• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition

    L'Encyclopédie sur la mort



    Bokar Tierno

    disicile de Tierno Bokar«Au début de ce siècle, à l'est du Mali, au coeur de l'Afrique, dans la région de l'ancien Empire peul du Macina, la lumière de Dieu a brillé sur un homme: Tierno Bokar, que l'on appelait le Sage de Bandiagara» (Éditions du Seuil). Amadou Hampaté Bâ, disciple de Tierno Bokar, avait cosigné en 1957 avec Marcel Cardaire un livre sur la vie et l'enseignement de son maître. En 1980, il a publié cet ouvrage entièrement récrit de sa plume. Nous nous servirons de cet ouvrage pour présenter le récit de la mort du Maître, ce qui donnera des renseignements précieux sur la mentalité musulmane qui entoura le processus du mourir au Mali dans la première moitié du XX° siècle.

    Le récit de la mort du Sage de Bandiagara

    Chaque soir, les maux de tête se faisaient plus intenses. Son visage était enflé, ses traits déformés, mais ses yeux brillants de fièvre gardaient la même douceur. Aucune plainte contre son mal ne sortait de ses lèvres. Néné, sa première épouse, nous confia:
    - Il allait à la mort comme à une fête.
    Quelqu'un proposa d'appeler un guérisseur puisque la science des Européens s'avérait inefficace. Tierno s'y opposa:
    - N'y faites rien. [...]
    Un soir, le 8 ou 9 février 1940, Néné [sa première épouse] vint écouter sur le seuil. Tierno parlait:
    - «Mon Dieu, prends-moi en pleine vie. Tue-moi, arrache-moi à cette existence et recueille-moi dans la mort. Je sais que tu me rendras la vie dès que tu me l'auras prise.»

    [...]

    Néné poussa la natte et entra dans la pièce. Elle s'effondra aux pieds de son époux et fondit en larmes.
    - Non, ne pleure pas, lui dit-il.
    Mais Néné ne pouvait arrêter ses sanglots. Elle ne pouvait pas davantage arrêter ceux qui l'étouffaient en nous rapportant cette scène:
    Aujourd'hui, c'est son corps qui est parti; mais c'est notre âme qu'il a emportée. Son départ nous a plongées dans l'obscurité. Il n'y a plus de lampe dans la maison. La lumière matérielle n'éclaire que les demeures: mais lui, il était la lumière de nos âmes.
    Cette femme avait repris le vocabulaire de son époux.

    [...]

    Lorsque Tierno perdit connaissance, ils pensèrent que la fin était venue. Il ne s'agissait que d'un évanouissement. Le mourant ouvrit les yeux, mais le regard paraissait fuir. Le père de Youssouf, pieux homme, se pencha sur la natte:
    -Tierno, dit-il, prononce la Shahada (1)
    Le maître avait souvent parlé de ces derniers instants de l'homme et il avait toujours dit que si sa langue se paralysait, si sa bouche refusait de s'ouvrir pour prononcer les paroles suprêmes attestant l'existence et l'unicité de Dieu, le croyant pouvait toujours attester silencieusement en touchant sa propre poitrine avec son index, symbole d'unité.
    - Tierno, prononce le Shahada!
    Alors les trois hommes virent le poing droit et l'index tendu de Tierno se portent lentement à la hauteur du coeur: le regard se voîla et, lentement, comme le sable file entre les doigts, la vie s'échappa de ce vieux corps usé, douloureux, misérable. Les trois amis constatèrent la mort.

    [...]

    C'est alors que les voix des femmes s'élevèrent, entamant un choeur spontané en l'honneur du défunt:

    - Tali! Tali! Tali! Tu t'attendais à la venue du jour, tu t'es préparé à ce voyage.
    - Déjà, tu as envoyé devant toi les provisions nécessaires. Devant toi tu ne trouveras que réception honorable.
    - Tu as travaillé en prévision de ce voyage. Tu ne seras pas déçu car une belle réception t'attend.
    - Tu as recueilli l'orphelin, tu as nourri l'affamé, tu as calmé le désemparé, tu as répondu à chaque appel qui te fut adressé.
    - Et toujours, tu as répondu dans la seule intention de plaire à Dieu et à son Prophète, et non pour t'en faire une gloriole.»

    En Islam, on a hâte de rendre à la terre ce qui, quoi qu'on en ait, n'a pas cessé de lui appartenir. Le corps de Tierno, enveloppé d'un linceul, fut déposé sur le brancard des morts. Conformément à la tradition, on demanda à ses femmes de venir pardonner à leur mari les offenses qu'il aurait pu commettre envers elles de son vivant. Mais elles répondirent:

    - C'est à nous de lui demander pardon. C'est nous qui l'avons fait souffrir. [...]

    [...]

    Ainsi, Tierno Bokar fut enfoui dans la terre aux pieds de sa mère, sous l'arbrisseau, comme il l'avait prédit un jour. Bandiagara prit le deuil* pendant trois jours sur l'ordre de la chefferie locale. Les esprits se troublèrent alors. Où est la vérité? Les amis du défunt reçurent quelques visites, qui allèrent en se multipliant. Des gens venaient demander le pardon de Tierno à ses amis. Et Tierno recommençait à vivre...


    NOTES
    1. «Je témoigne qu'il n'y a pas d'autre dieu qu'Allah et que Muhammad est son messager».

     

    IMAGE

    disiciple de Tierno Bokar

    africultures.com

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-16
    Loading

    Notes

    Amadou Hampaté Bâ, Vie et enseignement de Tierno Bokar, Le sage de Bandiagara, Paris, Seuil, «Sagesses», 1980.

    Documents associés