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    L'Encyclopédie sur la mort



    Male mort (Moyen - Âge)

    La «male mort», ou la mauvaise mort, désigne une mort tragique ou funeste. Il y a ceux qui meurent lentement d’une mort douce, ou attendue. Et il y a ceux qui partent de façon brutale: guerre, crime, catastrophe naturelle, suicide, épidémie, accident, exécution, etc. (Philippe Charlier, La male-mort. Les morts violentes dans l’Antiquité).

    Au Moyen Âge, la mort n'est pas le néant, mais un passage. Le mort désigne donc trois catégories de défunts:

    - celui qui a quitté le monde des vivants et est en quête d'un lieu de séjour, c'est-à-dire l'itinérant;
    - celui qui, après avoir quitté le monde des vivants, est arrivé à destination, c'est-à-dire le trépassé;
    - celui qui, arrivé à destination, ne veut pas rester en ce lieu ou en est rejeté ou exclu, ou celui qui ne parvient pas à atteindre son but ou cherche à retourner dans le monde des vivants, le revenant.

    Le «male mort» ou le mauvais mort est celui qui a éprouvé une mort qui ne répond pas aux conditions de la bonne mort. Chaque société essaie d'établir les critères d'une bonne mort et celui qui ne meurt pas selon cette normalité subit une « male mort » ou est « mal mort », mort de mauvaise manière.

    Ainsi, certaines conditions physiques de la personne durant sa vie anticipent le type de mort vers laquelle elle s'achemine. La différence physique crée la marginalité dans cette vie ici-bas et se poursuivra dans l'au-delà. Autrement dit, un mauvais vivant fera un mauvais mort. Cette forme d'exclusion s'applique aux boiteux, aux borgnes et aux handicapés, à tous ceux dont le corps a perdu son intégrité physique.

    La mort violente étant par définition une «male mort», les décédés de mort violente sont des mal morts, parmi lesquels on compte les noyés et les pendus, les suppliciés et les suicidés, même ceux et celles qui n'ont pas eu de sépulture.

    La mort prématurée est aussi une «male mort» et frappe la femme enceinte, morte en couches ou qui vient d'accoucher, l'enfant mort-né, avorté ou non baptisé (s'il est chrétien) ou n'ayant pas encore reçu de nom (s'il est païen), les fiancés ou les époux décédés le jour de leur mariage.

    Ainsi, le fiancé, devenu itinérant après sa mort, voudra revenir auprès de sa bien-aimée ou l'emmener avec lui. Le veuf sera poursuivi par sa défunte femme qui n'a pas eu le temps de lui donner un enfant. Ainsi tous ceux qui ont été frappés par une mort violente ou par une mort prématurée, ceux qui sont morts infirmes ou par accident ou ceux qui n'ont pas eu de sépulture. n'ont pas trouvé de lieu où s'inégrer et sont, de ce fait, dans l'errance (les itinérants). Ils cherchent à revenir dans le monde pour y mener une en sociabilité avec les vivants ou pour se venger de leurs proches et de leur communauté, de ceux qui les ont tués ou maltraités, de ceux dont ils ont été les victimes.

    Les rites funéraires et les lieux de mémoire ne sont pas tant une forme d'hommage destinée aux défunts que des mesures de prévention afin d'éviter les menaces et la vengeance des revenants, le retour posthume des mal morts. Si les bons morts reviennent, c'est pour venir en aide aux vivants, non seulement aux proches, mais à la communauté entière. C'est pourquoi les vivants leur adressent des prières et des supplications en privé et lors des célébrations publiques.

    Inspirées par Florence Bayard, maître de conférences à l'université de Caen, « Pourquoi les morts reviennent-ils? » dans Arlette Bouloumié, dir., Les Vivants et les Morts. Littératures de l'entre-deux-mondes. Imago, 2008, p. 1-29, suivront quelques informations précises au sujet des morts, qui se meuvent entre les deux mondes, celui  des morts et  celui des vivants.

    La dimension spatiale est très présente dans l'imaginaire des chrétiens du Moyen Âge grâce à la configuration de l'au-delà,  car il y a là beaucoup de mouvance et de mobilité et grâce aux rites funéraires* et à la sépulture, aux sites funéraires et à tout lieu de mémoire funéraire. En outre, les gens ne craignaient pas tant la mort, que la « male mort ». et, par conséquent, ils avaient peur de la vengeance des revenants. D'où leur besoin  de garder le corps des défunts dans un lieu sûr, à l'écart de la communauté, afin d'éviter leur errance parmi les vivants.

    « Le suicidé s'aligne en grande partie sur le cas du condamné puisqu'il est considéré comme homicide: il est avant tout l'auteur d'un crime, non la victime*. Ce désespéré, qui peut agir par vengeance, rompt par son geste, les liens qui l'unissent à son groupe et se met volontairement à l'écart. Cet isolement le suit dans l'au-delà et se répercute sur son cadavre qui peut être puni, et bien souvent, enfoui dans un endroit écarté ou même jeté à l'eau, dans un tonneau, "moyen de transport des corps et des âmes maudits vers le pays des morts" * » (F. Bayard, o.c., p. 23).

    Afin d'éviter une mort sans sépulture, forme de «male mort», « sur l'Île d'Ouessant, à la nouvelle du décès d'un homme mort au loin [en mer], on confectionnait une petite croix de cire, véritable substitut du corps du défunt. Elle était veillée, transportée à l'église et déposée dans une urne près du choeur, puis dans un mausolée [...], parmi les tombes du cimetière. Ainsi le corps et l'âme étaient-ils repatriés au pays. Ce rite se célébrait encore dans les années 1960** » (o.c., p, 29, note 7).

    « Les cas de morts accidentelles en montagne illustrent cette croyance [la peur que le défunt reviendra pour se faire justice]: le corps du défunt est enterré sur le lieu de sa mort, l'emplacement de son corps est marqué par un tas de pierres, et quiconque passe auprès de cette sépulture doit y ajouter une pierre sous peine de devoir porter sur son dos un poids extrêmement lourd, et parfois mortel, sous peine, donc, de voir revenir le mal mort : la pierre ajoutée le fixe encore un peu plus à son lieu de sépulture » (o. c., p.29).

    Bibliographie

    *Jean-Claude Schmitt, «Le suicide au Moyen Âge» dans Annales E.S.C., 31,, n° 1, janvier-février 1976, p. 3-28, la citation: p. 4.
    ** F. Bayard, Bretagne...un autre voyage. Vivants et défunts face au grand passage, Keltia Graphic, Spézet, 2004.







    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-11-06
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