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    L'expression des sentiments

    Patrick Poivre d'Arvor, L'expression des sentiments, Paris, Stock, 2011.

    « Ce livre est l'hommage d'un homme redevenu petit garçon », peut-on lire sur la quatrième page de la couverture. En effet, élevé par une mère et dans une famille où l'on était avare de manifester ses sentiments, Patrick Poivre d'Arvor révèle, avec beaucoup de transparence, toute sa senbilité intime en racontant les derniers instants de sa mère et en relevant des minuscules détails du passé familial.

    « Elle n'aimait pas la déchéance,aucune sorte de déchéance. Elle m'avait averti : " Si jamais je comence à sucrer les fraises, allez ouste, bon débarras! ". Pas d'acharnement thérapeutique, pas d'hôpital non plus. L'hôpital, c'est pour les dépendants. Et Maman n'aimait rien de plus que son indépendance. Elle n'avait jamais rendu de comptes à personne, juste à sa conscience et c'était déjà assez compliqué à ses yeux."Ne nous mélangeons pas", disait-elle parfois. Ne pas se dissoudre dans les autres, rester singulier » (p. 21).

    L'auteur est d'avis qu' « une enfance aimée n'est pas forcément une enfance heureuse » (p. 83). Il développe quelques paragraphes aux événements suicidaires dont fut affectée sa famille et à ses propres tendances suicidaires :

    « Depuis mon plus jeune àage, j'ai eu l'impression de marcher avec un caillou dans ma chaussure, de marcher comme un crabe, de travers, à reculons. Je suis né avec ce mal-être, ma mére ny est pour rien. Son père, la trentaine venue, avait traversé une période suicidaire et quand, un peu par hasard, j'avais découvert ses lettres de l'époque, j'en avais été bouleversé » (p. 83-84).

    L'auteur insère dans le texte une lettre de ce grand-père, datée du 16 octobe 1916 : « Je m'ennuie mortellement; ce temps puvieux, ce vent, ce ciel sombre, préludes d'automne, m'attristent profondément. [...] Mais mourir pour échapper à l'horreur de la vie, quelle triste sortie...» (p.84-85).

    Puis, il ajoute à cette liste ancestrale et familiale : « Marine, le père de ma grand-mère, se suicida lui aussi. Comme tant d'autres dans cette ligée paysanne. Comme aussi la femme de mon seul oncle, le frère de Maman. Et Dominique, le fils de ma marraine, pensionnaire de la Comédie-Française, destin fauché à moins de quarante ans.

    Plus tard, je fus percuté de plein fouet par le choix de ma fille Solenn, ma fille adorée, qui a laissé un trou béant dans notre famille, et des fissures jamais colmatées. On m'a parfois reproché de lui avoir trouvé du courage, même si ce courage-là nous a fait atrocement mal, mais il en fallait pour affronter une rame de métro, et pour quitter violemment ce monde qu'elle n'aimait pas et où tant de gens l'aimaient d'amour fou. À commencer par sa petite soeur Morgane et sa mère Véronique qui mirent un temps infini à se reconsruire après le drame, comme sa soeur Dorothée et son frère Arnaud; lui aussi a parfois peur du vertige sur son fil de funambule » (p. 85-86).

    Chaque fois qu'un homme ou une femme choisit le suicide, Patrick se pose la même question : « qu'est ce qu'elle ou il ont dû souffrir ! ». Et il « entre en communion » et « se sent proche de tous ces petits frères ou petites soeurs de souffrance » . Parfois, il aimerait « les rejoindre au paradis des vies brisés. de celles qui n'ont pas eu le temps d'être médiocres, gangrenées par la sottise ou la méchanceté, qui vont si souvent de pair » (p. 86).

    Et il conclut : Pour toutes ces raisons, je te respecte encore davanatge, ma mère. Tu n'as pas choisi ta fin mais tu as évité la décrépitude, le handicap, l'hôpital. C'est une façon de partir qui te ressemble, digne, orgueilleuse peut-être, mais tant pis. Tu m'as toujours enseigné la droiture, et ce que tu enseignais, tu te l'es appliqué  à toi-même. Jusqu'au bout » (p. 87).

    À la fin de cet hommage à sa mère, il se rend compte de la douleur du vide et de l'absence:

    « J'ai été en manque d'un fille, puis d'une deuxième, et d'une troisème à venir, et ce n'est pas normal parce que les petits ne doivent pas partir avant les grands. Aujourd'hui je suis en manque de mère, et pourtant on me dit que c'est dans l'ordre naturel des choses. Alors je ne me plains pas, elle n'aimerait pas.

    Mais je plains mon père, trois fois par jour au moins au moment des repas. [...] Je promène ma tristesse, m'a-t-il confié l'autre jour en rentrant seul de la forêt.

    Elle nous a bridés avec sa pudeur, ses sentiments qu'on doit garder pour soi, ses mots enfouis, ses silences. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'un grand, un très grand Silence. » (p. 132-133).

    © Éric Volant

    tous droits réservés

     

    Date de création:2012-05-03 | Date de modification:2012-06-29
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