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    • Édition

    L'Encyclopédie sur la mort



    Rabelais François

    Vie, portrait et oeuvre de François Rabelais (v. 1485-1553)
    http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Rabelais

    REGARDS SUR LA MORT DANS L'OEUVRE DE RABELAIS

    RabealisLa mort ouverture sur la vie
    Au seuil de la Renaissance, Rabelais dans son récit Pantagruel, ouvre la mort sur la vie. Badebec, femme de Gargantua, meurt en lui donnant naissance, triomphe de la vie sur la mort. À la même époque, dans la culture populaire, les tableaux de Jérôme Bosch et de Breughel, «transforment la réalité fantastique de l’enfer en une représentation onirique d’une imagination débridée.» (Marine Savary, Université de Franche-Comté, Des rites funéraires traditionnels aux cérémonies du souvenir actuelles») Texte intégral:
    http://epssel.univ-fcomte.fr/ressources/bibliotheque/dossiers/MILLET-SAVARY2002.PDF

    La notion de «male mort»
    La «male mort» désigne une mort tragique ou funeste. Il y a ceux qui meurent lentement d’une mort douce, ou attendue. Et il y a ceux qui partent de façon brutale: guerre, crime, catastrophe naturelle, suicide, épidémie, accident, exécution, etc. (Philippe Charlier, La male-mort. Les morts violentes dans l’Antiquité.
    http://www.bibliosurf.com/La-male-mort-Les-morts-violentes
    Consulter aussi le dossier «suicide collectif*» et le texte associé «Rome antique: serment hippocratique» dans la présente Encyclopédie sur la mort.

    Dans l'oeuvre de Rabelais, la «male mort» est très présente. Ainsi nous apprenons, en vieux français truculent, les jeux auxquels Gargantua s'adonne :

    «Puis tout lourdement grignotant d'un transon de graces, se lavoit les mains de vin frais, s'escuroit les dens avec un pied de porc et devisoit joyeusement avec ses gens; puis, le verd estendu, l'on desployoit force chartes, force dez et renfort de tabliers. Là jouoyt: ... » Puis marmottant, tout alourdi, une bribe de prière, il se lavait les mains de vin frais, se curait les dents avec un pied de porc et devisait joyeusement avec ses gens. Ensuite, le tapis vert étendu, on étalait force cartes, force dés, force tablettes et alors il jouait: [suit alors un grand nombre de jeux parmi lesquels Rabelais range sans vergogne: la male mort]. (Pantagruel, chapitre 22: «Les jeux de Gargantua»)

    Et quelques pages plus loin dans la même oeuvre, parmi les males et rudes morts, Rabelais cite le suicide d'Epistemon que Panurge réussit à ressusciter et à libérer de l'enfer où il ne se trouve pas en si mauvaise compagnie:

    Comment Epistemon, qui avoit la couppe testée, fut guery habilement par Panurge et des nouvelles des diables et des damnés. Ceste desconfite gigantale parachevée, Pantagruel se retira au lieu des flaccons, et appela Panurge et les aultres, lesquelz se rendirent à luy sains et saulves, excepté Eusthenes, lequel un des géans avoit egraphigné quelque peu au visaige, ainsi qu'il l'esgorgetoit, et Epistemon, qui ne comparait point. Dont Pantagruel fut si dolent qu'il se voulut tuer soy-mesmes, mais Panurge luy dist : «Dea, seigneur, attendez un peu, et nous le chercherons entre les mors, et voirons la vérité du tout».

    Ainsi donc comme ilz cherchoient, ils le trouvèrent tout roide mort, et sa teste entre ses bras toute sanglante. Lors Eusthenes s'écria : "Ha ! male mort, nous as tu tollu le plus parfaict des hommes !» A laquelle voix se leva Pantagruel, au plus grand dueil qu'on vit jamais au monde. Et dist à Panurge : «Ha ! mon amy, l'auspice de vos deux verres et du fust de javeline estoit bien par trop fallace !" Mais Paiiurge dist : "Enfans, ne pleurez goutte, il est encores tout chault, je vous le gueriray aussi sain qu'il fut jamais".

