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    L'Encyclopédie sur la mort



    Halbwachs Maurice

     

    Halbwachs MauriceSociologue français, né à Reims le 11 mars 1877 et mort en déportation à Buchenwald le 16 mars 1945., auteur d’un ouvrage capital au point de vue de la critique des positions de Durkheim* sur le suicide, intitulé Les causes du suicide (1930). «Il faut prendre garde, avise-t-il, de ne pas attribuer à la religion ce qui résulte du milieu. Ce n’est pas tant la religion que le genre de vie, ou ce qu’il [Durkheim] appelle “le type de civilisation”, qui peut justifier que les protestants se suicident plus que les catholiques. La cohésion d’un groupe est ancrée dans sa structure sociale, faite de coutumes et d’institutions incluant les pratiques religieuses. C’est donc, par exemple, la solidarité traditionnelle des paysans qu’unissent bien d’autres traits communs que celui de la foi catholique, qui explique leur taux de suicides moins élevé que dans les sociétés urbaines où vivent davantage les protestants.» L’auteur est encore plus réservé lorsqu’il interprète le nombre restreint de suicides des Juifs, qui «ont des coutumes, des façons de penser et des manières d’être traditionnelles qui s’expliquent par leur origine commune ou l’idée qu’ils en font, et par les circonstances historiques qu’ils ont traversées. Cela seul suffirait à resserrer l’unité de leur groupe» (p. 257).

    Halbwachs a démontré avec éloquence la dimension sociale de la décision individuelle du suicide: «C’est dans la société qu’il [l’individu] a appris à vouloir, et, même lorsqu’il en est retranché moralement, et qu’il croit ne plus participer à sa vie, il suit encore en partie son impulsion. […] Dans nos sociétés individualistes, nous oublions trop souvent tout ce qui entre de contenu collectif dans une activité réfléchie et délibérée. Le suicide nous impressionnerait beaucoup moins si derrière lui nous n’apercevions pas en réalité une pensée qui, comme la nôtre, a été formée dans les milieux humains» (p. 456-457). Le suicide est un symptôme de la nature et de l’étendue de la perturbation sociale: «Le nombre des suicides est un indice assez exact de la quantité de souffrance, de malaise, de déséquilibre et de tristesse qui existe ou se produit dans un groupe. Lorsqu’il augmente, c’est le signe que la somme des désespoirs, des angoisses, des regrets, des humiliations et des mécontentements de tout ordre se multiplie. C’est donc bien l’état général, heureux ou malheureux, de l’ensemble, que ces morts volontaires plus ou moins dispersées nous font connaître» (p. 488). Dans la vie urbaine moderne, la multiplication des rapports humains entraîne la multiplication des conflits. «Ainsi se multiplient les occasions d’ennui, d’humiliation, de déception et de souffrance par le fait des autres. Il est donc tout naturel que, dans ces périodes, un plus grand nombre d’hommes recherchent la mort» (p. 496). Lorsque les humains ne sont pas engagés dans les réseaux de travail ou d’autres activités économiques ou dans des projets sociaux ou politiques, leur situation individuelle est susceptible de favoriser le suicide: «De même, au moment où ils ne sont plus pris dans un courant de pensée ou d’action collective, les hommes se trouvent en face d’autres hommes comme autant d’égoïsmes en face d’autres égoïsmes. C’est alors qu’ils ont le plus d’occasions de se heurter, et que les plus faibles ou les plus malchanceux succombent» (p. 497). Dans le cas particulier de la dépression*, Halbwachs montre le lien entre les raisons individuelles et les représentations collectives, entre l’esprit de l’individu et la mentalité générale. La relation entre le suicide individuel et les tendances suicidaires de la société, comme l’a étudiée Patrick Baudry dans Le corps extrême, est proche de la dimension sociale du suicide individuel qu’a vue Halbwachs. Effectivement, dans le sens de Weber (voir «Typologies du suicide», la grille de F. Gratton), Baudry propose de «lier des pratiques et des représentations disparates sous l’angle de leurs rapports à la mort, ou à l’idée de mort. Du suicide comme acte, il s’agit d’en venir au “suicidaire” compris comme dimension collective» («Les figures de l’extrême. Positionnement d’une recherche», Frontières, vol. 6, no 3, 1994, p. 23-26). À l’instar de Weber, Halbwachs a mis aussi en évidence le sens que le suicidant veut donner à son acte. Ce sens s’exprime particulièrement dans les moyens* utilisés qui révèlent la ferme volonté du suicidant: «La plupart des moyens choisis par ceux qui veulent se tuer sont tels qu’on ne peut se tromper sur le sens de leur acte. Non seulement ils savaient qu’ils allaient à la mort, mais de plus, ils voulaient y aller» (p. 452).

    Halbwachs refuse de voir une différence de nature entre les lois et les représentations qui régissent la conscience collective et leur expression dans les consciences individuelles. Le concept de genre de vie est destiné à assurer la jonction entre une macrosociologie, qui s’efforce de montrer à l’aide de la statistique les grands courants de la vie sociale, et une microsociologie, qui décrit comment l’homme vit son appartenance à une société. Les causes du suicide est donc un livre qui consomme la rupture entre Halbwachs et le durkheimisme orthodoxe (J.-C. Marcel, «Halbwachs et le suicide: de la critique de Durkheim à la fondation d’une psychologie collective», dans M. Borlandi et M. Cherkaoui (dir.), Le suicide, un siècle après Durkheim, p. 147-184).

    Consulter Les causes du suicide en deux volumes copie électronique (voir page d'accueil Site Internet): http://classiques.uqac.ca/classiques/Halbwachs_maurice/causes_du_suicide/causes_du_suicide.html

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    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-13
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