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    L'Encyclopédie sur la mort



    Civilisations et mort

    René Dubos regarde le déclin et la disparition des civilisations dans une perspective à long terme. L'évolution de l'humanité est une succession d'adaptations sociales, tantôt lentes et progressives, tantôt soudaines et brusques. Son regard est écologique, car il porte vers la terre dans toute sa diversité : des phénomènes naturelles, des êtres et des choses qui l'habitent. Ce regard est culturel, car une multiplicité de créations locales ou nationales expriment différemment le génie humain. Il est aussi universel, car il perçoit le monde comme un immense laboratoire où ses habitants font renaître et revivre des éléments, importants, et malheureusement abandonnés, des cultures disparues ou en déclin afin de renouveler leurs modes de vie. C'est enfin un regard optimiste, car il repose sur l'espoir et la conviction que rien ne se perd des civilisations disparues, mais que, dans un vaste mouvement de mort et de résurrection, l'humanité, ici et là, aujourd'hui et demain, renaît de ses cendres et se recrée une âme nouvelle.

    Les grandes périodes de l'humanité, celles pendant lesquelles la vie semble avoir donné les plus intenses satisfactions, sont des périodes qui ont ajouté quelque chose de nouveau à l'expérience des générations précédentes au lieu de seulement continuer et répéter les pratiques ancestrales.

    Les nouvelles créations de l'humanité au cours des âges surgissent en général des réponses que fait chaque génération aux particularités de son époque et de son milieu. [...] Dans le discours qu'il prépara (mais ne put prononcer) pour le prix Nobel de littérature en 1972, Alexander I. Soljenitsyne affirme avec passion que «Les nationalités sont la richesse de l'humanité; elles en sont les personnifications cristallisées. Leur disparition nous appauvrirait tous, comme ce serait le cas si tout le monde devenait identique, avec le même visage et même personnalité.» [...] L'enrichissement de la vie humaine par la diversité qu'introduit l'esprit national ou régional a commencé dans les temps immémoriaux.

    [...]

    Alors que les civilisations s'anémient et dépérissent dans le monde de l'abstraction, elles acquièrent rapidement une nouvelle vigueur quand elles se remettent en contact direct, par le sens, avec le monde concret.

    L'histoire est riche en exemples de civilisations qui ont connu l'ennui des froideurs académiques pendant certaines phases de leur évolution, mais ont retrouvé une exubérance créatrice quand les circonstances les ont forcées à se retremper dans la nature. C'est ainsi que le début du Moyen-Âge, loin d'être des ténèbres comme on l'a pensé longtemps, fut en réalité une riche période de renouvellement parce que l'effondrement de l'autorité romaine força les différentes régions d'Europe à vivre sur elles-mêmes, presque isolées l'une de l'autre, si bien que chacune put développer ainsi son propre type de civilisation adapté aux conditions locales. C'est ainsi de même qu'après avoir accepté les principes universels du christianisme et de la civilisation romaine, les Vikings et autres envahisseurs nordiques créèrent en France, en Angleterre, et dans les autres régions qu'ils occupèrent des formes de vie et d'art adaptées aux conditions particulières de ces régions. Les difficultés de la vie au début du Moyen-Âge rendent encore plus remarquables l'immense vitalité et créativité qui, en un siècle, donna un caractère spécial à chaque région naturelle d'Europe et même à chaque localité. Modes de vie, pratiques agricoles et technologiques, formes d'art et de littérature, cérémonies locales exprimant les besoins du pays, ne sont que quelques-unes des manifestations de cette créativité qui s'exprime encore aujourd'hui dans la prodigieuse et vigoureuse diversité culturelle,

    Les plus grandes oeuvres de l'humanité ont un caractère universel en ce sens qu'elles expriment des valeurs qui sont communes à toute l'espèce humaine, mais chacune a ses formes particulières qui sont déterminées par le temps et l'endroit d'où elles sortent et qui contribuent ainsi au renouvellement continuel des civilisations. La fable grecque raconte que le héros Antée perdait sa force quand ses deux pieds étaient détachées de la terre. Et il en est ainsi de la vie civilisée. Mais un mythe encore plus ancien est celui de la résurrection. Si nous semblons prendre plaisir de nos jours à souligner que toutes les civilisations sont mortelles, c'est parce que nous savons qu'elles peuvent acquérir une nouvelle vie en se nourrissant de la réalité concrète, par l'intermédiaire des sens. Le grain meurt, mais il peut renaître et redevenir une plante en absorbant la substance de la terre.

    [...]

    L'évolution de l'humanité n'est pas le résultat d'un transformisme biologique: elle se présente comme une série d'adaptations sociales progressives ou soudaines à des crises causées par les événements naturels ou par des changements volontaires dans les modes de vie.

    [...]

    Il est vrai que les civilisations sont mortelles, mais la fantaisie et la volonté humaines peuvent les faire renaître. La mort et la résurrection sont également nécessaires pour permettre à l'humanité de prendre successivement toutes les formes qui lui sont possibles en renouvelant ses modes de vie. Le hasard, ou la providence, présente des éléments matériels à partir desquels les civilisations peuvent renaître et se renouveler. Mais c'est l'esprit qui choisit parmi ces éléments, qui les organise pour leur donner une forme humaine, et qui continue ainsi la création du monde,

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-20
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    Notes

    Source : René Dubos, Choisir d'être humain, Notre terre et son avenir, Paris, Denoël Gonthier, «Médiations», 1977, p. 178-179 et 207.