    Ce disant print la teste, et la tint sur sa braguette chauldement, afin qu'elle ne print vent. Eusthenes et Carpalim portèrent le corps au lieu où ilz avoient banqueté, non par espoir que jamais guerist, mais afin que Pantagruel le vist. Toutesfois, Panurge les reconfortoit, disant : «Si je ne le guerys, je veulx perdre la teste (qui est le gaigé d'un fol) ; laissez ces pleurs et me aidez». Adonc, nettoya très bien de beau vin. blanc le col, et puis la teste, et y synapisa de pouldre de diamerdis, qu'il portoit tousjours en une de ses fasques ; après les oignit de je ne sçay quel oignement : et les afusta justement vene contre vene, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, afin qu'il ne fust tortycolly, car telles gens il haissoit de mort. Ce faict, luy fit à l'entour quinze ou seize points d'agueille, afin qu'elle ne tombast de rechief ; puis mit à l'entour un peu d'un unguent qu'il appeloit resuscitatif.

    Soudain Epistemon commença respirer, puis ouvrir les yeulx, puis baisler, puis esternuer, puis fit un gros pet de mesnage. Dont dist Panurge : «A ceste heure est il guery asseurement». Et luy bailla à boire un verre d'un grand villain vin blanc, avec une roustie sucrée. En ceste façon fut Epistemon guery habilement, excepté qu'il fut enroué plus de trois semaines, et eut une toux seiche, dont il ne peult onques guérir, sinon à force de boire.

    Et là commença à parler, disant qu'il avoit veu les diables, avoit parlé à Lucifer familièrement, et fait grand chère en enfer et par les champs Elysées. Et asseuroit devant tous que les diables estoient bons compaignons. Au regard des damnés, il dist qu'il estoit bien marry de ce que Panurge l'avoit si tost revocqué en vie : «Car je prenois, dist-il, un singulier passetemps à les voir. - Comment ? dist Pantagruel. - L'on ne les traicte, dist Epistemon, si mal que vous penseriez : mais leur estat est changé en estrange façon. Car je vis Alexandre le Grand qui repetassoit de vieilles chausses, et ainsi gaignoit sa pauvre vie.» (Pantagruel, chapitre 30)

    Mort écrite ou thanatographie
    La rhétorique funèbre est disséminée dans l’ensemble de l'oeuvre, dans les textes (auto) biographiques de Rabelais aussi bien que dans ses inscriptions et ses épitaphes.

    INSCRIPTION MISE SUR LA GRANDE PORTE DE THÉLÈME

    Cy nentrez pas, vous usuriers chichars,
    Briffaulx, leschars, qui tousiours amassez,
    Grippeminaulx, aualleurs de frimars,
    Courbez, camars, qui en voz cocquemars
    De mille marcz ia nauriez assez.
    Point enguassez nestes quand vabassez
    Et entassez, poltrons à chiche face:
    La male mort en ce pas vous deface!

    Voici le texte intégral en français moderne:

