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    L'Encyclopédie sur la mort



    Bonhoeffer Dietrich

    Dietrich BonhoefferPasteur et théologien allemand, Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), né en Pologne d'une grande famille prusienne (son père fut neurologiue). Il excerce son ministère à Londres de 1933 à 1935 et dirige un séminaire clandestin de l'Église confessante de Finkenwalde en Poméranie. Menacé par le régime, il gagne les USA en 1939 pour un poste d'enseignant que des amis lui offrent. Mais il ne peut supporter cet éloignement et rentre dans son pays à la veille de la guerre. Il continue une intense activité souvent souterraine au sein de l'Église confessante tout en commençant à prendre des contacts avec des réseaux de résistance. ll vit sa foi de manière solitaire, dans l'abandon de l'Église et des hommes. Quelques semaines après s'être fiancé il est arrêté en avril 1943 sous l'inculpation de « haute trahison », Bonhoeffer transmet de sa prison de Tegel des belles pages rédigées en cellule. Il emprunte le langage de la poésie pour exprimer la dramatique réalité du prisonnier, et il parvient à nous faire communier intensément avec tous ceux qui croupissent dans « la maison des morts » et « attendent cette heure de minuit » où l'espoir et désespoir s'affrontent dans une lutte épuisante. Bonhoeffer est mis à mort par un commando de S. S. dans le camp de concentration de Flossenbürg en Bavière, peu de temps avant l'arrivée des troupes américaines, le 9 avril 1945.

    Sources biographiques

    bibhttp://www.museeprotestant.org/Pages/Notices.php?scatid=150&noticeid=762&lev=1

    ****************************

    QUI SUIS-JE?


    Qui suis-je? ils me voient
    Sortir de ma cellule
    Avec la sérénité tranquille et forte
    D'un maître qui sort de chez lui.
    Qui suis~je ? Ils me voient
    Parler à mes gardiens
    Avec la liberté cordiale et claire
    D'un chef qui leur commande.
    Qui suis-je? Ils me voient encore.
    Porter les jours de malheur
    Avec l'impassibilité souriante et fière
    D'un vainqueur habitué à vaincre.
    Et moi, que vois-je? Rien que faiblesse méprisable et
    triste ...
    Qui suis-je donc? L'image qu'ils me tendent ?
    Ou celle que me renvoie le miroir de mon seul savoir?
    Impatient, angoissé, malade, tel un oiseau en cage,
    Cherchant de l'air comme quelqu'un qu'on étrangle,
    Appelant des couleurs, des fleurs, des chants d'oiseaux,
    Assoiffé d'une parole ou d'une présence enfin humaines,
    Attendant fébrilement quelque prodige,
    Tremblant d'impuissance pour ceux dont une distance infinie me sépare,
    Fatigué et vide à ne plus pouvoir ni prier, ni penser, ni agir,
    Et prêt à tout laisser dans un vertige de lassitude?
    Qui suis-je? Lequel de ces deux masques de moi-même?
    L'un aujourd'hui, l'autre demain?
    Ou tous les deux dans le même instant? Mensonge aux
    autres,
    Et pour moi ce miroir de faiblesse douloureuse et vile?
    Ou semblable encore à l'armée battue
    Qui recule en désordre alors que la victoire est déjà remportée?
    Qui suis-je? 0 dérision d'un monologue amer.
    Qu'importe, ô Dieu, puisque tu sais que je suis tien!

    été 1944.

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    LA MORT DE MOÏSE (1)

    «Puis L'Éternel lui fit contempler tout le pays» (Deut. 34, 1)

    Tu me donnes la mort sur la haute montagne
    Loin de la bassesse des hommes de la plaine,

    La mort du capitaine, dont le libre regard sonde le large
    Après avoir mené son peuple à la bataille,

    La mort dont les confins obscurs s'illuminent déjà
    Des feux des temps nouveaux.

    Et si désormais la nuit funèbre m'environne,
    De loin je vois pourtant ton salut accompli.

    Terre sainte, j'ai pu te contempler
    Belle et glorieuse comme une fiancée,

    Virginale en ta robe de noce éclatante
    La grâce précieuse est ta parure.

    Laisse mes yeux trop de fois déçus
    Aspirer ta douceur et ta suavité.

    Laisse-moi, avant que mes forces ne défaillent,
    Ah! boire une fois encore aux fleuves de la joie.

    Repos de Dieu, tu viens sur les fidèles
    Comme un soir de fête immense.

    août-septembre 1944.

    (1) Extraits.

     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-10

    Notes


    D. Bonhoeffer, De la vie communautaire, traduit de l'allemand par Fernand Ryser, Paris, Delachaux et Niestlé, «Foi vivante», 1968. À des réflexions évangéliques sur la vie de communauté chrétienne suivent cinq poèmes écrits en prison dont nous reproduisons ici quelques extraits.