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    L'Encyclopédie sur la mort



    Caron

     

    Patinir



    Charon ou Caron (en grec ancien Χάρων / Khárôn), fils d'Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit), est le «nocher des Enfers » qui avait pour rôle de faire passer sur sa barque, moyennant un péage, les ombres errantes des défunts à travers le fleuve Achéron (ou le Styx) vers le séjour des morts.

    Dans L'Énéide de Virgile*, Énée prend le commandement du navire et s'approche de la Sicile (livre V). Il débarque à Cumes près de la grotte de la Sibylle descend dans son antre où le dieu prophétique lui annonce de nouveaux périls et de nouvelles douleurs; après s'être muni d'un rameau sacré aux feuilles d'or et avoir sacrifié à Proserpine* et à Pluton*. il reprend la voie souterraine des ombres jusqu'à ce qu'il arrive aux marécages du Styx*. Il y rencontre Caron et Cerbère, le chien à la triple tête. Dans les limbes il trouve les enfants et les suicidés plus loin dans le champ des pleurs les âmes des morts d'amour parmi lesquelles Didon* qui le repousse; plus loin encore les guerriers tombés sur le champ de bataille.

    Virgile, L'Énéide (Extraits Livre VI)

    Caron Nocher affreux, rouillé d’une orde crasse,
    Du passage et des flots l’unique soin embrasse.
    Le poil gris de sa barbe inculte et mal dressé
    Pend à longs écheveaux du menton hérissé.
    Son regard sans siller luit d’une flamme obscure,
    Un sale habit descend de son épaule dure,
    Rattaché d’un nœud double, et dans le fil de l’eau
    L’aviron il agite et conduit son bateau.
    De voiles il pourvoit cette hideuse barque
    Pour passer le butin de la fatale Parque.
    A l’œil il paraît vieux, mais la vigueur du Dieu,
    Verte et brusque aux effets, de jeunesse tient lieu.
    Ici le Genre humain de toutes parts arrive,
    A la foule accourant épandu sur la rive :
    Hommes, femmes, enfants, magnanimes Héros,
    Dans le cours de leur gloire aux sépulcres enclos,
    Les Vierges en leur fleur, la virile jeunesse
    Qui laisse père et mère accablés de tristesse,
    Ainsi quand le Soleil écarte ses beaux rais,
    Au premier froid d’Automne on voit dans les forêts
    Tomber à millions les feuilles égarées ;
    Ainsi voit-on encor, sur les Mers azurées,
    Voler à grands scadrons les oiseaux passagers
    Lorsque fuyant le froid des Climats étrangers
    Ils viennent tout transis percer ces longues erres
    Pour humer le doux air que respirent nos Terres.
    Chacun de ces Esprits, flattant le Nautonier,
    Tend les bras suppliants pour passer le premier,
    Pressés d’un chaud désir de voir l’autre rivage.
    Le Nocher cependant, d’un front rude et sauvage,
    Les prend par-ci, par-là, selon l’heur de leur sort,
    Et rejetant le reste, il l’éloigne du bord.
    Or le Prince Troyen qui ce tumulte admire,
    Parle ainsi tout ému : « Vierge, daigne-moi dire,
    D’où vient ce grand concours aux rives de cette eau ?
    Que cherchent ces Esprits autour de ce bateau ?
    Et par quelle raison de choix ou différence,
    Ceux-là quittent le bord pâles de froide transe ?
    Ces autres, au revers, favoris du Nocher,
    Vont à coups d’aviron les troubles flots trancher ? »
    Ainsi répond en bref la Sibylle Prêtresse :
    « O Prince fils d’Anchise, et vrai sang de Déesse,
    Voici le Lac profond du fameux Achéron
    Que le Palus de Styx enclot en son giron,
    Déités du Bas-Monde, aux Dieux si vénérables
    Qu’ils ne parjurent point leurs noms inviolables.
    Ceux que tu vois ici chassés loin du vaisseau
    Sont les pauvres chétifs dénués de tombeau.
    Ce Nocher est Caron, ceux qu’il guide en sa nasse
    Au repos du cercueil ont pris heureuse place.
    Et n’est permis à lui de trajetter les morts
    Pour voir de l’autre part la sombre horreur des bords
    De ce fleuve enroué d’un turbulent murmure
    Si leurs Mânes n’ont eu l’honneur de sépulture.
    Ils errent vagabonds par le cours de cent ans,
    A l’entour de ces bords tristement voletant,
    Puis ils vont aborder ces plages souhaitées
    D’où les Ombres enfin au repos sont portées.

