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    Oldoïne (La Castiglione) Virginia

    Virginia Oldoïne avait vu le jour à Florence, en 1837, le 22 mars. Elle avait grandi à la Spezia d'abord et à Florence. On l'appelait Virginicchia ou, plus familièrement : Nicchia. D'autres encore disaient Nina ou Niny ( Alain Decaux, o.c., p. 152). Elle épouse, le 9 janvier 1854, à l'âge de 16 ans, le comte Francesco Verasis de Castiglione (1826-1867) auquel elle donne en 1855 un fils prénommé Giorgio qui mourra à l'âge de 24 ans. Afin de promouvoir l'unification de l'Italie auprès de Napoléon III, elle est envoyée, à l'âge de 18 ans, à Paris en mission secrète par Victor Emmanuel II, duc de Savoie et roi de Sardaigne (1820-1878). Elle devient la maîtresse de l'empereur et est contrainte de se séparer de son mari. « Soutenue par sa beauté mais aussi un charme irrésistible et une intelligence subtile, la comtesse de Castiglione va conquérir toutes les cours d'Europe, si bien que, durant la Guerre franco-prussienne de 1870, Napoléon III, vieillissant, malade et vaincu, lui demandera une dernière fois de jouer de ses talents de diplomate pour plaider la cause de la France auprès du Chancelier de Prusse Bismarck, et d'éviter à Paris l'humiliation d'une occupation par des troupes étrangères » (Wikipedia, « La Castiglione », lu le 19 août 2011).

    Biographies

    Nicole G. Albert, La Castiglione : vies et métamorphoses, Edition Perrin, 2011.
    Marianne Nahon, La Comtesse de Castiglione, Éditions de la Différence, 2009.
    Isaure de Saint-Pierre, La Dame de Cœur, un amour de Napoléon III, Albin Michel, 2006.
    Alain Decaux, La Castiglione, Dame de Cœur de l'Europe, Amiot et Dumont, Paris, 1953 (réédité en 1965 à la Librairie Académique Perrin et en 1967 à la Bibliothèque du Club de la Femme).

    Films

    La comtesse de Castiglione, de Josée Dayan, avec Jeanne Moreau.
    La comtesse de Castiglione, 1953, film de Georges Combret.

    Voici la fin de vie de cette femme, adulée et oubliée, telle que racontée par Alain Decaux qui nous dévoile des pages très riches du Journal intime de la comtesse :

    La folle de la Place Vendôme

    Durant les dernières quinze années du XIX° siècle, la place Vendôme fut presque chaque soir, le théâtre d'un étrange spectacle : la nuit tombée, la porte du 26 bis s'entrouvait. Une femme entièrement vêtue de noir, voilée, tirée par un ou deux chiens - généralement hideux - en sortait, s'arrêtait sur le seuil, jetait autour d'elle un regard méfiant, puis, si la route apparaissait libre, semblait se décider, refermait la porte derrière elle et s'avançait à petit pas. Elle allait, gagnant les arcades de la rue de Castiglione, puis s'engageant sous celles de la rue de Rivoli.

    Elle continuait à inspecter, de dessous ses voiles épais, les alentours, Elle paraissait craindre on ne sait quoi, on ne sait qui. S'il survenait un passant dont le visage ou l'allure lui déplaisait, vite, elle s'engouffrait sous une porte cochère et, haletante, attendait que l'intrus fût passé.

    Elle qui semblait tenir tant à son incognito, avait fini par devenir une attraction de quartier. Et même les enfants pouvaient nommer, avec un rire moqueur, la comtesse de Castiglione ...

    La promenade reprenait. La femme voilée, marchait durant des heures, elle rentrait, lorsque l'aube, au-dessus des toits, dissipait ces ténèbres qu'elle exigeait autour d'elle.

    La femme qu'elle était devenue, celle dont elle écrivait qu'elle était « laide à faire peur », celle à qui manquaient toutes ses dents, refusait de la montrer aux passants; elle ne voulait pas non plus voir elle-même « touché par le temps, le visage qu'elle avait adoré »1.