    Ci n'entrez pas, hypocrites, bigots,
    Vieux matagots, souffreteux bien enflés,
    Torcols, idiots plus que n'étaient les Goths
    Ou les Ostrogoths, précurseurs des magots,
    Porteurs de haires, cagots, cafards empantouflés.
    Gueux emmitouflés, frappards écorniflés,
    Bafoués, enflés, qui allumez les fureurs;
    Filez ailleurs vendre vos erreurs.
    Ces erreurs de méchants
    Empliraient mes champs
    De méchanceté
    Et par fausseté
    Troubleraient mes chants,
    Ces erreurs de méchants.
    Ci n'entrez pas, juristes mâchefoins,
    Clercs, basochiens, qui le peuple mangez,
    Juges d'officialité, scribes et pharisiens,
    Juges anciens qui les bons paroissiens
    Ainsi que des chiens jetez au charnier;
    Votre salaire est au gibet.
    Allez-y braire; ici on ne fait nul excès
    Qui puisse en vos cours susciter un procès.
    Pour procès et débats,
    Il n'y a guère de lieu d'ébat
    Ici où l'on vient s'ébattre
    Pour votre soûl débattre,
    Puissiez-vous avoir plein cabas
    De procès et débats.
    Ici n'entrez pas, vous, usuriers avares,
    Gloutons, lécheurs, qui toujours amassez,
    Grippeminauds, souffleurs de brouillard,
    Courbés, camards, qui dans vos coquemars
    De mille marcs n'auriez pas assez.
    Vous n'êtes pas écoeurés pour ensacher
    Et entasser, flemmards à la maigre face;
    Que la male mort sur-le-champ vous efface.
    Ah! face inhumaine
    De ces gens! Qu'on les mène
    Tondre ailleurs. Céans
    Ce serait malséant;
    Quittez ce domaine,
    Face inhumaine.
    Ci n'entrez pas, vous, balourds mâtins,
    Ni soirs ni matins, vieux chagrins et jaloux;
    Vous non plus, rebelles, mutins,
    Ectoplasmes, lutins, de Danger comtes palatins,
    Grecs ou latins, plus à craindre que loups;
    Ni vous, galeux, vérolés jusqu'au cou;
    Emmenez vos lupus ronger ailleurs de bon coeur
    Croûteux, couverts de déshonneur.
    Honneur, louange, bon temps
    Sont ici constants
    D'un joyeux accord.
    Tous sont sains de corps
    Aussi leur dis-je vraiment:
    Honneur, louange, bon temps.
    Ci entrez, et soyez bienvenus,
    Bien réussis, vous tous, nobles chevaliers.
    C'est ici le lieu où les revenus
    Sont bien reçus pour qu'entretenus
    Grands et peuple menu, vous soyez par milliers.
    Vous serez mes intimes et mes familiers:
    Gaillards et délurés, joyeux, plaisants, mignons,
    Tous de la classe des gentils compagnons.
    Compagnons gentils,
    Sereins et subtils,
    Sans nulle bassesse,
    De délicatesse,
    Voici les outils,
    Compagnons gentils.
    Ci entrez, vous, qui le saint Evangile
    Annoncez en sens agile malgré ce qu'on gronde;
    Vous aurez céans refuge et bastille;
    Contre l'hostile erreur qui tant distille
    Son faux style pour en empoisonner le monde:
    Entrez, que l'on fonde ici la foi profonde,
    Puis que l'on confonde par écrit et par vives paroles
    Les ennemis de la sainte Parole.
    Que la Parole sainte
    Désormais ne soit éteinte
    En ce lieu très saint.
    Que chacun en soit ceint,
    Que chacune porte en son sein
    La parole sainte.
    Ci entrez, vous, dames de haut parage,
    Sans ambages, entrez sous d'heureux présages,
    Fleurs de beauté au céleste visage,
    Sveltes comme pages, au maintien pudique et sage.
    Faire séjour ici est gage d'honneur.
    Le grand seigneur qui fut du lieu donateur
    Et dispensateur, a pour vous tout ordonné
    Et a, pour parer à tout, beaucoup d'or donné.
    Or donné par don
    Ordonne pardon
    A qui le dispense.
    Et c'est haute récompense,
    Pour tout homme de droit sens
    Qu'or donné par don.
    (Gargantua, chapitre 54)

    Plusieurs épitaphes ont été vouées à Rabelais par des contemporains parmi lesquels Jean-Antoine de Baïf (1532-1589), de Pierre Boulanger, médecin, Jacques Tahureau (1527–v.1555) et des éditeurs anonymes.

