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    L'Encyclopédie sur la mort



    La mort au fil du temps. La famille Normand, un siècle de pratique funéraire

    L'arrivée des directeurs de funérailles au début du XX° siècle représente une nouveauté pour la plupart des Canadiens français. L'image du «croque-mort» ou de l'entrepreneur de pompes funèbres avec son corbillard tiré par des chevaux a certes marqué la mémoire de la population. Derrière cette image, on trouve des hommes qui aident les familles à traverser un moment difficile, en leur offrant des services particuliers. Leur travail entre graduellement dans les habitudes de vie. Certaines entreprises funéraires traversent donc le siècle en s'intégrant à leur communauté. Elles s'adaptent aux nouvelles façons de percevoir et de vivre la mort en offrant des services personnalisés aux familles* en deuil*. C'est le cas de la Maison funéraire Laurent Normand qui doit ses origines à Joseph-Edouard Normand. Après ses études, J.E Normand choisit de pratiquer, à Montmagny, le métier d'entrepreneur de pompes funèbres. Avec le début du XX° siècle, une nouvelle vocation s'affirme donc chez les Normand. Depuis cent ans, la Maison funéraire Laurent Normand n'a cessé d'évoluer au coeur de son milieu. C'est à travers le respect et le besoin de faire plus pour les familles en deuil et l'expérience qui s'est transmise de père en fils que la maison funéraire bénéficie toujours, après plus d'un siècle, de la confiance de la population.

    Le temps passe,
    les générations se succèdent
    mais l'essentiel demeure...

    La famille Normand, un siècle associé à la pratique funéraire

    Au moment où Joseph-Edouard Normand s'établit à Montmagny, cette ville s'affirme comme un véritable pôle institutionnel et industriel sur la Côte-du-Sud. Avec une population d'environ 2 000 habitants, elle constitue le chef-lieu du district judiciaire de Montmagny. Dans le secteur de l'éducation, le Collège des Frères du Sacré-Coeur et le couvent des Soeurs de la Congrégation Notre-Dame connaissent une croissance particulière reliée à une plus grande fréquentation scolaire. Sur le plan municipal, on commence à doter le milieu urbain des meilleures infrastructures pour l'aqueduc et l'électricité.

    L'industrie y est florissante. La famille Price établit une pulperie au pied des chutes de la ricière-du-Sud, au bassin de Montmagny. Dans ce secteur, la construction navale est omniprésente depuis près d'un demi-siècle. Après celle de Price, c'est l'industrie de poêles d'Amable Bélanger qui est la plus importante. Puis, en 1902, Arthur-Napoléon Normand et six associés fondent la compagnie manufacturienne de Montmagny, une usine de machinerie agricole.

    Avec cette animation, la ville de Montmagny connaît une prospérité étonnante. E 1902, on y distingue trois quartiers. Autour de l'église, c'est le centre de la ville avec ses rues étroites, ses commerces et plusieurs résidences de notables. De l'autre côté de la rivière du Sud, se trouve un quartier ouvrier. Puis, vers l'ouest, se profile le quartier industriel qui promet d'être l'un des plus dynamiques à l'est de Québec.

    En 1902, la paroisse de Saint-Thomas entre dans une période de transition importante. Sous l'impulsion de Victor-Odilon Marois, curé de 1898 à 1920, la vie religieuse connaît un souffle nouveau. À cette époque, les dévotions au scapulaire sont renouvelées et elles visent à protéger les défunts contre les «feux de l'enfer». Le curé Marois fonde alors la première confrérie de la paroisse dédiée au Scapulaire bleu de l'Immaculée-Conception. Dans la paroisse, ce curé met également sur pied une douzaine de confréries semblables.

    À la même époque, on constate que le cimetière de la fabrique, dont le terrain est aujourd'hui occupé par la polyvalente Louis-Jacques-Casault, est devenu désuet. La terre argileuse se gorge d'eau et le drainage y est presque nul. Les paroissiens demandent alors de trouver un autre endroit pour ensevelir les corps. Avec l'approbation de l'évêque, le curé Marois achète des terres pour aménager un nouveau lieu d'enfouissement. Ouvert en juin 1902 sous le nom de cimetière Saint-Odilon, le nouveau cimetière est situé en périphérie de la ville, à un kilomètre à l'ouest de l'église. Étant donné cette distance, il est nécessaire de recourir à une personne responsable d'un corbillard et le besoin d'offrir des services funéraires aux familles se fait sentir. Remarquons que l'éloignement du cimetière dans les paroisses du Québec s'est fait souvent pour des raisons d'hygiène publique.

