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    L'Encyclopédie sur la mort



    Mertens Pierre

    Pierre Mertens, né à Bruxelles le 9 octobre 1939, étudie le droit à l'Université Libre de Bruxelles. Écrivain engagé pour les droits de l'homme.

    Oeuvres

    L'Inde ou l'Amérique,
    Seuil, 1969
    Le Niveau de la mer, L'Âge d'Homme, 1970
    L'Imprescriptibilité des crimes de guerre et contre l'humanité, Édition de l'Université de Bruxelles, 1974
    Les Bons offices, Seuil, 1974
    Nécrologies
    , Jacques Antoine, 1977
    Terre d'asile
    , Grasset, 1978
    La Passion de Gilles, opéra, Actes Sud, 1982
    La Fête des anciens, Les Éperonniers, 1983
    Terreurs, Le Talus d'Approche, 1984
    Perdre, Fayard, 1984
    Berlin. Un guide intime, Autrement, 1986
    Les éblouissements, Seuil, 1987
    Uwe Johnson, le scripteur de murs, Actes Sud, 1989
    L'Agent double, Complexe, 1989
    Lettres clandestines, Seuil, 1990
    Les Chutes centrales, Verdier, 1990
    Les Phoques de San Francisco, Seuil, 1991
    Flammes, théâtre, Actes Sud-Papiers, 1993
    Une paix royale, Seuil, 1995
    Collision et autres nouvelles, Babel, 1995
    Tout est feu, Alice, 1999
    Perasma, Seuil, 2001
    Les chutes centrales, Grand Miroir, 2007

    Il est le lauréat du Prix Medicis pour Les éblouissements. Ce roman part de sept moments de la vie d'un poète expressionniste allemand Gottfried Benn, médecin (1886-1956).

    Extrait
    du dernier chapitre de Les Éblouissements, «Les derniers mots» qui est le récit de la mort de Benn:

    Les mains de l'homme et de la femme ne se rencontrent jamais, a-t-il écrit, au-dessus de l'infranchissable abîme. Sa main cherche la main d'Ilse Kaul. La trouve. Dans un testament d'une telle sorte qu'on pouvait l'ouvrir avant l'heure, il a stipulé qu'il souhaitait mourir entre les mains de sa femme. Comme s'il dût en recevoir, de la Faculté, l'autorisation expresse. Ainsi se sont-ils pris les mains à l'instant où lui allait franchir la porte au seuil de laquelle elle allait le quitter. Une main va se fermer, se crisper, se raidir, et refroidir autour d'une autre main, chaude et vivante. Celle-ci devrait, tout à l'heure, se libérer de celle-là, comme d'une menotte d'acier. Nous n'en sommes pas encore là.

    [...]

    «Le règlement du prix, dit une voix dans le combiné téléphonique à trois pas de lui, il stipule que seul un artiste encore en vie peut le recevoir, d'où le problème, vous comprenez, croyez bien que nous regrettons..»
    Éclaboussures de lumière à la crête des vagues. Nul ne saurait qu'il m'a fallu à traverser tout pour, à la fin, n'être rien. Je ne vais disparaître que d'avoir tout épuisé.. «Plus de lumière!» a dit le Patron. Comme les gens sont simples:cette évidence, cette platitude les a tous épatés. Il n'y avait vraiment pas de quoi. Faut-il donc manquer d'imagination. Belle bande d'Icares aux semelles de fonte. Allons, cette fois, c'est dit : je n'en dirai plus de mal, et pourtant comment quelqu'un de cliniquement mort ne verrait-il pas plus de lumière, en effet celui qui en revient le confirmera...
    Lorsque le président du jury du prix de Nordrhein-Westfalen sortit de la salle où on avait délibéré, la radio de Berlin annonçait déjà la mort du poète: il dut donc téléphoner au ministère de la Culture, en personne, et soulever ce délicat point de procédure. Alors le ministre l'adjura d'antidater la décision: Arrangez-vous pour le lui attribuer tout de même, nom de Dieu!
    Mais, à la fin, il ne restait tout de même que cette main d'une femme, sa main et son poignet, il ne restait que cette fine attache pour retenir une dernière fois le monde: main d'une femme, qui t'a aimé, Te spectem suprema cum mihi venerit hora, te teniem moriens deficiente manu, ce poignet d'une femme pour un homme, celui-ci ne voulut pas le lâcher, sceptre grêle d'un roi dépossédé de tout si ce n'est, pour un instant encore, des mots, trois ou quatre mots qui lui survivront une fraction de seconde, le temps de les expirer, comme une buée: Ilse, ma chérie, la fière pauvreté des mots, pourquoi a-t-il fallu, dis-moi, non, ne me dis rien, déjà ce n'est plus à toi que je parle, pourquoi a-t-il fallu qu'un instant je la trahisse, il y a longtemps déjà, me semble-t-il, mais non, c'était hier, pourtant je la connaissais bien, je ne connaissais qu'elle, elle ne connaissait que moi, une fois encore je la reconnais: elle était fière comme l'amour.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-18
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    Notes

    Source: Pierre Mertens, Les éblouissements, Paris, Seuil, 1987, p. 376-378.