    Énéide, Livre VI (Traduction de Marie de Jars)
    http://fr.wikisource.org/wiki/Énéide,_Livre_VI_(Traduction_de_Marie_de_Jars)

    Dante*, Inferno Canto III (Extrait)


    Dante arrive avec Virgile à la porte de l'Enfer. Il rencontre les âmes de ces hommes incapables de bien et de mal qui ont tenu leur existence neutre et lâche à l'écart de tous les partis, loin de tous les périls. Dante arrive au bord de l'Achéron où il trouve le nocher Caron et les âmes qui traversent le fleuve dans sa nacelle. Succombant à tant d'émotions, il tombe et s'endort.

    «C'est par moi que l'on va dans la cité plaintive :
    Aux tourments éternels c'est par moi qu'on arrive :
    C'est par moi qu'on arrive à l'exécré séjour.

    La justice divine a voulu ma naissance;
    L'être me fut donné par la toute-puissance,
    La suprême sagesse et le premier amour.

    Rien ne fut avant moi que choses éternelles,
    Moi-même à tout jamais je dois durer comme elles.
    Laissez toute espérance en entrant dans l'Enfer!»

    Au sommet d'une porte en sombres caractères
    Je vis gravés ces mots chargés de noirs mystères :
    «Maître» fis-je, «le sens de ces mots est amer!»

    Mais lui d'une voix ferme : «Il n'est plus temps de craindre!
    Tout lâche sentiment dans ton coeur doit s'éteindre;
    Il faut tuer ici le soupçon et la peur.

    Voici les régions, celles que je t'ai dites,
    Où doivent tes regards voir les races maudites
    Qui de l'intelligence ont perdu le bonheur.»

    A ces mots il me prit par la main, son visage
    Avait un air de paix qui me rendit courage :
    Avec lui dans l'abîme il me fit pénétrer.

    Là, soupirs et sanglots, cris perçants et funèbres
    Résonnaient du milieu de profondes ténèbres :
    Dans mon saisissement je me mis à pleurer.

    [...]

    Je portai mes regards plus loin, et vis dans l'ombre,
    Sur le bord d'un grand fleuve, une foule sans nombre.
    «O maître, qu'est-ce encore que je vois, que j'entends?

    Quelle est cette cohorte accourant hors d'haleine,
    Que dans l'obscurité mon oeil distingue à peine,
    Et qui la presse ainsi de gagner l'autre bord?»

    — «Tu sauras tout cela; mais laisse-toi conduire,»
    Me dit-il ;« je prendrai le soin de t'en instruire
    Quand nous arriverons au fleuve de la mort»

    Je rougis, craignant d'être importun au poète;
    Et, les regards baissés et la lèvre muette,
    J'attendis d'arriver au fleuve des enfers.

    Dans cet instant, parut monté sur une barque
    Un vieillard dont le front des ans portait la marque.
    Il s'écriait « malheur à vous, esprits pervers!

    N'espérez jamais voir le ciel, car je vous mène
    Dans la nuit éternelle, à la rive inhumaine,
    Dans l'abîme toujours ou brûlant ou glacé.

    Et toi qui viens ici dans ces lieux d'épouvante,
    Va-t-en, éloigne-toi des morts, âme vivante!»
    Voyant que d'obéir j'était mal empressé :

    «Tu veux,» ajouta-t-il, «toucher la sombre plage?
    Prends un autre chemin qui te mène au rivage;
    Il te faut un esquif plus léger que le mien.»

    «Caron, ne t'émeut pas» lui répondit mon guide.
    «on l'a voulu là-haut, et quand le ciel décide,
    le ciel peut ce qu'il veut. Ainsi n'ajoute rien»

    Du nocher à ces mots la fureur fut calmée,
    La rage s'éteignit sur sa joue enflammée
    Et dans ses yeux bordés de deux cercles ardents.

    Mais ces morts dépouillés que la fatigue accable,
    Entendant de Caron la voix impitoyable,
    De changer de couleur et de grincer des dents.

    Ils blasphémaient le ciel, ils maudissaient la terre,
    le jour qui les vit naître et le sein de leur mère,
    Leurs pays, leurs parents, leurs fils, tout l'univers;

    Puis remplissant les airs d'une rumeur plaintive,
    Ensemble se portaient sur la funeste rive,
    Sur la rive maudite où vont tous les pervers.

    Caron, avec des yeux que la colère enflamme,
    Les pressait tour à tour et pressait de sa rame,
    Tous ceux qui paraissaient tarder trop à partir.

