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    L'Encyclopédie sur la mort



    Iphigénie

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    Fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, sacrifiée par son père pour que soufflent les vents qui conduiront la flotte grecque à Troie. Dans certaines versions tragiques du mythe, sauvée in extremis par la déesse Artémis* (Diane), Iphigénie est transportée en Tauride où elle préside à des sacrifices* humains, avant qu’Oreste, son frère, ne la ramène en Grèce. La figure d'Iphigénie a été mise en scène par Eschyle dans Agamemnon; par Euripide en Iphigénie à Aulis et en Iphigénie en Tauride.

     

     

    Nicole Loraux analyse, en la figure d'Iphigénie, le modèle de la vierge sacrifiée, véhiculé par les tragédies d'Eschyle et d'Euripide dans le contexte culturel de la Grèce antique (Façons tragiques de tuer une femme, Paris, Hachette, «Textes du XX° siécle», 1985) :


    « Dans l'Agamemnon d'Eschyle, Iphigénie se débattait "comme une chèvre" et son père la destinait à la mort "comme une bête (boton) prélevée sur un troupeau de brebis". C'est à une génisse (moskhos) qu'Euripide la compare à deux reprises, voire à une «génisse des montagnes, descendue vierge d'un antre rocheux». Toujours sacrifiée à l'heure cruciale où le combat s'engage, la chèvre n'est pas une victime ordinaire; avec la génisse, le modèle du sacrifice se ferait plus classique si la victime n'était caractérisée comme montagnarde. Car, dès lors qu'on ne peut immoler dans les règles qu'un animal domestique, il s'avère qu'une génisse montagnarde n'est nullement une victime conforme à cette exigence: la montagne ensauvage tout ce qui y séjourne et, sauf d'être Hermès qui sait manipuler en artiste le brouillage des règles, on ne saurait sacrifier une vache des montagnes. Dans cette comparaison d'Iphigénie avec une oreia moskhos, on verra donc une façon de souligner la déviance qui caractérise tout sacrifice humain, "la sauvagerie de la victime* relayant la sauvagerie de l'acte" (P. Vidal-Naquet, «Chasse et sacrifice dans l'Orestie d'Eschyle» dans J.P. Vernant et P.Vidal-Naquet, Mythe et tragédie en Grèce ancienne, p. 139). Le dénouement de la tragédie apporte d'ailleurs à cette analyse une confirmation: lorsque pour finir, Artémis - ou le poète - substitue à la jeune fille une victime animale, avec la biche coureuse de montagne qui expire sous le couteau de Kalkhas, le monde sauvage s'est irréversiblement glissé au coeur du sacrifice. [...]

    Mais, avec Iphigénie, «s'ouvre un parcours à travers des figures plus secrètes, propres à dire la mortelle équation des noces et de l'égorgement. Une plainte d'Agamemnon soupirant en vain sur le destin de sa fille nous retiendra tout particulièrement, car ce qui s'y exprime est peut-être plus qu'une simple évocation des épousailles infernales d'Iphigénie. Lorsque le roi s'écrie: "Quant à la malheureuse vierge - que dis-je? vierge (parthénos)? Hadès, à ce qu'il semble, l'épousera sous peu" (Iphigénie à Aulis, 460-461), faut-il, dans cette exclamation, entendre une simple variation sur les noces avec Hadès? ou faut-il accorder du sens à la réticence d'Agamemnon, et comprendre que dans le sacrifice une vierge perd sa virginité? À eux seuls, ces deux vers d'Iphigénie à Aulis ne suffiraient pas à accréditer la seconde hypothèse. Mais il est deux autres passages d'Euripide où une vierge sacrifiée, sans être pourtant déclarée l'épouse d'Hadès, n'en est pas moins pensée comme perdant sa virginité.» (N. Loraux, op. cit. p. 65-66 et 70-71) Les deux figures que N. Loraux évoquera plus loin dans son texte sont Polyxène* et Makaria.

     

    « Eschyle a des comparaisons saisissantes: ainsi dans une vision étonnante, il imagine le dieu de la guerre, Arès, transformé en homme de la petite banque, échangeant les morts comme on change une monnaie: "Arès, changeur de mort, dans la mêlée guerrière a dressé ses balances, et, d'Ilion, il renvoie aux parents, au sortir de la flamme, une poussière lourde de pleurs cruels - en guise d'hommes, la cendre que dans des vases on entasse aisément!" (Ag., v. 438-445) » (J. de Romilly et M. Trédé, Petites leçons sur le grec ancien, Stock, 2008, 42-43). Iphigénie devenue « poussière lourde de pleurs cruels »...

    « À la fin de l'Iphigénie à Aulis d'Euripide, l'héroïne, Iphigénie, donne les raisons de son sacrifice volontaire; elle évoque tour à tour la volonté de l'amée dont les soldats sont prêts à mourir, son désir d'éviter un conflit entre Clytemnestre et Agamemnon aussi bien qu'entre Achille, son défenseur, et la foule des autres Grecs, la volonté d'Artémis et, mobile ultime, la gloire d'assurer la prééminence Grecs sur les barbares: "Je donne mon corps à la Grèce. Immolez-le et prenez Troie. Ainsi de moi l'on gardera mémoire, longtemps. Cela me tiendra lieu d'enfant, d'époux et de renom. C'est au barbare à obéir au Grec, ma mère, et non l'inverse. Car eux sont des esclaves et nous sommes des hommes libres" (J. de Romilly et M. Trédé, o. cit., p. 64).

