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    L'Encyclopédie sur la mort



    Gide André

    André GideFace au suicide

    André Gide (1869-1951), écrivain français construit la troisième partie de son roman d’éducation Les faux-monnayeurs (1925) autour du thème du suicide des jeunes* adolescents ayant son point culminant dans la tragédie du petit Boris. Cet épisode est inspiré d’un fait divers, que Gide tire du Journal de Rouen relatant le suicide du lycéen Armand Néry. Dans le roman, trois adolescents de l’institut Vedel ont imaginé une confrérie fictive ayant pour devise: «L’homme fort ne tient pas à la vie.» Les trois conjurés attirent Boris dans leur groupe et manigancent un tirage au sort fixant lequel d’entre eux devra, en pleine salle d’études, mettre un pistolet déchargé sur sa tempe. Dans son immense désir de plaire à ses pairs, Boris, orphelin et victime de l’exclusion*, se fait prendre au piège et porte le pistolet chargé de son grand-père à sa tempe. Le coup part et «la tête retombée sur l’épaule, l’emporta: tout s’effondra» (p.329). Édouard, un des personnages principaux du roman, commente l’incident: «J’ai trop de mal à le comprendre […], il me paraît comme une indécence, car je ne m’y attendais pas. Il entre un peu de lâcheté dans tout suicide, malgré qu’en pense La Pérouse, qui sans doute considère que son petit-fils a été plus courageux que lui.» Plus tôt dans le récit, on assiste à une discussion sur le suicide. Bernard dit à Olivier: «Oh! je sais bien que je ne me tuerai pas, mais je comprends admirablement Dimitri Karamazov lorsqu’il demande à son frère s’il comprend qu’on puisse se tuer par enthousiasme, par simple excès de vie», par une sorte d’«éclatement» (p. 243). En effet, Dimitri demande à son frère: «Comprends-tu qu’on puisse se tuer dans certains moments d’enthousiasme?» (F. Dostoïevski*, Les frères Karamazov, I, III, p. 4). Et Olivier de répondre à Bernard: «Moi aussi, je comprends qu’on se tue, mais ce serait après avoir goûté une joie si forte que toute la vie qui la suive en pâlisse, une joie telle qu’on puisse penser: cela suffit, je suis content, jamais plus je ne…» (p. 243). Gide exprime là une perception antique du «suicide philosophique», véhiculée notamment par le stoïcisme*. Effectivement, Olivier fera une tentative de suicide* en ouvrant le robinet du gaz dans l’appartement d’Édouard, mais celui-ci surgira à temps pour le sauver.

    Regard sur la mort

    "On a beaucoup ri d'un télégramme que Mauriac* a reçu peu de jours après la mort de Gide et ainsi rédigé : «Il n'y a pas d'enfer. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel*. Signé André Gide» (Julien Green*, Journal le 28 février 1951). Gide eut ces derniers mots mystérieux : «J'ai peur que mes phrases ne deviennent grammaticalement incorrectes. C'est toujours la lutte entre le raisonnable et ce qui ne l'est pas ...» «Le plus petit instant de la vie est plus fort que la mort, et la nie.» écrit-il dans Les Nourritures terrestres (1897). À la question: «Qu’aimes-tu tant dans les départs, Ménalque?», celui-ci répondit: «L’avant-goût de la mort.» (ibid.)

    «Comme nous l’avons souligné, de nombreux écrivains ont été influencés par l'œuvre d'Arthur Schopenhauer*. A titre d’exemple, on peut constater dans les œuvres de Gide que le domaine de la souffrance est lié aux idées de désir et de satisfaction, ainsi qu’à l’ennui. Pour échapper à l’ennui, il propose à ses personnages de faire un voyage dans un ailleurs, un Au-delà demeurant provisoire et précaire. A ce titre, une des obsessions de ses personnages est de sortir de la morale, ce qui cause une sorte de paradoxe qui ne peut aboutir qu’à la souffrance.

    L’une des caractéristiques les plus frappantes des œuvres de Gide est de produire chez son lecteur une vive impression mélancolique*. Ce dernier pourra ressentir l’envie de renoncer à tout ; sa famille, son pays, et même à lui-même. Le thème de la vie et de la mort est également omniprésent dans ses œuvres. La mort met ses personnages dans une situation assez trouble, qui les menace continuellement, et contre laquelle tous leurs efforts demeurent vains. Elle est partout et surgit à n’importe quel moment. Une sorte de pessimisme féerique à l’encontre duquel personne n’est à l’abri traverse ses œuvres. A l’instar de Schopenhauer, il avertit le lecteur à plusieurs reprises contre la douleur que représente le fait que nous marchons implacablement vers un avenir dont nous n’avons pas la moindre connaissance.» («Représentation de l’angoisse de Schopenhauer dans les œuvres de Gide et Hedâyat» par Roghayeh Haghighat Khâh, La revue de Téhéran, N° 22, septembre 2007)
    http://www.teheran.ir/spip.php?rubrique27

    La mort de la mère de Gide

    «Une incarnation de la vertu sans grâce, de la morale sans complaisance et de la religion sans amour», ainsi l'écrivain décrit-il sa mère, Juliette, née Rondeaux,riche héritière d'une famille bourgeoise de Rouen, dans Si le grain ne meurt. La mort de cette dame, «rigoriste, protestante, castratrice» fut pour son fils à la fois douleur et libération: «Ô maman, maman, que cela est effrayant de se sentir tellement aimé.» Lorsqu'elle décède en 1895, il écrit: «Lorsque enfin son coeur cessa de battre, je sentis s'abîmer tout mon être dans un gouffre d'amour, de détresse et de liberté*.» (Olivier et Patrick Poivre d'Arvor, «À toi, ma mère». Correspondances intimes. Choix des textes, Points, «Mots pour mots, 2010, p. 2010)




    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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