    Malgré ses domaines qui valaient un million et à côté de ses bijoux qui en valaient autant, elle se croyait ruinée. De temps en temps, elle recevait d'Italie un peu d'argent qu'elle consacrait à régler des dettes criardes. Le roi Humbert continuait à lui servir la petite pension qu'avait fondée pour elle Victor-Emmanuel.

    Les Rothschild qui, de bonne foi, la croyaient misérable, lui donnaient de petits secours; ceux-ci s'ajoutaient à une pension mensuelle de cent francs qu'elle allait chercher elle-même chaque fin de mois chez le baron Alphonse. En revanche, elle oubliait souvent de toucher la pension de deux mille francs par mois que continuait à lui verser le gouvernement italien.
    La maladie - ou les maladies - dont elle souffrait l'accablaient cruellement, Elle demeurait la plupart du temps dans son lit aux draps de soie noire.

    Elle écrivait là, toujours, d'innombrables lettres dont la majeure partie allait s'enfouir au château de Baromesnil, chez Estancelin; elle les écrivait au crayon parce qu'elle voulait en conserver des copies. Seul le crayon lui permettait d'utiliser un papier carbone.

    Le moindre sujet était prétexte à d'infinis développements, où son esprit s'égarait. Ses luttes avec son propriétaire, avec ses voisins, devenaient sous la mine de son crayon de petites apocalypses. Elle revenait sur son passé, inlassablement, écorchant les noms, mêlant les dates et travestissant les faits.

    Le soir venu, elle se levait, s'habillait, se voilait et partait dans la nuit, étrange « folle de la place Vendôme « (1), à la rencontre de l'inaccessible ...

    Lorsque mourut son propriétaire, M. Demonjay, le joaillier Boucheron, qui s'était rendu possesseur du rez-de-chaussée, offrit à la comtesse trente à quarante mille francs si elle acceptait de quitter rapidement son entresol avant l'expiration de son bail. Elle refusa mais l'heure vint où, légalement, elle fut obligée de quitter les lieux.

    Il lui fallait trouver un autre logis. Ce qui, curieusement, lui importait le plus, c'était de ne pas quitter ce quartier. Depuis longtemps, elle faisait venir ses repas du restaurant voisin, rue Cambon. Au maître d'hôtel, elle dit sa détresse. Il lui proposa un petit logement au-dessus du restaurant : deux ou trois chambres sans lumière et sans air. Sans chercher plus avant, les yeux fermés, elle accepta.

    Un dimanche - le 15 janvier 1894 - elle vint s'installer rue Cambon, au n° 14. La tristesse du lieu la frappa : « une basse-cour » dit-elle. Elle était devenue indifférente à tout. Elle écrivit : « Je ne demande qu'à un lit, la paix, le silence, et puis, à la grâce de Dieu, car ce n'est pas le logement qui change, c'est ma vie ... »

    Elle voyait mourir, l'un après l'autre, tous les témoins de sa jeunesse. Napoléon et Victor~Emmanuel n'étaient plus. Ni Poniatowski, ni La Tour d'Auvergne ... Lorsque mourut Laffitte, elle écrivit : « C'est un ami de plus à rejoindre bientôt. Que fais-je, ici, encore? Je n'ai plus rien, ni personne, de ce et de ceux que j'ai eus à moi ou pour moi, depuis mon enfance ... »

    Par deux fois, elle avait fait le pèlerinage de Passy et, chaque fois, en une douloureuse circonstance : successivement le docteur Blanche et Mme Delessert avaient quitté cette terre.

