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    L'Encyclopédie sur la mort



    Hybris (Démesure)

    Dans l'Olympe les Muses célèbrent,
    en répondant de leurs belles voix, les dieux immortels; elles chantent des humains
    le sort misérable, ce que les dieux immortels leur ont imposé,
    comme ils vivent irréfléchis et désemparés, et ne peuvent
    échapper à la vieillesse et remédier à la mort (20).

    Hésiode commence son ouvrage sur Les travaux et les jours, en célébrant dans cette invocation la supériorité de Zeus:

    O muses de Piérie, dont les chants glorifient,
    Venez pour célébrer votre père par des hymnes de fête.
    II rend, en effet, obscurs ou illustres les mortels,
    Connus ou inconnus, selon la volonté sublime de Zeus.
    Aisément il donne la force, et il abat les forts;
    aisément il ploie les superbes et exalte les humbles;
    aisément il redresse ceux quI sont courbés; et les
    orgueilleux, Zeus tonnant au loin les anéantit (21).

    Cette même attitude se retrouve dans les hymnes de Pindare: «Zeus, c'est de toi que viennent aux mortels les grandes vertus (aretai).» «Zeus dispense ceci et cela, Zeus, le maître de toutes choses.» «Car c'est des dieux que viennent toutes les forces nécessaires aux actes humains, c'est eux qui font croître les sages, ceux qui ont le bras puissant et les éloquents.» «Les héros cependant et les poètes naissent suivant la volonté de la divinité.» «Aussi n'oublie pas ... de considérer la divinité comme l'auteur de toutes choses (22).»

    C'est ainsi que, dans les Suppliantes d'Eschyle, le chœur donne cet avertissement:

    Du haut de la tour élevée de
    l'espoir il précipite dans la poussière les humains
    et n'équipe pas d'armée; sans peine
    s'effectue en effet l'œuvre des dieux.
    Sur les cimes trône leur sagesse
    et préside à son accomplissement du haut de son siège sacré (23).

    Le premier commandement est, par conséquent, que l'homme reconnaisse ses limites, que dans son hybris il ne brise pas la mesure qui se trouve en lui, que dans la modération (soophrosunè) il se résigne. Car la divinité contemple tout excès d'un œil jaloux, et au sommet de la félicité l'homme est près de l'abîme. C'est pourquoi les «Sages» font entendre ces exhortations: «Connais-toi, toi-même!» «Rien de trop!» «La mesure est ce qu'il y a de meilleur!» « Ne te glorifie pas de ta force!» L'œuvre historique d'Hérodote est traversée par l'idée que la démesure de l'homme suscite la vengeance (vénesis) divine. Lorsque ~ ainsi qu'Homère* le raconte ~ Ajax*, fils d'Oïlée, s'est sauvé du naufrage en se hissant sur un rocher le long de la côte, et qu'il se vante d'avoir échappé aux flots en dépit des dieux, Poséidon, dans sa colère, brise ce rocher et le vantard disparaît (24). Les monceaux de cadavres, à Platée, enseigneront:

    «que l'homme ne doit pas nourrir des desseins dépassant la mesure».

    «Zeus est vengeur sur tout ce qui se comporte avec trop de superbe et avec bruit, et il juge avec sévérité (25).»

    Chez Sophocle cet avertissement est un thème qui revient sans cesse :

    «L'homme, périssable, doit voiler un bonheur par trop grand, se garder des paroles arrogantes. Quand la fortune lui sourit, il ne pense jamais qu'un jour la plénitude de la richesse disparaîtra pour lui (26).»

    Dans «Ajax» le poète [Sophocle] montre la chute de l'orgueilleux qui, plein de présomption devant Dieu, se fie à sa propre force. Le père avait exhorté son fils partant à la guerre*, en disant:

    «Mon fils, aspire, comme moi, à vaincre, mais à vaincre toujours avec les dieux»

    Mais Ajax réplique, «présomptueux et insensé»:

    «Mon père, avec l'aide des dieux le lâche même peut l'emporter; mais moi, j'ai confiance: même sans eux je m'attirerai cette gloire. »

    Et lorsqu'Athéna veut l'assister dans le combat. il l'écarte:

    «Reine, tiens-toi auprès de l'armée grecque;
    où nous sommes, jamais l'ouragan de la bataille ne passera.»

    «C'est par de telles paroles qu'il éveille la colère implacable
    de la déesse, par des pensées plus hautes qu'il ne convient à un homme.
    En effet, des êtres rudes et vains,
    la divinité les fait tomber dans de lourdes infortunes (27). »

    Celui qui est ainsi tombé, Athéna, au début du drame, le montre à Ulysse, qui confesse:

    «Et quand je pense à lui, je pense à mon propre destin:
    Tous tant que nous vivons nous ne sommes, je le vois, que des fantômes, de la minceur d'une ombre.»

    Là-dessus, Athéna:

    «Ainsi regarde et veille à ce que de ta bouche
    ne s'échappe aucune parole orgueilleuse contre les dieux! Ne te gonfle pas d'orgueil, comme si tu l'emportes par l'immensité de tes richesses, par la puissance de ta main! Un seul jour édifie, un seul jour entraîne dans l'abîme toutes choses humaines. Cependant demeurent aimés des dieux ceux qui se modèrent; haïs des dieux ceux qui sont mauvais (28). »

    Notes

    20. Hymn. Hom. in Apoli. Pyth., 11 et ss., trad. Th. von Scheffer.
    21. Hes., Op. 1 et ss., trad. Th. von Scheffer
    22. Pindare, Isthm. 3/4, 4 et s.; Pyth. 1, 41 et s.; Ol. 9, 28 et s.s., d'après traduction Dornseiff.
    23. Esch., Suppl. 96 e ss., traduction Wolde.
    24. Homère. 4, 499 et ss., traduction Voss, dans la version remaniée par Weiss.
    25. Esch., Pers. 820, 827 et s., traduction Wolde.
    26. Fragment de «Niobe» d Sophocle, trad., Reinhardt.
    27. Sophocle, Ajax, 764 et ss., 785 et s., traduction Donner.
    28.
    Sophocle, Ajax, 124 et s., traduction Reinhardt.








    Source


    Rudolf Bultmann, Le Christianisme Primitif dans le cadre des religions antiques, Préface de Maurice Goguel, traduction de Pierre Jundt, Patis, Petite bibliothèque Payot, 1969, p. 124-127.

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-10
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