     


    LUCRÈCE
    Sa mort volontaire sous forme de sacrifice* est imposée par les dieux. Selon Lucrèce, «Iphigénie, enlevée par les mains des guerriers et tremblante, a été conduite à l'autel, non pas pour qu'elle puisse être reconduite au chant clair de l'Hyménée une fois le rite solennel accompli, mais, demeurée pure criminellement dans la saison de son mariage, elle succombe, victime* malheureuse, au sacrifice de son père afin qu'un départ heureux et favorisé des dieux fût donné à la flotte. Tant la religion* a pu conseiller de malheurs !»
    (Lucrèce, De rerum naturae I)

    http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/Lettres/hplucrec.htm

    RACINE
    Créée en 1674, la tragédie de Jean Racine met en contraste, chez
    Agamemnon, son amour paternel et son ambition politique et, chez Iphigénie, son devoir d’obéissance et son amour pour Achille. Elle marque «un tournant dans l’œuvre du poète en effleurant le problème moral de la relation de l’homme à son existence et à son destin…» (H. Mitterand, Dictionnaire des grandes œuvres de la littérature française, p. 324). Racine puise dans Iphigénie à Aulis d'Euripide le revirement d'Agamnenon, l''apparition d'Iphigénie ainsi que les échanges entre le père et la fille accompagnées des contraintes exercées sur le roi. Il emprunte à Iphigénie (1640) de Rotrou le personnage d'Ulysse, la vieille promesse de Clytemnestre à Diane et les particularités du rôle d'Achille. Jean de Rotrou, né le 21 août 1609 à Dreux, où il est mort de la peste le 28 juin 1650, est un poète et dramaturge français. Dans la version de Rotrou, Clytemnestre avoue avoir jadis voué sa fille à Diane et interprète l’oracle comme un châtiment : «Hélas je me souviens sacrilège et profane, / De vous avoir vouée aux autels de Diane, / La mort qu’on vous prépare et la peine où je suis, / De ce vœu négligé sont les funestes fruits» (v. 1275-1278).

    GOETHE
    À propos d'Iphigénie en Tauride de Goethe, Pierre Grappin écrit: «L'action respecte scrupuleusement l'unité de lieu; toute la pièce se passe devant le temple de Diane, "dans l'antique bois sacré" qui s'étend entre le temple et le rivage. L'unité de temps, elle aussi, est observée: la pièce commence à l'aube et se termine au couchant. L'action est très dépouillée: l'enjeu est dévoilé dès la première scène:

    Alors, oh! que, Déesse! moi aussi
    Aux miens je sois enfin rendue!

    et c'est sur le retour d'Iphigénie en Grèce que se termine la pièce. Deux obstacles seulement s'opposent à ce départ désiré: l'amour que Thoas a conçu pour Iphigénie et, corrollairement, la décision prise par le roi barbare de rétablir les anciens sacrifices, qui immolaient à Diane tout étranger abordant en Tauride. Oreste et Pylade devraient aussi mourir et mourir de la main d'Iphigénie pour honorer cette Diane barbare.» («Iphigénie en Tauride: Notice» dans Goethe, Théâtre complet, Paris, Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», 1988,
    p. 1621-1622) Dans son Iphigénie, écrit Thomas Mann*, l'idée d'humanité s'oppose à celle de la barbarie, se pare des couleurs de la civilisation, non au sens polémique et déjà politique du mot, tel qu'on l'emploie d'ordinaire aujourd'hui, mais au sens de discipline morale. C,est un Français, Maurice Barrès, qui appelait Iphigénie une «oeuvre civilisatrice», disant qu'elle représentait les droits de la société en face de l'orgueil de l'esprit» (Goethe et Tolstoï, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1967, p. 96-97)
    ARTS
    Christoph Willibald Gluck a créé un
    opéra en trois actes, intitulé phigénie en Aulide, sur un livret adapté de Jean Racine par Le Blanc du Roullet ( 1774). Richard Wagner en réalisera une version en 1847 dont l'ouverture est demeurée célèbre.

    Le sacrifice d'Iphigénie a été une source constante d'inspiration pour les arts plastiques:

     

     

    - Jean-Baptiste Tiépolo ou Giovanni Battista Tiepolo (Venise, 1696 - Madrid, 1770), « Le sacrifice d'Iphigénie» au Weimar Staatliche Kunstsammlungen.

    - Charles André, dit Carle, van Loo, (Nice,1705 -Paris, 1765), «Sacrifice d'Iphigénie», peinture sur toile, Château de Potsdam-Sans Souci, Nouveau Palais.

    - Rembrandt (1606-1669), Dessin à la plume (1655), Londres, British Museum.

    - François Prerrier, dit le Bourguignon (1584 ou 1590-1650), peinture sur toile (entre 1629 et 1633), Dijon, Musée Magnin.

    - Bertholet Flémal(1614-1675), peinture sur toile, Paris, Musée du Louvre.

    - Jean-Bernard Restout (1732-1797), huile sur toile (vers 1760), Musée Georges de la Tour à Vic-sur-Seille.

    - Sébastien Bourdon (1616 -1671], «Le sacrifice d'Iphigénie», Musée national de Belgrade.

    - Charles de La Fosse (1636 -1716), «Le Sacrifice d’Iphigénie» commandé par le roi pour le salon de Diane au château de Versailles vers 1712.

     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-10
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