    Au cimetière, lorsqu'on avait mis en terre le docteur Blanche, elle était venue jeter des fleurs sur le cercueil et elle était allée embrasser le « petit Jacques » qui commençait à se faire un nom en peinture. Quelle n'avait pas été la stupéfaction de Jacques-Émile Blanche de s'entendre demander par la vieille amie de son père un rendez-vous! Elle se croyait, disait-elle, « encore à même, dans un certain éclairage, d'offrir quelques vestiges de sa splendeur ». Elle demandait au jeune peintre de faire son portrait l

    De cette ultime exigence de la comtesse, naquirent les deux admirables études où le peintre a su, avec tant de vérité, évoquer la silhouette désespérée de cette « petite vieille inconsolable de sa beauté et de son règne abolis ».

    Le mois de novembre 1899 la trouva très mal. Bien des années auparavant elle avait écrit : « Le mois de novembre m'a toujours été fatal. Il finira par m'être funeste ... »

    Estancelin, très inquiet, s'informa auprès du docteur Hugenschmidt. Celui-ci ne put le rassurer : « Le pronostic est assez sombre, expliqua-t-il... Un déplacement de la colonne vertébrale qui peut survenir à l'occasion d'un brusque mouvement peut amener à tout instant, soit une paralysie de la moitié inférieure du corps, ou la mort subite. Son amaigrissement rapide, survenu depuis quelques mois, malgré une suralimentation (quoiqu'elle prétende ne rien manger) est très défavorable ... »

    Dans la nuit du 28 au 29 novembre 1899, en présence de sa vieille servante Luisa Corsi, et de garçons du restaurant voisin, Virginia de Castiglione s'éteignit doucement. L'un des assistants écrivit quelques heures plus tard à Estancelin : « La pauvre comtesse est morte, cette nuit, des suites d'une apoplexie cérébrale qui l'a frappée, dimanche, à deux heures, et qui a été aggravée d'une paralysie du côté gauche ... Elle s'est éteinte, très doucement, cette nuit, à trois heures trente minutes. Elle m'avait encore reconnu à onze heures, et je crois que, vers trois heures, son regard s'est posé la dernière fois, lassé, sur ceux présents ... »

    Elle avait exigé, autour de sa mort, le silence. Elle fut obéie. Seuls les enfants du quartier de la place Vendôme surent qu'était morte la comtesse de Castiglione. On ouvrit ses placards. Les accessoires de cotillon qui les encombraient furent distribués aux enfants. La jeune place Vendôme joua pendant deux jours avec les vestiges des Tuileries.

    Aux obsèques de la comtesse, dans le caveau de la Madeleine, il n'y eut que des domestiques silencieux et, seuls, deux anciens amis, informés par hasard : le vieux duc de Vallombrosa, et l'agent de change Meyrargues. Par le défaut de toute parenté, un avoué, Me Guillaume Desouches, s'était occupé de tout.

    Qu'était-il advenu des derniers désirs et des dernières volontés de Virginia? On avait omis de la revêtir de la « chemise de nuit de Compiègne » ; on s'était gardé de lui passer autour du cou et aux bras des perles et des bracelets qui valaient une fortune.

    Elle avait rêvé de reposer à La Spezia. Parfois son imagination lui avait fait édifier en songe une tombe à la frontière de l'Italie et de la France, ces deux pays objets de ses ambitions et de ses illusions politiques : une tombe de marbre blanc, Une épitaphe écarlate devrait rappeler aux générations à venir que là gisait la plus belle femme de son siècle ... D'autres jours, elle avait parlé du cimetière de Passy.

    Ce fut au Père-Lachaise que la conduisit son dernier voyage. Sa tombe - une triste pierre de granit - solitaire, oubliée, s'y peut encore découvrir; mais il ne se trouve jamais personne pour en demander l'emplacement aux gardiens. La dalle même est nue; les caractères de l'inscription sont effacés.

    « Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire, nul ne vous reconnaît .. » (Baudelaire.)

    1) L'expression est de M. André Maurois.

    Source: Alain Decaux, La Castiglione, dans H, Paris, Le Cercle Historia, 1965, p. 145-277.

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    http://www.appl-lachaise.net/appl/article.php3?id_article=111
    "CARMELITE DE LA BEAUTE"

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-11