    La découverte d'une vocation: l'entrepreneur de pompes funèbres J.- Édouard Normand (1873-1939)

    J.- Édouard Normand aurait entrepris ses activités d'entrepreneur de pompes funèbres en 1902 et probablement après l'ouverture du cimetière Saint-Odilon. Il établit son commerce au 17, rue du Dépot, aujourd'hui rue de la Gare, sur l'actuel terrain du bureau de poste de la ville. Le 2 juillet 1906, il épouse, à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, Béatrice Simoneau, fille de Jovite Simoneau et d'Olympiade Couillard-Dupuis.

    Pour subvenir à ses besoins, il combine le travail d'entrepreneur en pompes funèbres et celui de marchand de chaussures. Dans les années 1920, le marchand Joseph-Émile Dubé offre également ses services à la population. Il lègue toutefois l'entreprise funéraire à son fils qui, à 22 ans, l'exploite sous le nom de Charles-Henri Dubé. À ses débuts J.- Édouard Normand se charge de la direction des funérailles. Son travail consiste à se procurer un cercueil pour le défunt, à préparer la chambre mortuaire, louer un corbillard, à fournir des chandelles, des vêtements de deuil pour les porteurs et à conduire le cortège jusqu'au cimetière*. En 1925, les frais pour ce travail peuvent s'élever à 70 dollars. J.- Édouard pratique le métier d'entrepreneur en pompes funèbres jusque dans les années 1930. En fait, il quittera le domaine pour un poste de geôlier à la prison de Montmagny. Il décède le 12 décembre 1939 et laisse à son fils Laurent le soin de perpétuer l'entreprise qu'il avait créée.

    Laurent Normand est né et baptisé à Montmagny le 4 avril 1907. À 11 ans, il travaille déjà aux côtés de son père qui lui transmet une partie de son savoir dans le domaine funéraire. En 1918, lors de la grippe espagnole, il est une aide précieuse pour son père en raison de l'augmentation des décès dans la ville.

    L'affirmation d'une entreprise Laurent Normand (1907-1978) et sa famille

    Avant de se consacrer entièrement au métier de directeur de funérailles, Laurent exerce d'autres métiers. Vers 1930, on le retrouve à l'usine des poêles Bélannger, qui connaît à la même époque une expansion remarquable. Par la suite, il travaille comme journalier dans une usine de textile que vient d'ouvrir, Max Binz. Comme directeur funéraire, Laurent Normand fait ses premières armes dans l'entreprise funéraire de Charles-Henri Dubé. En 1937, il décide de poursuivre à Québec une formation de plus d'un mois comme assistant embaumeur. Il fait probablement son apprentissage au laboratoire d'Arthur Cloutier. Titulaire d'une licence d'embaumeur, il se joint, en février 1938, à l'entreprise funéraire de J.M. Collin établi à l'ouest de l'hôtel de ville de Montmagny. Vers 1940, il devient ambulancier pour l'usine d'aluminium Alcan à Arvida. Les nombreux accidents de travail dans l'usine d'alumine et d'aluminium expliquent sans doute son engagement dans ce métier. Puis, après quelque temps, il préfère revenir dans sa ville natale. En 1942, trois ans après le décès de son père, Laurent Normand offre ses services comme entrepreneur des pompes funèbres à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du Sud. Il s'installe chez ses beaux parents et pratique les embaumements dans les résidences. Il exploite également un poulailler pour subvenir à ses besoins. À l'arrière de la maison, il installe un petit laboratoire pour 'embaumement.

    Le 24 janvier 1942, il épouse, à Saint-Pierre, Marie Marthe Proulx, fille de Louis et de Corinne Blais. Le couple aura beaucoup à faire. Laurent s'occupe de l'entreprise funéraire qui dessert les municipalités de Saint-Pierre, Saint-François, Berthier-en-Bas et Montmagny, tandis que Marie-Marthe veille au bon fonctionnement du magasin général. Avec les années, Laurent Normand étend son territoire de travail. Il se dote d'un corbillard-automobile qui lui permet notamment de répondre aux besoins des familles de Saint-Paul-de-Montminy, de Sainte-Apolline et de Notre-Dame-du-Rosaire. L'hiver, le «snowmobile» lui permet d'offrir un service adéquat entre l'Hôtel-Dieu de Montmagny et les résidents des paroisses voisines.

    Le début des années 1950 est une période de changements marquants pour les Magnymontais. Peu de temps après l'incendie de leur belle église en 1948 et devant l'augmentation importante de la population, on crée une nouvelle paroisse sous le vocable de Saint-Mathieu. Puis une caisse populaire Desjardins est mise sur pied en avril, empruntant le nom de cette nouvelle entité religieuse. Cette année-là, en octobre, la famille Normand accroît le rayonnement de son entreprise en ouvrant une nouvelle succursale à Montmagny. Elle loue alors des locaux dans l'édifice de la Caisse populaire Desjardins de Saint-Mathieu. Avec les années, Laurent Normand améliore les services de son entreprise et il se dote en 1953 d'un combiné «corbillard-ambulance» de type Météor-Cadillac.

