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    L'Encyclopédie sur la mort



    L'Intrus (film)

    L'INTRUS

    Film français, réalisé par Claire Denis avec Michel Subor, Grégoire Colin, Béatrice Dalle
    Genre : Drame
    Durée : 2h 10min.
    Année de production : 2004.

    Claire Denis a lu le livre de Jean-Luc Nancy, l’Intrus,( éd. Galilée, «Lignes fictives», 2000, 45 p.), récit autobiographique du philosophe sur sa transplantation cardiaque et ses suites. «...tout le film, histoire de cet homme vivant avec un coeur qui n’est pas le sien, et qui ira se chercher lui-même au bout du monde, s’interrogeant sur son identité, est en même temps placé sous le signe de l’animalité, de l’élan - vital, aurait dit Bergson - pour continuer malgré tout, poitrine ouverte où l’on planta l’organe vivant d’un mort.»
    (La chronique cinéma d'Émile Breton: «Un intrus dans le paysage audiovisuel»,
    http://www.humanite.fr/2005-05-04_Cultures_Un-intrus-dans-le-paysage-audiovisuel)

    Jean-Luc Nancy, l'auteur du livre, a écrit lui-même une interprétation fort suggestive du film : «L’Intrus selon Claire Denis» (http://remue.net/spip.php?article679) dont voici quelques extraits:

    «Comme il m’est venu un jour de le dire, saisi par l’assonance, Claire Denis n’a pas adapté mon livre, elle l’a adopté.»

    L'auteur dégage de ce film un fil, «tressé de plusieurs brins». Il annonce simplement ceux qu'il a cru discerner : «ils se désigneraient respectivement sous trois couples : «père et fils », «Christ et Dionysos», «femme et chiens». [...]

    «Sur un premier plan, la simple filiation naturelle est ostensiblement mise en scène par le début du film, lorsque le fils de Trebor est présenté dans ses fonctions de père (de deux tout petits enfants), d’homme domestique (il peint un plafond) et de géniteur (il fait l’amour à sa jeune femme, dont les seins rappellent à leur tour le rapport aux enfants, du reste dans un contraste amusé avec les biberons - de manière générale, on peut dire que le père est expressément présenté comme un rôle, à commencer par l’image qui le découpe dans les cadres de deux fenêtres). Or ce fils, nous l’apprendrons, n’est justement pas le « fils bien-aimé» : ce dernier, Trebor l’a abandonné à Tahiti où il partira plus tard le chercher. [...]

    Je ne chercherai pas à ficeler une christologie qui n’a rien à faire ici. Je remarque seulement qu’une certaine pensée du Christ, assez fréquente dans la tradition - mettons, de l’épître de Jacques jusqu’à Nietzsche*- aime à le présenter comme un intrus qui dérange, qui apporte le trouble et l’inquiétude d’une étrangeté au monde. [...]

    Or la référence scripturaire elle-même n’est pas absente. Ce que nous entendons du prêtre lors de l’enterrement est un passage de l’Apocalypse, dont il faut retenir trois points : d’une part Dieu y dit qu’il est «l’alpha et l’oméga» et que c’est lui qui dispense «l’eau de la source de la vie» ; d’autre part il annonce un héritier qui «lui sera un fils» selon cette vie ; enfin il oppose à ce fils de la vie «renouvelée» (selon le contexte du passage) «les craintifs, les mécréants, les horribles, les meurtriers, les prostitueurs, les drogueurs et tous les menteurs» qui seront précipités dans la «seconde mort», c’est-à-dire dans celle qui ne connaît pas de résurrection. Aux motifs de la vie et du fils s’ajoute ainsi le motif, lui aussi indécidable, d’une possible «damnation» de Trebor qui a été meurtrier à coup sûr, et peut-être aussi tout le reste... [...]

    Les femmes ne se déplacent pas, ou du moins ne sont-elles prises dans le déplacement que de façon souveraine (la «reine» mène son traîneau, la Russe son cheval). Elles ne sont pas prises dans l’errance des hommes. Elles gardent plutôt les lieux - la pharmacienne, sa pharmacie, tout en visitant l’isolé de la forêt, l’éleveuse, son élevage, la mère tahitienne, sa maison et ses enfants - ou bien elles soignent (la pharmacienne, la masseuse), et si elles errent, elles aussi, ce qui est le cas de la sauvageonne et de la Russe, c’est à titre de doublets de l’errant qu’est Trebor. La première est en quelque sorte son double féminin, elle aussi réfugiée dans les bois sans que la raison nous en soit donnée, la seconde est la Némésis attachée à ses pas : Trebor n’existe en quelque sorte que comme une figure doublée de chaque côté par ces deux allégories de lui-même.»

    Le film de Claire Denis est un tissu de mystères qui ne seront pas compris, de secrets qui ne seront jamais expliqués, comme l'observe Jean-Luc Nancy:

    «Mais ce secret, comme tous les autres, ce secret réel ou seulement simulé (simulé entre les personnages dont jamais pour finir ne s’établissent des rapports tout à fait clairs, et simulé par la cinéaste pour nous : entre elle et nous non plus, les rapports ne sont pas clairs) - ce secret reste emporté avec tout le film par la plus secrète de toutes, celle qui ne se confie qu’à la course effrénée de ses chiens.»

    Chez Claire, on est contraint d'accepter le rythme, on se laisse porter , envahir, secouer par un rythme fatal, irrationnel. C'est une question de vie et de mort.:

    «Chez Claire Denis on aime, on cohabite, on dresse, on tue, on dévore ou on désire sans jamais s'expliquer, de même que le corps accepte ou rejette un organe : question de rythme vital, ou fatal» (Serge Cardinal, «Claire Denis, l'intégrale : Trois questions pour Claire Denis», Hors Champ, archives cinéma, 17 octobre 2007).

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-14
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