    Comme, l'une après l'autre, au déclin de l'automne,
    Les feuilles des rameaux tombent, pâle couronne,
    Et retournent au sol qui va les engloutir;

    Tels je voyais d'Adam les enfants sacrilèges,
    Ces oiseaux que Caron appelait dans ses pièges,
    un par un se jeter au vaisseau de la mort.

    Ils franchissaient alors le ténébreux passage;
    mais à peine ils s'étaient éloignés du rivage,
    Qu'une foule nouvelle attendait sur le bord.

    «O mon fils, c'est ici,» me dit mon noble maître,
    «Que viennent, quel que soit le lieu qui les fit naître,
    Tous les coupables morts dans le courroux de Dieu.

    Ils se hâtent d'aller par ce fleuve au supplice,
    Pressés par l'éperon de la grande Justice
    Qui change leur terreur en un désir de feu.

    Jamais âme innocente en ces lieux ne s'embarque;
    Voilà pourquoi Caron te chassait de sa barque :
    Tu comprends maintenant d'où venait sa fureur.»

    Comme il disait ces mots, la lugubre vallée
    D'un formidable choc est soudain ébranlée.
    Souvenir qui me baigne encore de sueur!

    Sur la terre des pleurs, déchaînant sa colère,
    S'élève un vent terrible et que la foudre éclaire.
    Et devant tant d'horreurs forcé de succomber,

    Comme pris de sommeil, je me laissai tomber.

    http://www.pierdelune.com/dante1.htm

    La barque à Caron
    La barque se retrouve dans toutes les civilisations, elle est une constante à travers les âges : la barque «cercueil» des premiers hommes, les «barques solaires» d'Océanie, la barque japonaise d'Amida, la barque de Caron. Dans l'Égypte antique*, une barque accompagnait le défunt dans son tombeau.

    Dans le langage poétique, «barque» désigne la nacelle dans laquelle, après la mort, les âmes traversaient le Styx pour entrer dans les enfers. Ainsi, on lit chez Nicolas Boileau: «Empêcher que Caron, dans la fatale barque, Ainsi que le berger, ne passe le monarque». (L'art poétique, 1674) Dans le langage populaire, on parle, pour signifier la mort inéluctable, de la «barque à Caron» dans laquelle il nous faudra tôt ou tard «embarquer» . Et Julien Gracq* de soupirer: «Ah! je voudrais par quelque pouvoir de conjuration que lui aussi [Allan] m'endorme avec lui pour toujours, me fasse mourir à ce monde de fantômes, et, couchés côte à côte dans la barque funèbre, glisser, enfin morts au monde, vers ce pays inconnu dont une malédiction l'exile et que tout lui rappelle.» (Un Beau ténébreux, 1945, p. 131)

    Selon Gaston Bachelard, le cercueil ne serait pas la dernière barque, mais plutôt la première. Par conséquent, la mort ne serait pas le dernier voyage, mais le premier. Elle est pour quelques rêveurs profonds le premier voyage: « Pour certains rêveurs, l’eau est le mouvement nouveau qui nous invite au voyage jamais fait. Ce départ matériel nous enlève à la matière de la terre. Aussi quelle étonnante grandeur il a, ce vers de Charles Baudelaire*, cette image subite comme elle va au cœur de notre mystère :"Ô mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre. "» (L'eau et les rêves, José Corti, 1942, p. 123) Bachelard rappelle qu'en plein triomphe du christianisme, «à la fin du XIII° siècle, Dante de sa pleine autorité, avait rétabli le vieux Caron comme nautonier de son enfer.» (ibid. p. 109) Et c'est précisément l'enfer de Dante qui surgit sous la plume de Marcel Proust quelques lignes plus loin dans ce même passage; l'explication des tourments du nénuphar, de la stagnation morbide sur une barque funèbre qui ne mène nulle part, nous est fournie par l'intermédiaire d'une comparaison longuement développée:

    Je la [tante Léonie] retrouvais de promenade en promenade, toujours dans la même situation, faisant penser à certains neurasthéniques [...]; pris dans l'engrenage de leurs malaises et de leurs manies, les efforts dans lesquels ils se débattent inutilement pour en sortir ne font qu'assurer le fonctionnement et faire jouer le déclic de leur diététique étrange, inéluctable et funeste. Tel était ce nénuphar, pareil aussi à quelqu'un de ces malheureux dont le tourment singulier, qui se répète indéfiniment pendant l'éternité, excitait la curiosité de Dante, et dont il se serait fait raconter plus longuement les particularités et la cause par le supplicié lui-même, si Virgile, s'éloignant à grands pas, ne l'avait pas, ne l'avait forcé à le rattraper au plus vite, comme moi mes parents.» (Oeuvres, I, 169)

