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    L'Encyclopédie sur la mort


    Gary Romain

     

    Gary Romain«Pour interdire tout accès aux sources de son passé, Gary s’ingéniait à en effacer les traces, ou au moins à les rendre illisibles» (M. Amnissimov, Romain Gary, Le caméléon, Paris, Denoël, 2004). Nancy Huston discerne dans ces stratégies de dissimulation un problème pluriel d’identité: «la question que tu incarnais – dans ta vie, dans ton œuvre, mais aussi et surtout dans la relation entre les deux – était celle de l’identité au sens le plus mathématique du terme, à savoir, être un, coïncider avec soi-même. Tu apparaissais comme un véritable tissu de contradictions, un être protéiforme à la limite, parfois, de l’incohérence. […] Tu t’es appliqué à brouiller les pistes, à nous jeter de la poudre aux yeux, à nous entraîner dans une danse vertigineuse d’identités qui fait voler en éclats tous les repères, et en fin de compte tu te posais toi, à chaque seconde de chaque journée. Romain Gary existe-t-il vraiment? L’incompréhension dans laquelle tu nous jettes prend peu à peu des allures de philosophie» (Tombeau de Romain Gary, Arles, Actes Sud, «Babel», 2002, p. 15). Ainsi Gary s’invente une naissance à Moscou et un père imaginaire dans la personne d’Ivan Mosjoukine, célèbre acteur moscovite. Cependant, selon les documents du fonds des archives du rabbinat du gouvernement de Wilno (aujourd’hui Vilnius, capitale de la Lituanie, autrefois annexée à la Pologne), la naissance de Roman (8 mai 1914), fils d’Arieh-Leib Kacew et de Mina Iosselevna Owczynski, fut enregistrée dans la communauté juive de la même ville. Roman a passé les années de sa tendre enfance en Russie, avec sa mère seule, pendant que son père servait l’armée russe durant la première guerre. De retour de son exil, Roman a connu à la maison, pour peu de temps, son père, marchand de fourrures à Wilno, après sa démobilisation. Plus tard il apprendra l’assassinat de son père ainsi que de sa demi-sœur et de son demi-frère par les Allemands durant la seconde guerre mondiale. Après le divorce de ses parents en 1925, il déménage avec sa mère d’abord au petit village forestier de Sweciany et, en 1926, à Varsovie où il connut des années douloureuses à cause de l’antisémitisme qui régnait en Pologne. À quatorze ans, il s’établit avec sa mère à Nice où il fait ses études secondaires. Par la suite, il étudiera le droit à Paris. Mobilisé en 1940, il est envoyé à Salon-de-Provence. Après la débâcle, il réussit à rejoindre Londres et, le 8 août 1940, il est incorporé aux Forces aériennes françaises libres. Capitaine de l’escadrille Lorraine, il prend part à la bataille d’Angleterre et aux campagnes d’Afrique, d’Abyssinie, de Libye et de Normandie de 1940 à 1944. Fidèle admirateur de Charles De Gaulle, il entre au ministère des Affaires étrangères en 1945 comme secrétaire et conseiller d’ambassade à Sofia et à Berne, puis à la direction d’Europe au Quai d’Orsay. Porte-parole à l’onu de 1952 à 1956, il est nommé chargé d’affaires en Bolivie, et consul général de France à Los Angeles. Il est aussi, de 1962 à 1970, l’époux de Jean Seberg*. Il quitte la carrière diplomatique en 1961 et parcourt le monde pendant dix ans afin de promouvoir les publications américaines. Il tourne deux films, Les oiseaux vont mourir au Pérou (1968) et Kill (1972).

    Gary est surtout connu pour son œuvre littéraire. Dans La promesse de l’aube (1960), il décrit son enfance, caractérisée par l’absence du père et la forte emprise d’une mère seule, admirative et possessive. «Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, y écrit-il. Ça vous donne de mauvaises habitudes. […] Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. […] Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine» (Paris, Gallimard, «Biblos», 1990, p. 749-750). Éducation européenne (1944), composé durant la guerre, raconte l’histoire de la Résistance polonaise pendant l’hiver 1942-1943. À travers le personnage de l’adolescent Janek, l’auteur exprime pour la première fois son pessimisme profond. Il écrit: «Le monde où souffrent et meurent les hommes est le même que celui où souffrent et meurent les fourmis: un monde cruel et incompréhensible, où la seule chose qui compte est de porter toujours plus loin une brindille absurde, un fétu de paille, toujours plus loin, à la sueur de son front et au prix de ses larmes de sang, toujours plus loin!» Sous le nom de Romain Gary, il reçut le prix Goncourt le 3 décembre 1956 pour Les racines du ciel. Par une fascinante mystification, cette célèbre distinction lui sera décernée une autre fois en 1975, pour La vie devant soi, qu’il signe du nom d’Émile Ajar.