    Littérature audio.com: écoute gratuite de quelques-unes de ces épitaphes
    http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/ronsard-pierre-de-epitaphe-de-francois-rabelais.html

    Epitafe de Francois Rabelais par Pierre de RONSARD (1524-1585)

    Si d'un mort qui pourri repose
    Nature engendre quelque chose,
    Et si la generation
    Se fait de la corruption,
    Une vigne prendra naissance
    De l'estomac et de la pance
    Du bon Rabelais, qui boivoit
    Tousjours ce pendant qu'il vivoit
    La fosse de sa grande gueule
    Eust plus beu de vin toute seule
    (L'epuisant du nez en deus cous)
    Qu'un porc ne hume de lait dous,
    Qu'Iris de fleuves, ne qu'encore
    De vagues le rivage more.
    Jamais le Soleil ne l'a veus
    Tant fût-il matin, qu'il n'eut beu,
    Et jamais au soir la nuit noire
    Tant fut tard, ne l'a veu sans boire.
    Car, alteré, sans nul sejour
    Le gallant boivoit nuit et jour.
    Mais quand l'ardante Canicule
    Ramenoit la saison qui brule,
    Demi-nus se troussoit les bras,
    Et se couchoit tout plat à bas
    Sur la jonchée, entre les taces :
    Et parmi des escuelles grasses
    Sans nulle honte se touillant,
    Alloit dans le vin barbouillant
    Comme une grenouille en sa fange
    Puis ivre chantoit la louange
    De son ami le bon Bacus,
    Comme sous lui furent vaincus
    Les Thebains, et comme sa mere
    Trop chaudement receut son pere,
    Qui en lieu de faire cela
    Las ! toute vive la brula.
    Il chantoit la grande massue,
    Et la jument de Gargantüe,
    Son fils Panurge, et les païs
    Des Papimanes ébaïs :
    Et chantoit les Iles Hieres
    Et frere Jan des autonnieres,
    Et d'Episteme les combas :
    Mais la mort qui ne boivoit pas
    Tira le beuveur de ce monde,
    Et ores le fait boire en l'onde
    Qui fuit trouble dans le giron
    Du large fleuve d'Acheron.
    Or toi quiconques sois qui passes
    Sur sa fosse repen des taces,
    Repen du bril, et des flacons,
    Des cervelas et des jambons,
    Car si encor dessous la lame
    Quelque sentiment a son ame,
    Il les aime mieux que les Lis,
    Tant soient ils fraichement cueillis.
    Le Bocage, 1554.

    Bibliographie
    Manuel de Diéguez, Rabelais par lui-même, Éditions du Seuil, Paris, 1960.
    Mikhaïl Bakhtine, L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen âge et sous la Renaissance, Paris, 1970.
    Michel Ragon, Le Roman de Rabelais, Albin Michel, Paris, 1993.

    Anatole France, Rabelais Ou l'esprit français, Arsenal, «Boswell & Cie», 1994.
    Texte intégral:
    http://fr.wikisource.org/wiki/Rabelais_(Anatole_France)#CINQUI.C3.88ME_LIVRE

    Cinéma
    La Très Excellente Et Divertissante Histoire De François Rabelais, France, 2010.
    Dans ce film, Rabelais, sur son lit de mort, fait le récit de toute sa vie avec son verbe savoureux et truculent. À la fin, les spectateurs assistent aux derniers instants de sa vie et aux premiers instants après sa mort. «Réaliser un film retraçant pour la première fois à l’écran la vie de François Rabelais, c’est avoir l’ambition de faire un grand spectacle populaire, émouvant, vif et gai à l’image du personnage mis en scène. C’est aussi porter à la compréhension du plus grand nombre l’originalité, l’intelligence, les idées foisonnantes, la pensée profonde de ce maître en toutes sciences qui toujours nous avise et nous conseille.» (Hervé Baslé, réalisateur) Ce film s’est tourné à la Forteresse de Salses (P.-O.), à l’abbaye de Fontfroide (Aude), au Pont du Gard et à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon (Gard) du 2 au 22 octobre 2009.

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    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-16

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