    La Maison Laurent Normand, une entreprise intégrée dans son milieu

    Laurent initie ses enfants Pierre, Michel, Claude, Denise et Jacques, aux activités de l'entreprise funéraire. C'est au début des années 1960 que Pierre désire devenir embaumeur professionnel. Il s'inscrit à l'Institut des embaumeurs de la province de Québec et reçoit son diplôme en 1963. En plus de cette formation, il reçoit un diplôme de secourisme de l'Association ambulancière Saint-Jean, Il travaille aux côtés de son père durant plusieurs années en compagnie de son frère Jacques, dans des conditions parfois difficiles. En effet, jusqu'au début des années 1970, il fallait traverser en canot à glace l'hiver à l'île aux Grues pour aider les familles et préparer les dépouilles. Ce travail était fort exigeant puisque l'avion ne se posait pas toujours à l'île durant la saison hivernale et ne disposait pas, de toute manière, de l'espace suffisant au transport de tout le matériel requis pour le travail de l'embaumeur.

    Souhaitant donner une expansion à son entreprise, Laurent ouvre une succursale en 1965 à Saint-François. Quatre ans plus tard, il y construit un salon funéraire. Afin d'offrir un meilleur service, il engage huit à dix personnes à temps partiel. En 1976, il transmet à son fils Pierre à la direction de l'entreprise. Laurent Normand décède le 27 novembre 1978 à l'âge de 71 ans. Après plus de soixante années consacrées au domaine funéraire, il lègue tout un savoir-faire à ses enfants.

    Sous l'impulsion de Pierre, la Maison funéraire Laurent Normand connaît une expansion importante. En 1978, il fait construire un nouveau salon, rue Saint-Ignace, dans la paroisse Saint-Mathieu. Il s'adapte aux nouvelles tendances reliées à la crémation que l'on rencontre davantage dans les années 1980. Ainsi, en 1981, il fait ériger un columbarium extérieur à proximité du cimetière saint-Odilon de Montmagny. Destiné à conserver les urnes funéraires et cinéaires, ce columbarium constitue une première dans la région.

    Comme son père Laurent, Pierre veut transmettre ses connaissances et son savoir-faire à ses enfants. Ainsi, son fils Jean obtient un diplôme en techniques de thanatologie en 1985 et est également ambulancier diplômé en 1986. Josée seconde sa mère Cécile Coulombe dans la gestion de l'entreprise à partir de 1987. Brigitte.la conjointe de Jean, se joint à l'équipe administrative en 1999. Isabelle, la cadette de la famille, apporte sa collaboration régulièrement dans le développement et la promotion de l'entreprise. Afin de répondre aux besoins des gens en ce qui concerne la crémation, la famille Normand met au point en 1999 deux nouveaux produits reliés aux urnes funéraires, le Reposium que l'on retrouve dans les salons funéraires et le Porte-urne qui permet le transport de l'urne dans les lieux publiques.

    Nés au sein de cette entreprise familiale qui compte maintenant quatre générations, les enfants Jean, Josée, Isabelle et Brigitte, la conjointe de Jean, poursuivent aujourd'hui la tradition de la famille en compagnie de Pierre. C'est le sentiment de respect, le besoin de faire plus pour les familles en deuil* et l'expérience des aînés qui font en sorte que la maison funéraire bénéficie toujours, après plus d'un siècle, de la confiance de la population.

    Source: Yves Hébert et Alain Franck, La mort au fil du temps. La famille Normand, un siècle de pratique funéraire suivi de Rites d'autrefois, Productions Laurent Normand, inc., 2002, p. 11-23.

    Ce texte est reproduit avec l'autorisation de la Famille Normand et de son auteur Yves Hébert, historien consultant.




     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-15
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    Notes

    L'histoire locale démontre que la naissance des entreprises funéraires est étroitement liée à la religion, notamment à paroisse et qu'elles s'intègrent à la vie économique et sociale de la communauté. Elles répondent au besoin des humains d'éloigner les morts physiquement et symboliquement. Ce service rendu à la communauté est d'abord un simple métier parfois à demi-temps, deviendra ensuite une profession qui exigera une formation adéquate avant de devenir un commerce à but lucratif. Au fil du temps plus particulièrement en Amérique du Nord, et donc aussi au Québec, la dimension financière des entreprises funéraires est devenue prédominante et demeure sujette à la critique du point de vue éthique et social. Le texte ci-dessous, présente le cas particulier de la naissance et du développement d'une entreprise funéraire familiale, typique et exemplaire. Cette étude historiographique est révélateur des modèles culturels du Québec au début du XX° siècle et de l'évolution, d'abord progressive et ensuite accélérée, des mentalités collectives.