    Personnage insaisissable, il se tire une balle dans la tête le 2 décembre 1980, laissant la note suivante: «Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs. On peut mettre cela évidemment au compte d’une dépression* nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai l’âge d’homme et m’aura permis de mener à bien mon œuvre littéraire. Alors pourquoi? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique: “La Nuit sera calme” et dans les derniers mots de mon dernier roman: “car on ne saurait mieux dire”, je me suis enfin exprimé entièrement» (D. Bona, Romain Gary, Paris, Mercure de France-Lacombe, 1987, p. 397-398). Tzvetan Todorov se demande: «Quel est donc le message de ces mots, placés ainsi à des points stratégiques de son livre ultime, qui est aussi l’un de ses chefs-d’œuvre romanesques?» Or, la réponse se trouverait dans les personnages du pasteur André Trocmé, de sa femme Magda et des autres habitants du Chambon-sur-Lignon, tels que les évoque Gary dans Les cerfs-volants. «Ces hommes et ces femmes ne se sont pas battus, pendant la guerre, ils se sont dévoués à une autre tâche: sauver les Juifs persécutés; ils ont réussi à arracher à la mort plusieurs milliers d’entre eux. Voilà quelle est l’action au-dessus de toutes les autres, celle qui amène Gary à écrire: “on ne saurait mieux dire”. C’est la résistance des faibles, l’amour en marche» (T. Todorov, Mémoire du mal. Tentation du bien. Enquête sur le siècle, Paris, Robert Laffont, 2000, p. 244). Gary est le contraire du héros et ne peut concevoir de la haine pour ses ennemis. Il hait l’esprit manichéen. «Le blanc et le noir, il y en a marre. Le gris, il n’y a que ça d’humain» (Les cerfs-volants, Paris, Gallimard, 1980, p. 332). «Bien et mal cohabitent dans la même personne. Gary joue avec l’image de sa propre dualité, se disant Juif par sa mère, Cosaque par son père (inconnu): l’auteur des pogromes et leur victime habitent donc le même individu» (T. Todorov, op. cit., p. 240). Ainsi, aux yeux de Gary, «les nazis étaient humains. Et ce qu’il y avait d’humain en eux, c’était leur inhumanité» (Les cerfs-volants, p. 278). Chez le romancier Gary et chez quelques-uns de ses personnages, il y a donc «une immense capacité de comprendre et même d’aimer les êtres les plus insignifiants, voire les plus méprisables». Lui-même est un mélange de bien et de mal, de force et de faiblesse, de vie et de mort. «Gary a fait à ses lecteurs un don de vie — jusqu’au jour où, devenu lui-même incapable d’éprouver la joie d’être, il s’est retiré» (T. Todorov, op. cit., p. 242 et 245). Celui qui se disait un faible, qui résistait à la force des puissants, n’a pas résisté à la mort, lorsque sa vie lui a paru privée de poésie et d’espoir.

