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    L'Encyclopédie sur la mort



    Curiosités

    « Curiosités » est le nom que j'avais donné - je ne sais plus pourquoi - à un cahier de notes personnelles. Je viens de relire ces notes. Elles me donnent le goût de m'en inspirer dans la réflexion que je me permets de vous livrer.

    Il ne suffit pas simplement de vivre, mais de trouver la bonne manière de vivre. Comment vivre devient ainsi notre souci principal.

    D'abord, il faut vivre sa vie, sa propre vie, une vie qui répond à son profil et à son histoire, à son tempérament et à ses potentialités. Autrement dit, il ne faut pas « se prendre pour un autre », ni imiter autrui, ni lui ressembler, encore moins lui obéir. Il y a donc plusieurs manières de bien vivre. la vie bonne n'est pas la même pour tous. Nous ne sommes pas des automates faits en série. Nous menons une vie au pluriel, chacun avec ses goûts et ses besoins, ses options et ses choix, sa perception de son existence et sa propre expérience.

    Puis, il ne suffit pas d'aimer et de bien mener sa vie-en-général, mais de la vivre au quotidien. Une journée à la fois. Chaque moment du jour ou de la nuit a sa couleur et son parfum. Le bien vivre est l'affaire de chaque instant. La vie bonne est un projet du hic et nunc, ce qui veut dire « d'ici et de maintenant ». Les heures se succèdent, mais ne se ressemblent pas. Au moins, pas nécessairement. Sinon, l'ennui s'empare de nous, la monotonie s'installe et, avec elle, la déprime.

    En principe, la vie est mouvement et changement, élaboration et développement. Vivre, c'est devenir, devenir autre. Même si nous avons toujours les mêmes tâches à accomplir ou si la maladie nous immobilise, notre esprit peut toujours rester en éveil. Bien vivre, c'est vivre éveillé et attentif aux êtres et aux choses, aux gestes d'autrui et aux situations aussi ordinaires soient-elles. D'un simple fait, on peut faire un événement qui donne de la couleur ou de la saveur à notre vie. Laisser advenir les êtres et les choses : un chat devant la fenêtre, un oiseau qui plane, un chien qui boit de l'eau, un enfant qui crie, un aveugle qui cherche son chemin dans le métro, un coup de téléphone, une fin de semaine à l'eau, un ami qui se meurt, un emploi qui se perd. Comment accueillir ces avènements et en faire quelque chose qui s'inscrit dans notre devenir?

    Vivre de la bonne manière peut vouloir dire : avoir une juste perception des faits, une bienveillance attentive aux êtres et aux choses qui peuplent notre vie. Bien vivre inclut « penser bien », penser pas n'importe comment! Produire des pensées, c'est cueillir les faits, les réunir et les ordonner, les comprendre et les interpréter, en faire un récit dans sa tête, se raconter une histoire qui se tient proche des faits et qui a du sens. Tout cela est penser. Ces pensées méritent d'être dites. Parfois il vaut mieux les taire, cela dépend des circonstances. Dire ou taire les faits, mais pas n'importe comment!

    Bien vivre n'est pas sorcier, c'est regarder, toucher et écouter les êtres et les choses qui habitent ce monde avec nous, les savourer, les tester jusqu'à les admirer et les aimer. Tout cela est une affaire d'estime, estime de l'autre, estime de soi. Estimer, c'est un acte cognitif, une forme de connaissance et d'appréciation. On n'estime pas quelque chose ou quelqu'un à l'aveugle, mais selon sa juste valeur et selon son importance, selon les promesses qu'ils révèlent et qui ne sont pas illimitées. Si le potentiel des êtres et des choses était infini, on ne pourrait pas le mesurer. L'estimation suppose un certaine entraînement; on s'exerce pour devenir un bon estimateur, un fin connaisseur et pour apprécier avec justesse l'autre et soi. Une bonne estimation n'est pas une comparaison ni un jugement, encore moins une condamnation, mais un acte de discernement, fruit de la juste perception des êtres et des choses.

    Mais une bonne vie a sa part de folie, car, outre la raison, nous mettons à l'oeuvre nos cinq sens. Il nous faut une forte dose de sensibilité pour observer, goûter, savourer, apprécier et aimer les êtres et les choses. Pas de connaissance sans aliénation! L'estime de soi et des autres, l'appréciation des êtres et des choses n'est possible que grâce à une saisie hors de soi. Pas de vie bonne sans passion ni étreinte. Saisir, c'est sortir de soi afin de capter une petite portion de l'autre que ce soit un objet ou un vivant. Saisir, c'est atteindre l'autre, s'approcher de lui sans l'écraser. Une fois que l'on a saisi quelque peu une parcelle de l'autre, on retourne en soi en gardant une trace de l'autre en soi.

    Ce genre de folie n'est pas une sinécure. Elle dure toute une vie et pourra s'exercer à chaque instant. La vie est un perpétuel recommencement, la répétition d'une pièce tragi-comique à plusieurs actes qui change de scène et de décor. En effet, saisir, c'est aussi toucher à ce qui fait mal chez l'autre ou chez soi; saisir ce que l'on croit devoir faire, et que l'on sait ne pas pouvoir faire, font partie de notre discernement et de notre estimation. Saisir, c'est aussi appréhender la laideur insupportable d'une situation et la bassesse d'un geste.

    Éprouver la vie, c'est aussi éprouver la mort. Le prix à payer pour notre vie dépasse parfois - souvent ! - nos moyens, notre avoir, notre savoir et notre pouvoir. Charles Baudelaire parle d'un « deuil perpétuel » lié aux souffrances de notre époque que nous ne sommes pas capables de soulager. L'insatisfaction accompagne donc nécessairement tout projet d'une vie bonne. L'insatisfaction peut, cependant, engendrer un effet stimulant et provocateur, elle pourra nous pousser sur la voie de la créativité. La volonté bonne (vouloir être bon, vouloir faire le juste) peut racheter, au moins en partie, l'imperfection de notre regard, de notre estimation et de notre intervention.

    © Éric Volant
    Montréal le 14 juillet 2011

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-10