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    L'Encyclopédie sur la mort



    Montherlant Henri de

     

    Hwnru de MontherlantNé à Paris, le 21 avril 1895, il se donne la mort au cyanure et en se tirant dans la tempe un coup de revolver, le 21 septembre 1972, « par respect pour ce qu’il avait été » (H. Mitterand, Dictionnaire des grandes œuvres de la littérature française, p. 387). Dans les Carnets (1963), Montherlant justifie le suicide: « On se suicide par peur de ce qui va être et il faudrait fouetter jusqu’au sang les gens qui osent flétrir cette peur, quand eux ils n’ont rien à craindre. On se suicide par respect pour la raison, quand l’âge ou la maladie enténèbrent la vôtre, et qu’y a-t-il de plus honorable que ce respect de la raison? On se suicide par respect pour la vie, quand votre vie a cessé de pouvoir être digne de vous, et qu’y a-t-il de plus honorable que le respect de la vie? On se suicide sans donner ses raisons, et peut-être sans raison, et on a le droit — le droit le plus sacré — de n’en pas donner: pourquoi un homme n’aurait-il pas le droit de renoncer sans explications à une vie qu’il n’a pas demandée? Tout ce qu’on peut dire contre le suicide sort de cette case défaillante du cerveau de l’homme, d’où il tire des interdits terribles au bonheur ». Au sujet de l’aspect héroïque du suicide de Montherlant, Ruth Menahem écrit: « Que le suicide soit permis seulement aux héros, et là il est glorifié, est une notion qui s’est vérifiée lors du suicide Montherlant. La presse unanime a salué cet acte de courage, souligné la noblesse du geste, la cohérence entre la pensée et l’action de l’écrivain. […] [I]l est intéressant de noter cette discordance entre les jugements habituels de la presse qui dénonce les méfaits du suicide et cette glorification unanime » (La mort apprivoisée, Paris, Éditions universitaires, 1973, p. 111).

    «À sa grande tristesse, Montherlant déplora que la société moderne ne tolérât qu'un ami très proche ne pût vous seconder dans le suicide en vous donnant le coup de grâce» (Éric Vatré, Montherlant: entre le Tibre et l'Oronte, Paris, Nouvelles éditions Latines, 1980, p. 157). En février 1969, Henri de Montherlant confiait aux Nouvelles littéraires: «J’ai souvent songé à écrire un petit ouvrage uniquement de pratique, bon marché pour être largement répandu, dont le titre eût été, par exemple : Vite et Bien ou L’Art de ne pas se rater, en cinq leçons. Vraiment un ouvrage pour être utile aux gens, un ouvrage que tout ami du suicide eût dû avoir toujours sous la main. J’ai été arrêté par la conviction que cet ouvrage serait saisi.»

    Moraliste austère et désabusé dont la vie fut d’une grave solitude, il laisse une œuvre dramatique et romanesque pleine de poésie lyrique et d’acuité psychologique: Port-Royal, Les jeunes filles, La reine morte, Les bestiaires. La mort est très présente dans cette œuvre littérairement exigeante. Dès son enfance, l’auteur est saisi par la mort en tant que fin et rupture. Selon Henri Mitterand, «comme Malraux* ou Saint-Exupéry, Montherlant est à la recherche de l’héroïsme et de la grandeur humaine. Mais à la différence de ces deux écrivains, sa quête se résout dans l’individualisme» (op. cit., p. 333). D’après le même auteur, «Montherlant ressentait après la période trouble de la guerre “la soif d’un immense retirement”, mais sans issue et sans espoir d’une vie meilleure» (p. 387). Les rapports vie-mort sont exprimés de façon lucide et dramatique: «Tu connais la parole de Don Quichotte: Je suis né pour vivre en mourant. Ou bien, c’est une constatation d’évidence: nous mourons un peu chaque jour. Ou bien c’est la parole la plus étrange de tout le livre, — bouleversante peut-être. Qu’a voulu dire au juste Cervantès? Je ne sais, mais moi, comme Don Quichotte, je vis en mourant» (Don Celestino dans Le chaos et la nuit). Il situe la mort à l’intérieur de sa culture classique: «Que mes yeux, avant de se fermer pour toujours, se portent sur quelques pages de Pétrone, puis de Plutarque*, puis de Sénèque*. Pétrone qui nous apprend à vivre pour nous-même, Plutarque qui nous apprend à vivre pour les autres, Sénèque qui nous apprend à cesser de vivre.» Dans son essai Le Treizième César (Gallimard, 1970), consacré à des personnages de la Rome antique, «Il regarde à droite, il regarde à gauche, il regarde en haut, il regarde en bas, et il ne trouve que de l’horrible. C’est quelquefois la tragédie d’un peuple, à un moment donné : il n’y a personne. Caton choisit le camp de Pompée, qu’il juge le moins horrible. Je parlerai lorsque j’aurai quelque chose à dire”, répondait-il, jeune homme, à ceux qui lui reprochaient d’être trop taciturne. Chez Pompée il a quelque chose à dire : il critique, se plaint, prévoit les maux ; il croit à la cause qu’il défend, mais il ne croit ni aux hommes qui la défendent, ni à son succès. “Il ne croyait pas à la légère”, écrit Plutarque, avec profondeur.» («La mort de Caton», p. 43-44)

    Dans le même essai, Montherlant est d'avis que le choix ultime du suicide appartient à la personne: « Il n'y a rien de plus mystérieux qu'un suicide. Quand j'entends expliquer les raisons de tel suicide, j'ai toujours l'impression d'être sacrilège. Car il n'y a que le suicidé qui les a connues, et qui ait été en mesure de les comprendre. je ne dis pas: de les faire comprendre; elles sont le plus souvent multiples et inextricables, et hors de portée d'un tiers.»

    La stature de héros que Montherlant se donne et qu’il reproduit dans ses personnages est merveilleusement dépeinte par Roger Secrétain dans sa préface aux romans et œuvres de fiction non théâtrales de Montherlant. «Toujours seul en face de l’accomplissement de sa personnalité et de son œuvre, inactuel au sens nietzschéen, répugnant par instinct à toute vue idéologique de l’histoire, il n’a point été attiré par les écoles où la jeunesse littéraire veut atteindre l’originalité des talents par celle des formules. Ainsi n’a-t-il sacrifié à aucune mode» (Paris, Gallimard, «La Pléiade», p. ix). Et plus loin: «Le cas extraordinaire de Montherlant est que sa vocation de moraliste se dégage directement de la vie et se nourrit aux mêmes sources que son imagination. […] L’exigence morale provoque et dramatise le destin. Un roman, un vrai roman, n’est pas seulement le récit d’un événement, l’histoire d’une passion, c’est le conflit des passions, avec les clartés de la conscience. La sensibilité d’écorché qui fait réagir ce démiurge, dans la nostalgie d’une pureté toujours compromise, ajoute une sévérité à la souffrance, puis une nouvelle souffrance à sa sévérité. Elle s’exprime par la complexité et la mobilité de son caractère, elle emprunte des chemins singuliers, elle soumet ses personnages aux réactions subtiles de l’alchimie psychologique, mais elle concerne les problèmes existentiels, la gravité même de la vie» (p. xxxvi).

    Consulter le site «Montherlant»:http://www.montherlant.be/



    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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