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    L'Encyclopédie sur la mort



    Mort bavarde



    Une autre façon de ruser avec la mort consiste à l'ensevelir sous des mots ou des images. Les médias exhibent la mort tous les jours, fertilisent nos fantasmes et, par le truchement de la mort violente des autres, nous dispensent de penser à la nôtre. L'omniprésence de la mort dans la littérature, sur le grand ou le petit écran, peut créer l'impression d'un apprivoisement de nos contemporains avec la mort. Rien n'est peut-être moins sûr, car elle est juste là en apparence. Photogénique, la mort apparaît au premier plan de la scène, elle se livre en spectacle, mais ce n'est qu'une comédie qui évacue le tragique. Or, dans sa réalité profonde, la mort est obscène, ce qui veut dire littéralement «à l'encontre de la scène». Elle a une face mystérieuse et cachée que l'on ne parviendra jamais à révéler ou à découvrir dans toute sa nudité et dans toute sa laideur.

    Aujourd'hui on a tendance à dire sur la mort beaucoup de paroles qui occultent son mystère. Les nombreux dialogues et colloques sur la mort sont devenus un nouveau rituel de la mort dans lequel l'argumentation a succédé au silence. La parole logique a remplacé le récit mythique et a enlevé à la mort son pouvoir symbolique. La mort y gagne peut-être en rationalité, mais y perd son caractère sacré de dies irae et sa force évocatrice d'infortune et de mauvais augure (le terme latin obscenus signifie: de mauvais augure). Dès lors, les réticences de Gadamer à l'égard de la conceptualisation de la mort semblent vouloir se justifier. En effet, le bavardage contemporain tend à rendre inoffensive la cruauté des traits de la mort.

    Tout discours pertinent sur la mort ne peut s'énoncer qu'avec discrétion et pudeur. Il doit s'appuyer sur une expérience sensible, car il faut avoir rencontré la mort ou avoir longuement médité sur elle pour en parler. Il faut l'avoir assumée à travers des deuils * éprouvants ou l'avoir ressentie douloureusement à travers la constatation de ses propres limites en matière de handicap ou de mutilation, de liberté et de compétence, de délit ou de déchéance.

    La littérature américaine et canadienne, et depuis peu aussi l'européenne, scientifique et vulgarisatrice, sur les soins palliatifs est écrasante et disproportionnée par rapport aux possibilités cliniques ouvertes à la population. Des milliers d'articles exhibent des centaines de références à de livres publiés sur le sujet. Cette démesure des mots complexifie inutilement la réalité des pratiques des soins. Dans le domaine de la santé, les personnes - professionnels, bénévoles expérimentés, proches, aidants naturels bien entraînés - dispensent des bons soins «avec compétence et conscience» sans se soucier de cette avalanche de concepts plus ou moins significatifs et de techniques thérapeutiques plus ou moins pertinentes.

    Tout ce bavardage scientifique ou pseudo-scientifique ne concerne qu'une minorité de malades qui ont accès aux unités de soins palliatifs à l'hôpital ou à domicile. Malgré leurs beaux discours, les gouvernements n'ont pas de ferme volonté politique de consentir les ressources financières et humaines pour le maintien et la création de services de soins palliatifs dans les diverses institutions de santé ou à la maison. Des rapports de Commissions sénatoriales ou de Comités d'éthique clament tout haut la nécessité de la formation et du besoin de formateurs tant au point de vue technique et psychologique, mais tout cela tarde malheureusement à venir.

    Face à l'obscénité naturelle de la mort, une certaine élite tente d'instaurer, par le verbe, des paradis artificiels de la bonne mort, oeuvre réservée comme une chasse gardée à la médecine, dont est d'avance exclue la grande majorité des gens.

    © Éric Volant

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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    Notes

    Source: Éric Volant, «Les ruses des humains pour déjouer la mort» dans Jeux mortels et enjeux éthiques, Chicoutimi, Sapientia, 1992, p. 36-37 (modifié en 208)

    Reproduit avec l'autorisation des Éditions Sapientia.