    «La mort, c’est un bon truc, disait Romain Gary, ce qui est révoltant, c’est la façon dont on vous fait mourir» (J.-Y. Rogale, Vous avez dit suicide?, Paris, Mengès, 1984, p. 54 ). Lors d’une de ses dernières entrevues, Gary, l’enchanteur, a déclaré avec une sorte de sagesse désenchantée: «Les gens ont peur de la mort parce qu’ils ne se mettent pas dans la tête ce que ce serait de vivre éternellement. La mort, c’est une sorte de récompense» (ibid., p. 57). Pourtant dans Les enchanteurs (Paris, Gallimard, 1973), il décrit le narrateur Fosco Zaga, de la tribu des illusionnistes et des saltimbanques venus de Venise s’établir en Russie, comme ayant deux cents ans ou plus. Mais, «ayant charge d’amour» (J.-Y. Rogale, op. cit., p. 54), il ne peut pas mourir avant qu’un autre homme aime comme il a aimé, et prenne la relève auprès de sa chère Teresina. L’énigme «Gary» peut trouver une part de solution dans la quête de l’apparence (Schein en allemand, display en anglais) et de l’illusion (in ludus, dans le jeu, conscience de jouer), facultés primordiales du jeu. En effet, Renato Zaga, l’aïeul de Fosco, comme écrivait Gary, «fuyait la vérité comme la peste. Il avait compris que le plus grand don qu’un artiste désireux de s’attirer les bonnes grâces du public pouvait faire à ce dernier c’était l’illusion, et non la vérité, car celle-ci a souvent de fort mauvaises façons, n’en fait qu’à sa tête et ne se soucie guère de plaire. – Souviens-toi, mon fils, que l’on ne peut rien contre la vérité, aussi désagréable, menaçante et cruelle qu’elle soit, mais on peut toujours tout contre ceux qui vous la disent… et alors, c’est la misère, quand ce n’est pas la prison ou même pire. Ton grand-père Renato est mort riche et honoré parce qu’il avait compris ce que le public attendait de nous autres, ses humbles serviteurs: un peu d’illusion, un peu d’espoir» (Les enchanteurs, p. 10).

    «Cinq identités, deux prix Goncourt et mille tragédies. Menteur magnifique, Romain Gary fut le romancier virtuose et désespéré de sa propre vie, déroutant tous ceux qui ont tenté de reconstruire son identité, comme si «Gary» pouvait être identique à li-même. Comment établir la vérité d'un homme qui s'est effocé, sa vie durant, à nier la réalité etcut un destin d'exception dont il s'est ingénié à brouiller les pistes? Immigré juif, aviateur, compagnon de la Libération, écrivain polyglotte, diplomate, époux de Jean Seberg*, autant de personnages dont il réécrit les rôles jusqu'à donner vie à un double qui le menaça d'élimination.» (Jean-Marie Catonné, biographie de Gary, cité ci-dessous: quatrième page de la couverture)

    La patrie de Gary est l'univers, mais cet univers est localisé ou concentré dans une rue. L'universel se situe dans le singulier des diversités particulières «La géographie garyenne a ainsi été très tôt basculée par l'Histoire, brouillant les noms, émiettant les identités, récusant le ghetto natal. Cette identité mélangée, souvent contradictoire, est le produit d'un siècle de guerres* et de génocides*. Seules les dernières années l'ancrent rue du Bac où il s'affirmera "bacquiste", citoyen de la rue du Bac! [...] S'il faut coller des étiquettes, Gary serait juif lituanien par son origine, mais plus encore par son destin, librement choisi, qui l'apparente à ses aînés des pays baltes dont le choix de la France ne fut pas celui des hasards.» (op. cit., p. 18-19)

    Ses lieux de mémoire géographiques et métaphysiques sont multiples, mais se rencontrent dans le lieu psychique de son personnage choisi.

    Bibliographie

    Jean-Marie Catonné, Romain Gary. De Wilno à la rue du Bac, Solin, Actes Sud, 2010, 293 pages.
    On trouvera aux pages 285-288 de cette biographie une bibliographe de Romain Gary et sur l'Oeuvre écrit de Romain Gary, Filmographie, Bibliographie sélective (Études littéraires, Biographies, récits, témoigages). Mais plus particulièrement, l'auteur de cette biographie rapporte la fin tragique de Gary à son oeuvre. «Il apparaît évident que la tentation du suicide fut chez lui constante. Omniprésente. Et dès le début.» (op. cit., p. 270)

    Le biographe mentionne plusieurs livres où des personnages se suicident ou connaissent des épisodes suicidaires. Le moyen* envisagé est généralement le revolver. «Plus signifiante encore, l'expression "se débarrasser de soi-même" revient sans cesse sous la plume. Gary a du mal à supporter son propre Je. Il ne s'aime pas. Il s'acharne sur tout ce que par ailleurs il célèbre, le combat idéaliste, les valeurs humanistes, son propre mythe, comme si la mort sociale* préfigurait sa mort physique. Le recours au lexique de l'autodestruction* de cet "humour provocateur" est systématique: cynique, scorpionnesque, euthanasie*, cannibalisme, génocide, avortement, etc.» (op. cit., p. 271-272)

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    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-18