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    L'Encyclopédie sur la mort



    Dépression

    Selon le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)* du 6 octobre 2001, «la dépression est un trouble mental courant se caractérisant par une tristesse de l’humeur, une perte d’intérêt pour toute activité et une baisse d’énergie. Elle se distingue des changements de l’humeur, qui font normalement partie de la vie, par son degré de gravité, des symptômes et la durée des troubles.» Avec la schizophrénie, les troubles dépressifs seraient à l’origine de 60% des cas de suicide.

    Pour vérifier le bien-fondé du lien de cause à effet entre suicide et dépression, il faudrait d’abord pouvoir disposer d’une définition communément acceptée de la dépression. Or, ce n’est pas le cas, car la dépression reste très mal connue. Andrew Solomon écrit:

    «Les tentatives de définition de la dépression suicidaire ont été singulièrement peu fructueuses. Il n'existe aucune corrélation entre la gravité d'une dépression et le risque de suicide. Certains suicides interviennent au cours de troubles bénins, alors que des gens en situation désespérée s'accrochent à la vie. [...] Le suicide n'est pas le point culminant d'une vie difficile.»
    (Le diable intérieur. Anatomie de la dépression, Paris, Albin Michel, 2002, p. 266)

    La dépression est considérée par les psychiatres comme un des facteurs décisifs provoquant la crise suicidaire. À leurs yeux, le suicide est associé à la dépression, qui serait elle-même une forme de maladie mentale* («troubles psychiques» nous paraît une expression plus juste). Cette forme de médicalisation et de psychiatrisation du suicide est contredite par G. H. Colt qui ne perçoit pas le suicide comme «la dernière étape de la dépression» (The Enigma of Suicide, New York, Summit Books, 1991, p. 43). «Beaucoup de médecins croient qu'en réussissant à soigner la dépression, ils ont traité le patient suicidaire, comme si le suicide était simplement un effet secondaire particulièrement négatif de la maladie. Et pourtant certains patients suicidaires ne présentent pas de maladie diagnostiquée, tandis que d'autres se suicident peu après être sortis d'une dépression, ou longtemps après», op. cit., p. 312) Dans une entrevue accordée à Joseph J. Lévy, Viviane Lew affirme: «Dans la dépression, c’est surtout lorsque le patient commence à aller mieux qu’il faut être très vigilant car le traitement pharmacologique va permettre au patient de récupérer ses forces et son énergie avant que les idées noires ne disparaissent, réunissant ainsi toutes les conditions favorables pour un suicide réussi» (Frontières, vol. 6, no 3, 1994, p. 26). Il arrive qu’une personne qui sort d’une dépression longue et éprouvante choisisse la mort volontaire, d’une façon libre et éclairée, de peur de revivre l’enfer qu’elle vient de traverser. Cela est sans doute le cas de Virginia Woolf* et de Sylvia Plath*.

    Les manifestations sont très variées, allant de la dépression chronique légère à la dépression profonde ou encore à la psychose maniaco-dépressive. Les dépressions post-partum où les concepts de vie et de mort sont intimement entremêlés dans l’esprit des mères concernées. La présence de symptômes psychotiques aggrave le risque suicidaire et peut porter atteinte à la vie ou à la santé de l’enfant: «Là encore, lorsqu’il existe des éléments psychotiques, il faudra s’assurer que les conduites de la mère ne mettront pas en danger la vie de son bébé.» Viviane Lew note également que, «sur une période de vingt ans, 50% des patients schizophrènes feront une tentative de suicide et 10% vont réussir leur acte» ( op. cit., p. 26).