    La page 215 du roman laissé inachevé par Marcel Proust Le rêve de Jean Santeuil, utilisait l'image de la traversée funèbre: le baiser de la mère était pour l'enfant qui allait s'endormir «la douce offrande de gâteaux que les Grecs attachaient au cou de l'épouse ou de l'ami défunt en le couchant dans sa tombe, pour qu'il accomplit sans terreur le voyage souterrain, traversât rassasié les royaumes sombres. » (Marie Miguet-Ollagnier, La mythologie de Marcel Proust, Paris, Les Belles-Lettres, 1982, p. 180)

    Complexe de Caron

    Sous la barque de Caron, «condamné à un va-et-vient répétitif», il faut sans doute reconnaître une forme de ce que Bachelard appelle le «complexe de Caron» dont il décèle chez Edgar Poe* un exemple assez semblable à celui qu'atteste la page de Proust citée ci-dessus. Dans la nouvelle intitulée Silence (1837) on voit en effet un ruisseau joyeux devenir «un pâle désert de gigantesques nénuphars» (Bachelard, op. cit. p. 94) :

    «Écoute-moi, - dit le Démon, en plaçant sa main sur ma tête. - La contrée dont je parle est une contrée lugubre en Libye, sur les bords de la rivière Zaïre. Et là, il n’y a ni repos ni silence. Les eaux de la rivière sont d’une couleur safranée et malsaine; et elles ne coulent pas vers la mer, mais palpitent éternellement, sous l’œil rouge du soleil, avec un mouvement tumultueux et convulsif. De chaque côté de cette rivière au lit vaseux s’étend, à une distance de plusieurs milles, un pâle désert de gigantesques nénuphars. Ils soupirent l’un vers l’autre dans cette solitude, et tendent vers le ciel leurs longs cous de spectres, et hochent de côté et d’autre leurs têtes sempiternelles. Et il sort d’eux un murmure confus qui ressemble à celui d’un torrent souterrain. Et ils soupirent l’un vers l’autre. Mais il y a une frontière à leur empire, et cette frontière est une haute forêt, sombre, horrible. Là, comme les vagues autour des Hébrides, les petits arbres sont dans une perpétuelle agitation. Et cependant il n’y a pas de vent dans le ciel. Et les vastes arbres primitifs vacillent éternellement de côté et d’autre avec un fracas puissant. Et de leurs hauts sommets filtre, goutte-à-goutte, une éternelle rosée. Et à leurs pieds d’étranges fleurs vénéneuses se tordent dans un sommeil agité. Et sur leurs têtes, avec un frou-frou retentissant, les nuages gris se précipitent, toujours vers l’Ouest, jusqu’à ce qu’ils roulent en cataracte derrière la muraille enflammée de l’horizon. Cependant il n’y a pas de vent dans le ciel. Et sur les bords de la rivière Zaïre, il n’y a ni calme ni silence. C’était la nuit, et la pluie tombait ; et quand elle tombait, c’était de la pluie, mais quand elle était tombée, c’était du sang. Et je me tenais dans le marécage parmi les grands nénuphars, et la pluie tombait sur ma tête, - et les nénuphars soupiraient l’un vers l’autre dans la solennité de leur désolation. Et tout d’un coup, la lune se leva à travers la trame légère du brouillard funèbre, et elle était d’une couleur cramoisie. Et mes yeux tombèrent sur un énorme rocher grisâtre qui se dressait au bord de la rivière, et qu’éclairait la lueur de la lune. Et le rocher était grisâtre, sinistre et très haut, - et le rocher était grisâtre. Sur son front de pierre étaient gravés des caractères ; et je m’avançai à travers le marécage de nénuphars, jusqu’à ce que je fusse tout près du rivage, afin de lire les caractères gravés dans la pierre. Mais je ne pus pas les déchiffrer. Et j’allais retourner vers le marécage, quand la lune brilla d’un rouge plus vif ; et je me retournai et je regardai de nouveau vers le rocher et les caractères; - et ces caractères étaient : DÉSOLATION. » (Edgar Poe, Silence)

    Éric Volant

    IMAGE
    Joachim Patinir, 1524 (Madrid -Prado) Charon traversant le Styx

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-16
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