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    L'Encyclopédie sur la mort



    Lykaon

    KraussDans son « Avant-propos » au livre publié sous sa direction, Gérard Jacquin écrit:

    « Pausanias, historien grec, «en opposant au sacrifice pur, non sanglant de Kékrops, roi d'Athènes, le crime de Lycaon, roi d'Arcadie, qui immole un nouveau-né à Zeus, montre comment son geste est "une terrifiante régression vers l'animalité»; sa métamorphose en loup, aussitôt après, en est d'ailleurs le signe. Pausanias considère alors ce mythe comme le récit d'un événement historique et, en construisant ainsi le temps des origines, il suggère que ce crime" détermine l'identité inquiétante des Arcadiens"». (Le récit de la mort. Écriture et histoire, Presses universitaires de Rennes, «Interférences », 2003, p. 10)

    C'est précisément Laurent Goumelen qui interprète les propos de Pausanias dans son article intitulé «Le crime de Lykaon: enjeux et significations d'un récit de la mort (Pausanias, VIII, 2)» (op. cit., p. 15-38):

    La première originalité la plus surprenante peut-être aux yeux du lecteur, réside dans la présentation du personnage de Lykaon [...]. Fils de l'autochtone Pélagios, il reçoit de so père une origine chtonienne qui le rattache directement à la Terre et au monde divin. Il hérite également d'une vocation politique qui le pousse à poursuivre l'oeuvre civilisatrice de son père en fondant une cité, Lykosoura, laquelle serait la première jamais créée, modèle pour tous les autres hommes. Son domaine de l'action s'étend à la religion: il donne un nom à Zeus, Lykaios, et institue en son honneur les jeux Lycéens qui précédèrent les Panathénées. En apparece, il incarne la figure du roi civilisateur des origines à l'image de Kékrops l'Aténéen, évowué en contrepoint, autochtone, mi-homme mi-serpent. [...]

    Autre surprise de taille: le caractère extraordinairement bref, réduit et, si l'on ose dire, minimaliste du récit des faits. Une fois encore, le personnage et son acte n'existent que dans leur opposition à Krékrops et sa pratique des sacrifices «purs», végétariens et non sanglants:

    Lykaon, lui, apporta sur l'autel de Zeus Lykaios un nouveau-né, sacrifia le bébé et répandit son sang sur l'autel: et on dit qu'aussitôt après le sacrifice, il devint un loup au lieu d'un homme.

    [...]

    Pausanias, si attentif au fait religieux, ne pouvait passer sous silence [le] caractère religieux [du geste]. Il ne l'évoque que beaucoup plus loin dans le livre VIII et, encore, avec beaucoup de réticence:

    Sur l'autel, on sacrifie à Zeus LYjaios en secret, et je n'ai pas voulu m'informer indiscrètement de ce qui en est de ce sacrifice. Qu'il soit ce qu'il est et ce qu'il a toujours été dès l'origine.

    [...]

    L'évocation du crime de Lykaon se justifie, avant toute chose, par son rôle essentiel au sein du projet narratif de Pausanias. Il permet de fonder, en lui donnant sens, un récit des origines particulier et original, celui de l'Arcadie, qui s définit par opposition explicite à celui d'Athènes et, de façon implicite, en contrepoint du modèle grec traditionnel centré autour du mythe du premier sacrifice institué par Prométhée.

    [...]

    À Athènes, Kékrops, le contemporain de Lykaon, honore Zeus non par le sacrifice d'un être vivant, mais par l'offrande de pelanoi, de gâteaux. Son sacrifice est «pur», non sanglant; il n'est pas un acte de mort. C'est bien au travers du sacrifice que peuvent se comprendre la différence entre Kékrops et Lykaon, tout autant que le spécificité de la représentation des origines arcadiennes par rapport au cas athénien et, plus largement, par rapport à la tradition grecque dominante. [...] Ce sont trois formes de pratiques sacrificielles qu'il faut envisager. Tout d'abord, le sacrifice de Prométhée à l'issue duquel un terme définitif est mis à la commensalité des hommes et des dieux, à la période bénie de l'âge d'or. Dorénavant, à l'issue du grand partage qui assigne à chacun sa place dans le Monde, les hommes, les dieux et les animaux sont irrémédiablement et définitivement séparés. Le sacrifice de Lykaon a la même conséquence que celui de Prométhée: il met un terme à l'âge d'or; mais au lieu d'établir le grand partage, il provoque un brouillage absolu des frontières et une terrifiante régression vers l'animalité. Comparé à ces deux sacrifices fondateurs, celui de Kékrops révèle son originalité radicale; il n'a aucune conséquence [...]. Athènes ignore l'âge d'or. [...) Dès l'origine, dès leur apparition, les hommes ont été pleinement humains.

    L'opposition entre Kékrops et Lykaon prend donc sens: les choix sacrificiels opposés des deux personnages déterminent deux histoires radicalement divergentes. L'un, en optant pour le sacrifice «pur», permet à son peuple de devenir le peuple civilisé par excellence; l'autre, par son crime et son acte mortifère, détermine l'identité incertaine et inquiétante des Arcadiens.

    La métamorphose de Lykaon [en loup] porte en puissance tous les malheurs à venir de l'Arcadie: elle préfigure l'instabilité constitutive du peuple, sans cese tiraillé entre humanité et animalité. Elle le fait tout simplement parce qu'elle impose d'emblée une remise en question, en même temps qu'un questionnement, de la frontière séparant l'homme de l'animal.

    IMAGE
    Lycaon flieht - Fuite de Lykaon (Johann Ulrich Krauss, Edition 1690) Ovid, Met. I, 236-240
    www.latein-pagina.de/ ovid/ovid_m1.htm

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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