    Les causes des états dépressifs sont variées et certains facteurs psychosociaux semblent favorables à leur développement: stress, conditions difficiles de vie familiale et sociale (travail, immigration, etc.), facteurs génétiques et biologiques. Le nombre de dépressifs est plus élevé chez les femmes* que chez les hommes. Selon les estimations de l’OMS, chaque année 5,8% d’hommes et 9,5% de femmes connaissent un épisode dépressif. Le nombre des dépressifs atteint de nos jours 121 millions de personnes.La dépression s’accompagne souvent d’un cortège de symptômes: tristesse extrême accompagnée de fatigue, manque d’énergie, apathie, léthargie et perte d’intérêt, manque ou excès de sommeil, perte ou prise de poids, manque d’estime de soi ou d’espoir, sentiment de culpabilité et d’angoisse, problèmes de concentration ou incapacité de prendre une décision, idées suicidaires avec ou sans passage à l’acte. Les désordres affectifs pourront prendre plusieurs formes. Ainsi, ils peuvent être accompagnés d’une période d’hyperactivité et de folle dépense d’énergie que l’on appelle manie. Dans ce cas, il s’agit de maladie bipolaire ou de maniaco-dépression. La dépression masquée est caractérisée par des symptômes physiques; le sujet est atteint de dysfonctionnement dans la vie courante sans pour autant manifester aucune tristesse. La dépression post-partum est considérée comme une dépression masquée: 15% des femmes peuvent, pour une période d’une ou deux semaines après l’accouchement, révéler des symptômes assez graves pour nécessiter un traitement. D’autres désordres affectifs sont saisonniers et sont causés par le manque de lumière solaire. D’autres encore sont caractérisés par une humeur constamment déprimée et une très faible estime de soi. Cette dépression est connue sous le nom de dysthymie.

    Les personnes qui souffrent de dépression ou de troubles bipolaires peuvent adhérer à des organismes d’aide. Elles peuvent se référer également à des organismes de prévention* du suicide. Malgré le travail utile que ces derniers accomplissent à l’égard de certains individus suicidaires et aussi au point de vue collectif par la sensibilisation du public aux signes précurseurs du suicide, ils ont une tendance à faire de tout suicide le résultat d’une pathologie individuelle. Jacques Pohier pense que, «si la pathologie individuelle constitue un facteur important dans la grande majorité des suicides, elle peut aussi ne jouer aucun rôle dans certains autres» (La mort opportune, p. 181). Une dépression n’est pas forcément sans issue, elle peut conduire à la mort volontaire et éclairée, comme elle peut mener à la prise en main par le sujet de sa propre vie. Daniel Bordeleau, psychanalyste jungien, est d’avis que «la dépression est une réaction naturelle et vitale de l’organisme. Elle consiste en un ralentissement global, autant psychologique que physiologique, en une cessation du fonctionnement sous pression, en un arrêt obligatoire. Selon Emmy Gut, cette halte constitue une fonction d’adaptation dont la raison d’être est de fournir une opportunité d’exploration consciente d’une impasse interne. Cette exploration peut conduire à une solution, ou encore, à la reconnaissance du fait que l’impasse est immuable, de sorte que les efforts pour la résoudre sont inutiles et doivent être abandonnés. Lorsque cette réaction naturelle est intense et que la capacité de l’ego est faible, il en résulte un état psychologique, appelé dépression majeure» (Face au suicide, p. 147).

    Plusieurs personnes sont sujettes à la dépression en raison des difficultés éprouvées au travail*: surmenage, décrochage, inadaptation aux tâches exigées, mauvaises conditions de travail, détérioration du climat au travail (rivalités, harcèlement, favoritisme, dénonciation, etc.). La dépression et le risque suicidaire sont liés aussi à certaines maladies entraînant des troubles physiques, de la fatigue, des douleurs, de l'invalidité diminuant considérablement leur qualité de vie et leur estime de soi, par exemple, chez des personnes atteintes de multiple sclérose (MS), appelée aussi sclérose en plaques (SEP).

    Halbwachs* met en évidence la dimension sociale de la dépression qui, tout en étant l’état personnel d’un individu, répond aux signaux négatifs qu’il observe comme provenant de la société: «Pour sentir son isolement, il faut être resté capable de réfléchir, c’est-à-dire de se représenter dans quel rapport on se trouve avec le reste du monde. En effet, le désespéré réfléchit, il interroge silencieusement les êtres et les choses qui l’entourent, il reçoit des réponses négatives et décourageantes qui ne sont que l’écho de sa tristesse, et il les interprète comme un encouragement à quitter la vie. […] Toute la tristesse et la mélancolie collective prend corps en lui, s’élève, par lui, à une plus haute conscience d’elle-même. […] Ce n’est pas en lui, c’est dans la société, que l’homme qui souffre aperçoit le mieux l’image de son propre destin» (Les causes du suicide, p. 470). Cette provenance sociale du mal-être n’enlève pas pour autant à l’individu, même s’il souffre de dépression ou de maladie mentale, sa capacité d’exercer sa responsabilité et de choisir librement sa mort. D’après G. Minois, la dépression serait, à l’intérieur de l’angoisse devant les multiples possibles ouverts à la liberté humaine face à la mort, une forme d’autodéfense contre l’acte suicidaire (Histoire du mal de vivre. De la mélancolie à la dépression).

