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    L'Encyclopédie sur la mort



    Inuits

     

    Nom donné aux populations que l’on appelait jadis «Esquimaux», ce terme ayant acquis un sens péjoratif. Les Inuits habitent le territoire du Nunavut, le Territoire du Nord-Ouest et au Québec*, le Nunavik, un vaste territoire de toundra situé au nord du 55e parallèle. La population du Nunavik se répartit dans quatorze villages comptant chacun entre 160 et 1 400 habitants. Ces villages, distants de plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres, sont situés sur les littoraux de la baie d’Hudson et de la baie d’Ungava. De plus, une soixantaine d’Inuits vivent à Chisasibi, un village cri de la baie James. Au Nunavik, le taux de suicide de 1983 à 1987 était de 4,3 sur 100 000 habitants, tandis qu’il a grimpé entre 1998 et 2000 jusqu’à 21,4. Dans les terres cries de la baie James, le taux était de 4,3 entre 1983 et 1987 et a baissé jusqu’à 0,9 entre 1998 et 2002. Chez les Inuits du Nunavut, le taux de suicide est si élevé, particulièrement chez les jeunes*, qu’il est l’équivalent de la perte d’une classe et demie d’étudiants chaque année pour une population de 27 000 personnes (Le Bulletin de l’organisation nationale de la santé autochtone, novembre 2004). Le taux de suicide chez les jeunes Inuits est onze fois plus élevé que la moyenne nationale du Canada*. Au sujet du suicide et de son lien avec la culture des Inuits, voir S. Levy, «Le suicide dans les communautés inuit», Vis-à-vie, vol. 10, no 3, 2001)

    Selon Baechler*, le seul cas bien attesté de suicide institutionnel de vieillards* se trouve chez les Inuits. Il rapporte la ritualisation du suicide des vieillards chez les Chukchees du nord-est de la Sibérie. Lorsque la personne âgée demande ouvertement qu’on la tue, la famille ou l’entourage, s’il n’y a pas de fils, prend peur et essaie de l’en dissuader. S’il maintient sa décision, elle devient irréversible, sinon les mauvais esprits, provoqués par sa volonté de mourir, ne se calmeront pas. L’exécution du désir de mort du vieillard est entourée d’une multiplicité de gestes rituels ayant pour fonction de manifester la soumission de la communauté à la volonté du sujet et l’élimination de toute souillure en portant le coup mortel. D. Pryde, qui a vécu dix ans parmi les Inuits canadiens dans les années 1960, raconte des faits anciens: «Il n’y a pas si longtemps, si un homme ou une femme devenait trop vieux et trop faible pour courir derrière les chiens et ne pouvait plus apporter aucune contribution à la famille, sa mort pouvait devenir nécessaire. Généralement, les vieillards demandaient eux-mêmes à un proche parent de les tuer, de les aider à se suicider, en quelque sorte. Selon certains textes que j’ai lus, ils s’éloignaient en pleine tempête ou ne suivaient pas les autres et restaient dans un igloo abandonné, mais personnellement, je n’ai jamais connu de cas de ce genre. Quand les vieux sentaient que le moment était venu, ils demandaient généralement à leur fils favori de les aider. Les hommes aimaient mieux mourir d’un coup de fusil, mais les femmes préféraient être étranglées. La garrotte était effectuée en laissant tomber un nœud coulant fait d’une lanière de peau de phoque autour du cou de la victime et en lui brisant la nuque» (Nunaga. Dix ans chez les Esquimaux, Paris, Calmann-Lévy, 1974, p. 64). À partir de 1949, le gouvernement du Canada fait bénéficier les vieillards de pensions de retraite, de sorte qu’ils ne sont plus à charge de la communauté, mais deviennent eux-mêmes source de revenus. Baechler risque une hypothèse pour interpréter le phénomène du suicide des vieillards chez les Inuits: «La fonction de l’institution est claire: il s’agit d’éliminer des êtres diminués par l’âge, la maladie ou le désespoir. […] La définition de l’inutilité sociale n’est pas objective, elle est affaire d’appréciation. Qui donc sera habilité à apprécier? Aucun homme ne dispose d’un prestige assez grand pour qu’on ne puisse le soupçonner d’introduire des intérêts personnels dans l’appréciation d’un intérêt commun. […] Si une collectivité est placée dans le cas de ne pouvoir entretenir des bouches inutiles, elle ne peut que confier aux victimes le soin de s’éliminer elles-mêmes. Comme, malgré tout, il y a mort d’homme et que les dieux pourraient en tenir rigueur aux survivants, l’exécution doit s’entourer de précautions, c’est-à-dire se ritualiser» (Les suicides, p. 508-509). Se pose ici tout le problème éthique de la liberté* du suicidant et de la libre décision et exécution du suicide assisté* dans les suicides institutionnels. La liberté ne peut être appréciée à sa juste mesure qu’en la situant à l’intérieur de la conjoncture culturelle d’un groupe donné et qu’en tenant compte des rapports culturels spécifiques entre la liberté individuelle et la liberté collective.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-20
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