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    L'Encyclopédie sur la mort



    Baader-Meinhof

     

    La bande à Baader, mouvement clandestin de guérilla urbaine, né en 1970 en Allemagne de l’Ouest, se fit appeler Roten Armee Fraktion (raf) en référence à l’Armée rouge japonaise (Rengo Serikun). Si l’avocat Horst Mahler en fut l’organisateur et le théoricien principal, le groupe est surtout connu par le public sous le nom de deux de ses membres, Andreas Baader et Ulrike Meinhof. La lutte que la bande mena était dirigée contre l’impérialisme américain, contre l’État autoritaire et fasciste, contre le capitalisme et la société de consommation et contre la guerre du Viêtnam. Sa stratégie était de répondre à la violence des institutions par la résistance armée. Plusieurs membres de la bande reçurent un entraînement chez les feddayins en Palestine. Se déplaçant d’une ville à l’autre dans la clandestinité, ils semèrent la panique dans la population et paralysèrent pour une bonne part l’action des autorités à cause de l’appui dont ils jouirent dans les milieux intellectuels de gauche, en Allemagne et à l’extérieur du pays. En juin 1972, le commando de la raf fut arrêté. Holger Meins mourut en prison le 11 novembre 1974 à la suite d’une grève de la faim prolongée. Les autres comparurent devant un tribunal de Stammheim à Stuttgart et furent accusés d’avoir posé des bombes à retardement causant la mort de quatre militaires américains, du meurtre d’un policier, de tentative de meurtre contre cinquante-cinq personnes, de vol et d’association de malfaiteurs. Ulrike Meinhof* se suicida dans sa cellule durant le procès, le 9 mai 1976. Baader*, Ennslin* et Raspe* furent condamnés à la réclusion à perpétuité le 28 avril 1977. Puis, les événements se suivirent à un rythme accéléré. Le 5 septembre 1977, d’autres membres de la raf prirent en otage Hans Martin Schleyer (1915-1977), président de la fédération du patronat allemand et réclamèrent la libération de onze membres de la raf parmi lesquels Baader. Le 13 octobre, des terroristes arabes détournèrent un avion de la Lufthansa de Majorque à destination de Francfort, avec à bord quatre-vingt-deux passagers et cinq membres de l’équipage, réclamant eux aussi la libération de onze membres de la raf. Le 18 octobre, à Muqdisho, capitale de la Somalie, les otages furent libérés, tandis que le même jour, Baader, Ennslin et Raspe furent trouvés morts dans leur cellule à Stuttgart. Le cadavre de Schleyer fut découvert le lendemain dans le coffre d’une voiture. Le décès des trois terroristes fut officiellement rapporté comme un suicide.

    Dans son livre La bande à Baader (Paris, Fayard, 1977), Jillian Becker fournit un récit détaillé des événements de ces «années de plomb» (titre d’un film de Margarethe von Trotta inspiré de la vie des sœurs Ennslin, 1981). Le titre original de son livre est Hitler’s Children («Les enfants de Hitler»), en d’autres mots, les enfants qui se révoltent d’abord pacifiquement contre le «crime des pères», perpétré durant la période douloureuse du Troisième Reich, et qui tombent malheureusement dans la terreur d’un «fascisme de gauche». Jürgen Habermas considère cette jeunesse comme «une génération sans père», non seulement à cause de tous les hommes partis pour la guerre ou morts sur le front, mais aussi à cause de tous ces hommes engagés dans le «miracle économique» et n’ayant pas le temps de s’occuper de leurs familles. L’auteur ne reconnaît plus dans Marcuse, dont ces jeunes se réclament, ni l’homme honnête et courageux, charmant et discret qu’il a connu, ni le philosophe qui, à Santa Barbara, en Californie, devant l’étendue suggestive de l’océan, s’écria: «Comment se peut-il qu’il y ait encore des gens qui refusent l’existence des idées?» (J. Habermas, Antworten auf Herbert Marcuse [«Réponses à H. M.»], Francfort, Suhrkamp Verlag, 1968, p. 15). Effectivement, lors de ses conférences à l’université libre de Berlin en juillet 1967 et en mai 1968, les étudiants reçoivent de Marcuse un appui théorique et modéré. À un étudiant qui lui demande: «Quelles sont les forces matérielles et intellectuelles qui peuvent transformer la société?», l’auteur de l’Homme unidimensionnel répond: «La classe ouvrière ne porte plus en elle la négation des besoins régnants. En ce qui concerne maintenant les forces de transformation elles-mêmes […], tout ce que je peux faire est d’indiquer où sont potentiellement les forces qui militent pour une transformation radicale du système. […] Il existe des forces négatives dans le capitalisme avancé lui-même, aux États-Unis et aussi en Europe — et je ne crains pas de nommer à nouveau l’opposition des intellectuels, particulièrement des étudiants» (La fin de l’utopie, Neuchâtel et Paris, Delachaux-Niestlé et Seuil, «Combats», 1968, p. 18-19). Les étudiants plus radicaux ont trouvé son exposé «superficiel», «doctoral» et «romantique». Ils n’ont certainement pas pu apprécier son avertissement: «Partout où la terreur révolutionnaire dégénère en actes de cruauté, de brutalité, on admet la torture, il y a une perversion de la révolution» (p. 69).

    Dans The Legends of Rita (Les trois vies de Rita Vogt, 2001), le cinéaste Volker Schlöndorff s’inspire du récit autobiographique Nie War ich Furchtloser («Je n’étais pas sans peur») d’Inge Viett. Inge, née en janvier 1944, institutrice d’école maternelle, arrêtée le 9 septembre 1975, inculpée de vol à main armée de banques et de l’enlèvement de Peter Lorenz, s’est évadée de la prison de Berlin en 1976 et a vécu dans l’anonymat, comme une ouvrière modèle, dans l’Allemagne de l’Est jusqu’à la chute du mur de Berlin. Arrêtée par la police ouest-allemande, elle écrit son autobiographie en prison. Elle fut libérée en 1996, à l’âge de 55 ans.

    Libérée en 1979 et établie maintenant en Uruguay, Margrit Schiller (née en 1943) a hébergé Ulrike Meinhof, Andreas Baader, Gudrun Ennslin et Jan Carl Raspe dans son appartement à Heidelberg. Elle raconte ses souvenirs dans Es War ein Harter Kampf um Meine Erinnerung. Ein Lebenbericht aus der RAF («Ce fut une dure lutte pour ma mémoire. Récit de ma vie dans la raf») (B. Pätzold, «D’anciens terroristes allemands prennent la parole», Le Monde diplomatique, mars 2001, p. 31).

     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-05