    Au sujet de la dépression, voici comment un témoin, qui a vécu lui-même en profondeur la dépression, Stig Dagerman* s'exprime par ses propres mots dans son testament spirituel écrit en 1952 (Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Actes Sud, 2010):

    «...la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouve un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l'esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté* humaine.» (p.17)

    Ayant trouvé sa consolation dans une toute récente liberté retrouvée face aux contraintes extérieures qui l'écrasaient par le poids de leur nombre, il conclue:

    «Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers le but qui me donne le vertige: une consolation qui soit plus qu'une consolation et plus grande qu'une philosophie, c'est-à-dire une raison de vivre.» (p. 21) Hélas, sa raison de vivre ne l'a pas empêché de se suicider quelques années plus tard.

    Gustavo Turecki de l'université McGill, Montréal, Québec, Canada, est directeur du programme des troubles dépressifs, un service spécialisé destiné aux enfants et adultes souffrant de dépression grave résistante au traitement de formes sévères de troubles dépressifs. En plus d’offrir aux clients des traitements de pointe, le programme aide les familles* à interagir avec la personne en difficulté. Le programme sert également à évaluer l’efficacité des interventions thérapeutiques au début, en cours et lors des suivis de traitement, et il élabore des projets de recherche intégrés à la pratique clinique.

    « La dépression se caractérise par

    - des altérations de l'humeur: tristesse, apathie, solitude;

    - un perception négative du moi: blâmes et reproches adressés contre soi-même;

    - des désirs rgégressifs: fuir, se cacher, mourir;

    - l'anorexie, linsomnie et la perte du désir

    - les changements dans le niveau d'activité: abattement ou agitation

    (A. T. Beck, Depression. Causes and treatment, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1967, cité par Jean Baechler, Les suicidés, Calmann -Levy, 1975, p.142-143)

    Bibliographie

    Solomon, A.,«Dépression et suicide» dans Le diable intérieur. Anatomie de la dépression, Paris, Albin Michel, 2002, p. 265-308. Une synthèse historique, sociologique, psychiatrique, médicale. Une somme très bien documentée. Témoignage d'espoir. William Styron*, qui a été lui-même atteint de dépression, considère cet ouvrage comme «un essai captivant, d'une stupéfiante richesse. Un ouvrage indispensable sur la dépression.»

    Henry Cuche et Alain Gérard, Je vais craquer. Comprendre les déprimés, combattre la dépression, «J'ai lu», 2002.
    David Gourion et Henri Lôo, Les Nuits de l'âme. Guérir de la dépression, Odile Jacob, 2007.

    Détresse psychique et antidépresseurs
    Revue Frontières, volume 21, numéro 2, printemps 2009
    Ce numéro de la revue Frontières offre une facette, un point de vue sur la complexité des intrications entre le soin pharmacologique, la détresse et l’antidépresseur. Il n’a pas la prétention d’être exhaustif tant les enjeux des molécules dépassent la pharmacologie elle-même. La poursuite du bonheur est d’ailleurs une chose trop sérieuse pour l’abandonner au pharmacien ou même au philosophe. Jamais aucune époque ne s’est préoccupée du bonheur de l’homme ordinaire ni ne l’a confondu — derrière la définition ambiguë de santé mentale — avec la normalité. La conception médicale de la « santé psychique » et éventuellement son rétablissement par voie moléculaire sont parfaitement assortis à l’idéal consumériste. Si Freud voulait faire accéder par son écoute le névrosé à un « malheur ordinaire », il n’avait pas envisagé la démocratisation du « bonheur ». Or, l’antidépresseur pourvoit peut-être, à l’instar du téléviseur à écran plat, au bonheur des masses repues.
    http://www.frontieres.uqam.ca/21.2.php

    À consulter

    Michela Canevascini, Le suicide comme langage de l'oppression. Ethnographie d'un service d'irgences psychiatriques, thèse présentée à la Faculté des sciences sociales et politiques de l'université de Lausanne, 2012.

    Lien

    http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=depression_pm


    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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