie de tels malheurs » (72), s'écrie la pauvre Palestre. Victime d'un naufrage, Ampélisque est décidé à renoncer à la vie (73). «Je n'ai plus maintenant qu'à demander conseil à mes amis sur la manière dont je dois me pendre» (74), songe avec amertume un pourvoyeur compromis dans une intrigue. Des esclaves que menace la colère du maître tiennent un langage identique: «Puissent les dieux me déterminer à me pendre plutôt que de servir dans de pareilles conditions» (75), souhaite l'un, alors qu'un autre s'exclame: "«Le mieux pour moi, je pense, serait de me transformer en I majuscule, le cou serré dans un nœud coulant» (76), Un autre serviteur se demande s'il ne vaut pas mieux qu'il se pende en cachette «un peu seulement, le temps de faire passer mon chagrin» (77).

    À tout propos, les personnages parlent négligemment du suicide, ou conseillent de s'aller pendre comme si c'était l'acte le plus naturel au monde. Ainsi, alors qu'on allait tirer au sort une jeune esclave que tous deux convoitaient, Olympion demanda à Lysidame: «Pourquoi trembles-tu? Il faut que tu aies déjà préparé la corde pour te pendre» (78). Diabole déclare, à son tour: «Plutôt me pendre que de te laisser faire sans rien dire» (79) «Va te pendre»,(80), s'écrie Alcésime; «J'aimerais mieux mourir plutôt que de me marier» (81), affirme Mégadore; «Prends une corde et pends-toi avec ton maître et toute ta séquelle» (82), s'exclame un esclave exaspéré; «Quand tu m'auras rendu mon argent, pends-toi» (83), conseille-t-on à un malheureux débiteur.

    Dans le théâtre de Térence, on discerne une égale complaisance pour cet acte qui faisait les frais des discussions dans les nouveaux cercles littéraires romains. À tout moment, les personnages sont au bord du geste fatal, soit pour prouver l'étendue de leur bonne foi, soit pour sauver leur honneur, soit pour se punir de quelque faute, soit encore pour payer le prix d'un bref instant de bonheur (84). Dans L'Andrienne, un amant qu'on vient d'éconduire avertit son rival qu'il va se tuer: «Si id facies hodie postremum me vides» (85) ; Pamphile, qui s'est mérité de sévères reproches de la part de son père, confie à son ami: «Quand il m'a parlé ainsi, il m'a semblé l'entendre me dire: "Va-t'en bien vite te mettre la corde au cou" »(86). L'Hécyre montre un amoureux déterminé à ne pas survivre à son aimée: «Nam si periclum in te ullum inest perisse me una haud dubium'st» (87). Dans L'Eunuque, Chéréa s'écrie: «Emoriar, si non hane uxorem duxero» (88). Dans Le Phormion, Phédria déclare qu'il suivra sa belle au bout du monde, qu'il est décidé «à suivre ses traces ou à périr» (89, et Antiphon affirme que, si le sort l'arrache des bras de son aimée, «nulla'st mihi vita expetenda» (90).

    NOTES
    66. Poen., 309 ss.
    67. As., 606 ss.
    68, Cist., 640 ss.
    69. Merc., 463-464,
    70. Ps., 85 ss; 343 ss; Ep., 152; Cas., 111-112; 307; 392; 424 ss.
    71. Cas., 307-308.
    72, Rud., 584 ss.
    73, Ibid., 139 ss,
    74. Poen., 794-795, 1343.
    75. Aul., 50-51.
    76. Ibid., 77-78.
    77. Rud., 1189 s.
    78. Cas., 392.
    79. As., 816.
    80. Cas., 599.
    81. Aul., 154.
    82. Poen., 395-396.
    83. Ps. 1229.
    84. Ter. , Phorm., 166; 955; 993; Eun,,304; 551; 770: 852.
    85. And.,.323; aussi: 312.
    86,.Ibid., 255.
    87. Hec., 326.
    88. Eun., 887.
    89. Phorm., 550
    90. Ibid., 202-203.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-20

    Notes

    Yolande Grisé, Le suicide dans la Rome antique, Montréal-Bellarmin, Paris-Les Belles Lettres, «Noèsis», 1982, p. 233-244.