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    L'Encyclopédie sur la mort



    Jonas Hans


    Jonas Hans Hans Jonas (1903-1993), auteur de Principe de responsabilité, où il développe une éthique pour la civilisation technologique, a publié Le droit de mourir en anglais dès 1978. Ce texte figure à la fin de Technique, médecine et éthique. La pratique du principe responsabilité, un recueil d’articles, édités en allemand et non traduits, paru en 1985. Malheureusement, la première traduction française de cet essai a beaucoup tardé et parut seulement en 1996 grâce aux Éditions Payot sous la plume de Philippe Ivernel dans la collection Rivages poche-Petite Bibliothèque. II n'est jamais trop tard pour bien faire! En effet, ce petit livre est un bijou d'argumentation éthique dont tout intervenant peut s'inspirer dans ses prises de décision. On peut être d'accord ou non avec les solutions proposées par l'auteur, mais elles sont toujours amenées avec une superbe maîtrise de la casuistique.

    Dans la reconnaissance du droit de vivre réside, selon l'auteur, «le germe de tout ordre juridique» (p. 14). Il s'agit d'un droit «originaire», source de tous les autres droits, même du droit de mourir. Le couplage de ces deux droits contraires peut surprendre, mais il a l'avantage d'assurer «qu'aucun d'entre eux ne peut être tourné en devoir absolu: ni de vivre ni de mourir» (p. 29). Le droit de mourir*est apparu avec l'explosion des techniques de la médecine moderne, capables de maintenir en vie l'organisme d'une personne atteinte de maladie mortelle, sans améliorer son état. La question qui surgit alors est la suivante: le devoir de respecter le droit de vivre des autres va-t-il jusqu'à nous imposer le devoir d'empêcher quelqu'un de mourir, lorsqu'il a choisi librement de refuser un traitement dont il ne perçoit plus l'utilité ou le bien-fondé?
    Sur le plan éthique, le droit de vivre inclut «le droit au traitement médical, en offrant à tous en principe un accès égal à celui-ci» (p. 29). Cependant, aucun devoir de vivre n'oblige un malade à accepter un traitement ni l'empêche de le refuser. «Quand il dit «assez», il faut lui obéir! A partir d'un certain moment, le médecin cesse d'être l'homme qui guérit pour devenir celui qui aide le patient à mourir (p. 52).

    Par contre, Jonas exclut l'euthanasie *accomplie par un médecin afin «de préserver l'intégrité de la profession médicale, même contre le droit de mourir que détient un patient», car on ne peut pas confier au médecin «le rôle d'un pourvoyeur de la mort» (p. 46). L'aide au suicide, en mettant le médicament mortel à la disposition du malade, n'obtient pas plus l'approbation de l'auteur, car offrir au patient un moyen de se supprimer ne diffère guère du fait de le lui administrer directement sur sa demande. En effet, il y a une différence entre tuer et permettre de mourir, entre permettre de mourir et aider au suicide.

    Lorsqu'il s'agit d'un patient au stade de coma irréversible, il ne peut être question d'un droit de mourir au sens strict, car il «il ne subsiste pas même la fiction d'un sujet apte à décider»(p. 53). Jonas présente deux issues possibles. La première est celle de la définition de la mort dite cérébrale «d'après laquelle un coma d'un certain niveau signifie précisément la mort» (p. 57). La seconde issue concerne les artifices exceptionnels déployés pour maintenir en vie un résidu de ce qui a été antérieurement une personne. L'arrêt de ces moyens extraordinaires est, selon l'auteur, non seulement souhaitable, mais obligatoire afin d'éviter la dégradation entière du sujet et de préserver son «droit à la mémoire posthume»(p. 63).

    A travers les multiples raisonnements féconds qui jalonnent cette oeuvre, on remarque l'importance accordée à des arguments d'ordre économique, qui touchent «la répartition loyale des ressources médicales limitées» (p. 64) . On en apprend aussi sur l'appréciation, par l'auteur, du suicide et de l'obligation de dire la vérité au malade. L'entourage ou le pouvoir public ont le droit, d'ailleurs largement considéré comme un devoir, de faire échouer une tentative* de suicide. il s'agit là évidemment d'une immixtion dans la liberté* privée du sujet, mais pourtant d'une immixtion momentanée qui fournit à la personne suicidaire la possibilité de rouvrir la question de sa mort volontaire et d'instituer une nouvelle réflexion sur le sens de sa vie. Cependant, si la personne s'obstine dans sa voie, elle garde toujours le dernier mot. Le suicide d'un malade dans la phase finale de sa vie ne semble pas poser de grave problème éthique pour Jonas. Le corps médical ne doit pas se croire obligé de contraindre le malade à vivre contre son gré, mais il ne peut pas non plus, par contre, l'aider à poser son geste mortel, profession oblige!

    En ce qui concerne la vérité à dire au malade, Jonas la situe à l'intérieur de la problématique du refus d'un traitement. Pour justifier un «non» le patient doit être bien informé sur son état afin que son choix soit éclairé. Il est vrai que la compassion à l'égard de celui qui n'est pas capable de supporter la vérité peut permettre «l'indignité de l'ignorance» (p. 42). Mieux vaut pourtant aller vers la mort «dans la dignité de la connaissance». Le médecin doit recourir aux ressources de son intuition pour évaluer avec justesse la personnalité de son patient. S'il estime que celui-ci veut connaître la vérité, il est obligé de la lui fournir. Jonas appelle ce droit «le droit contemplatif à sa propre mort»(p. 40), le droit de savoir que sa maladie est incurable et de s'approprier sa propre mort dans la résignation, la réconciliation ou la révolte.

     

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    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-18
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    Notes

    Source: É. Volant, «Hans Jonas, Le Droit de mourir, traduit de l'allemand par Philippe Ivernel, Paris, Éditions Payot et Rivages, 1996, 97 pages», Frontières, 11, n°2, 1998, p.60

    Jacques Pohier, «Euthanasie volontaire» dans la présente encyclopédie.