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    L'Encyclopédie sur la mort



    Gerstein Kurt

     

    Gerstein KurtNé à Munster en Westphalie. Luthérien fervent, Kuty Gerstein entre à vingt ans dans le mouvement de jeunesse évangélique et fait des études de théologie à Marbourg. Reçu à Berlin en 1931 à l’examen d’ingénieur diplômé en chimie et mines, il s’engage en 1933 dans les S. A., section d’assaut. En 1936, exclu du parti pour activité hostile à l’État, il est suspendu de ses fonctions d’adjoint des mines de la Sarre et entreprend des études médicales à Tübingen. En 1937, il épouse Elfriede Bensch, dont il aura trois enfants. Une instruction pour haute trahison fut ouverte contre lui en 1938, mais une ordonnance de non-lieu lui rend la liberté. Après avoir travaillé pendant deux ans dans des entreprises privées, il entre dans les Waffen S.S. en 1941 et, nommé chef du service de techniques sanitaires, il aurait reçu l’ordre d’approvisionner en acide prussique le camp de concentration de Belzec en Pologne. Il aurait ensuite visité les camps de Belzec et de Treblinka. Dans le train Varsovie-Berlin, il aurait rapporté toutes les horreurs des camps au Baron von Otter, diplomate de la Suède en poste à Berlin. En 1944, on le trouve hospitalisé une première fois à Helsinki en Finlande et une seconde fois à Berlin. En 1945, il abandonne son poste à Berlin et rejoint sa famille à Tübingen. Le 22 avril 1945, il se livre à l’armée française et remet aux alliés un long rapport, désormais célèbre et connu sous le nom de «confession du lieutenant Gerstein» (publiée dans S. Friedlander, Kurt Gerstein ou l’ambiguïté du bien, Tournai, Casterman, 1967). Inculpé d’assassinat et de complicité, Gerstein est trouvé pendu dans sa cellule à la prison militaire du Cherche-Midi le 25 juillet 1945 et est inhumé au cimetière de Thiais en Val-de-Marne. L’autopsie conclut au suicide. La chambre de dénazification de Tübingen ne lui accorde pas sa réhabilitation posthume qu’il ne recevra qu’en 1965 par Kurt Kiesinger, alors ministre-président du Bade-Wurtemberg et futur chancelier allemand.

    L’ambiguïté de la vie et du personnage de Gerstein donne lieu à un long débat sur la crédibilité de son récit qui, refusé comme pièce à conviction par le tribunal de Nuremberg, est aussi réfuté par des négationnistes et révisionnistes français qui le tiennent pour invraisemblable. Ainsi, Henri Roques, auteur d’une thèse sur les «Confessions» de Kurt Gerstein, soutenue à Nantes le 15 juin 1985 et annulée par le ministre Devaquet en juillet 1986 (publiée par A. Chelain, Faut-il fusiller Henri Roques?, Paris, Ogmios, 1986). Paul Rassinier (Le véritable procès Eichmann ou les vainqueurs incorrigibles, Paris, Les sept couleurs, 1962, Le drame des Juifs européens, Paris, Les sept couleurs, 1964, et L’opération Vicaire, Paris, La Table ronde, 1965) déclare incrédible le rapport Gerstein. Par contre, des historiens comme Léon Poliakov (Bréviaire de la haine. Le IIIe Reich et les Juifs, Paris, Calmann-Lévy, 1951), Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, le 8 mars 1979), John Toland, (Adolf Hitler, Paris, Laffont, 1983) et Alain Decaux (Histoire en question, vol. 2, Paris, Perrin, 1983) tiennent pour indiscutable l’essentiel du récit. D’autres encore considèrent le personnage comme un illuminé religieux sujet à des crises de dépression* ou comme un agent double à cause de ses arrestations et libérations successives, ses disparitions pendant de longues périodes, ses nombreux interlocuteurs étrangers.

    Les auteurs du catalogue du mémorial de la résistance allemande Bernd Hey, Matthias Rickling et Kerstein Stockhecke révèlent l’ambivalence de l’attitude du résistant, très caractéristique dans le cas du lieutenant allemand: « Gerstein était quelqu’un qui jouait bien la comédie. Il aimait beaucoup être valorisé, et insistait sur l’importance de sa personne et de ses activités dans son environnement, ce qui semblait ne pas vraiment refléter la réalité de l’époque. Son penchant pour les grandes apparitions en public, sa générosité financière et parfois aussi un certain égocentrisme arrogant, sont chez lui très caractéristiques. On se demande si tout cela n’était pas une prédisposition à sa résistance ». La renommée de Gerstein prend une tournure mondiale grâce à la pièce de théâtre Le vicaire de Rolf Hochhut, qui présente l’officier allemand comme intervenant auprès du Vatican en faveur des Juifs menacés par l’extermination finale. Amen (2002), film de Constantin Costa-Gavras s’inspire très librement de cette pièce afin de démonter les jeux diplomatiques du Vatican, trop peu conscient de la menace d’extermination qui pèse sur le sort des Juifs.

    Pierre Mertens, dans son roman Les éblouissements (Paris, Seuil, 1987), met dans la bouche de Gottfried Benn le jugement suivant: « Observez seulement que le lieutenant Gerstein n’a été amené à faire son choix qu’en vertu d’un suprême réalisme! Il avait même trouvé le moyen de faire coïncider enfin son idéal religieux avec son souci utilitaire, son incroyable pragmatisme. Il voulait seulement limiter les dégâts, si l’on ose dire. […] Oui, et l’on ne peut pas dénombrer les victimes au sort desquelles il contribua lui-même, en restant à son poste. L’histoire ne le dit pas. Son erreur fut de supposer, de considérer comme acquis, que le sort de millions de Juifs importait réellement aux représentants alliés qu’il s’était donné comme interlocuteurs. Le réalisme de ceux-ci n’a pas recoupé le sien. Gerstein s’est voulu, en pure perte, un agent double travaillant à la fois pour les nazis et pour l’Éternel » (p. 351).

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-02