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    L'Encyclopédie sur la mort



    Astapa

    Estepona )AstapaAstapa, Estepa la Vieja, ville de la Bétique (Andalousie), sur les confins des Bastuli Paeni. Ses habitants, assiégés par les Romains dans la 2e guerre punique, se brûlèrent eux-mêmes plutôt que de se rendre (206 av. J.-C.).

    Le récit de cet événement par Tite-Live

    XXII. Cependant la guerre était vivement poussée par les lieutenants de Scipion. Marcius ayant passé le Bétis, que les indigènes appellent Certis, reçut sans coup férir la soumission de deux cités puissantes. Astapa avait toujours, suivi le parti des Carthaginois; mais c'était moins cette fidélité qu'on lui reprochait que la haine implacable qui l'animait contre les Romains, et qui n'était point justifiée par les nécessités de la guerre*. Et cependant la ville n'avait point une position ni des remparts assez forts pour inspirer tant d'audace aux habitants. C'était un goût naturel pour les brigandages qui les poussait sur les terres de leurs voisins, alliés de Rome, et qui leur faisait surprendre les soldats, les valets d'armée ou les marchands égarés. Ils avaient même attaqué un convoi considérable qui traversait le pays sous bonne escorte, pour plus de sûreté , et, l'ayant enveloppé dans une position défavorable, ils l'avaient massacré. Quand l'armée parut sous leurs murs pour les assiéger, la conscience de leurs crimes leur fit sentir qu'une capitulation ne désarmerait pas le juste ressentiment des Romains. N'espérant point sauver leur vie derrière leurs murs ou à l'aide de leurs armes, ils imaginèrent contre eux-mêmes et contre les leurs un horrible, un épouvantable forfait. Ils choisirent une place dans leur forum pour y entasser les objets les plus précieux, firent asseoir sur ce monceau leurs femmes et leurs enfants, élevèrent à l'entour un bûcher, et y jetèrent des faisceaux de bois sec. Cinquante jeunes gens bien armés furent chargés de veiller, tant que l'issue du combat serait douteuse, sur ce lieu qui renfermait et leurs trésors et les personnes qui leur étaient plus chères que tous leurs trésors. Si la fortune se déclarait contre eux et que la ville fût sur le point d'être prise, ils pouvaient être sûrs que tous ceux qu'ils voyaient marcher au combat auraient trouvé la mort sur le champ de bataille. «Ils les priaient donc au nom des dieux du ciel et des enfers, au nom de cette liberté*, qu'il leur faudrait perdre en ce jour par une mort honorable ou par une honteuse servitude, de ne laisser aucun des objets sur lesquels pût s'exercer la fureur de l'ennemi. Ils avaient à la main le fer et le feu : il valait mieux que des mains amies et fidèles détruisissent tout ce qui devait périr que de le livrer à l'orgueil insultant du vainqueur.»

    A ces exhortations se joignirent des imprécations effroyables contre ceux qui, par trahison ou par faiblesse, chancelleraient dans leur résolution. Alors ils ouvrirent les portes et sortirent au pas de course, avec un grand bruit. Aucun poste ne fut assez fort pour les arrêter; on ne s'attendait à rien moins qu'à cette audacieuse sortie. Quelques escadrons de cavalerie et les troupes légères, lancés tout à coup hors du camp pour leur tenir tête, se présentèrent devant eux; un combat violent s'engagea avec plus d'impétuosité et d'ardeur que d'ordre et de tactique; aussi, la cavalerie, qui la première avait abordé l'ennemi, fut repoussée et répandit l'effroi parmi les troupes légères. Le combat se serait porté jusqu'au pied des retranchements, si la masse des légions, prenant à la hâte ses rangs, ne se fût mise en bataille. Là aussi il y eut un moment de désordre , causé par l'aveugle fureur et l'audace insensée d'un ennemi qui se précipitait au-devant des blessures et des coups; mais les vieux soldats, opposant le sang froid à une témérité fougueuse, arrêtèrent, par le massacre des premiers, l'élan de ceux qui les suivaient. Peu après ils voulurent marcher en avant, mais comme l'ennemi ne reculait point, résolu de mourir à son poste, ils ouvrirent leurs rangs, ce que leur rendait facile leur grand nombre, enveloppèrent les ailes des assaillants, et, formant un cercle autour d'eux, les tuèrent tous jusqu'au dernier.

    XXIII. Toutefois c'était là le fait d'un ennemi irrité, dans la chaleur du combat, usant du droit de la guerre contre des hommes armés qui lui opposaient de la résistance; mais un plus épouvantable carnage avait lieu dans la ville; des femmes et des enfants, troupe faible et désarmée, étaient égorgés par leurs concitoyens, et jetés, la plupart encore vivants, sur le bûcher allumé dont les ruisseaux de sang éteignaient la flamme naissante. Fatigués enfin de cet odieux massacre, les meurtriers eux-mêmes se précipitèrent tout armée au milieu de l'incendie. Déjà le carnage était consommé, lorsque les Romains vainqueurs arrivèrent. A la vue d'un si affreux spectacle , ils restèrent quelque temps immobiles d'horreur; mais l'or et l'argent, qui brillaient au milieu de ces monceaux embrasés, excitèrent en eux cette cupidité naturelle au coeur de l'homme. En voulant dérober ces trésors aux flammes, les uns furent consumés par le feu , les autres à demi-brûlés par les vapeurs ardentes: car les premiers arrivés ne pouvaient reculer, pressés qu'ils étaient par une foule immense. Ainsi Astapa, sans avoir été pillée par le soldat, fut détruite par le fer et le feu. Marcius reçut la soumission des autres villes de cette région, qu'il avait terrifiées, et ramena son armée victorieuse à Carthagène, auprès de Scipion. A cette époque, des transfuges arrivèrent de Gadès, et promirent de livrer la ville, la garnison carthaginoise, le commandant et la flotte. C'est dans cette ville que Magon s'était arrêté dans sa fuite : il y avait rassemblé des vaisseaux sur l'Océan, il avait tiré quelques renforts de la côte d'Afrique , au delà du détroit, et obtenu par l'entremise d'Hannon quelques auxiliaires des pays d'Espagne les plus voisins. Scipion reçut les serments des transfuges, et leur engagea sa parole; puis il fit partir pour Gadès Marcius , à la tête de cohortes légères, et Lélius avec sept trirèmes, une quinquérème, leur enjoignant de concerter leurs opérations par terre et par mer. (Tite-Live, Histoire romaine, XXVIII, 22-23)
    http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre28.htm

    Commentaire

    Dans «Sagonte, Iliturgi, Astapa: trois destins tragiques vus de Rome», Agnès Pelletier établit un parallélisme entre les événements: ceux d'Apasta, Sagonte* et Iliturgi, trois cités de l'île hybérique assiégées par l'ennemi dont le but est de détruire à jamais leur mémoire. Voici deux courts extraits de cet article:

    «218 av. J.-C.: les habitants de Sagonte, suivant en cela l'exemple des primores de la ville, se suicident et brûlent leurs richesses; après un siège de huit mois, ils refusent de se rendre à Hannibal*. 206 a. J.-C. : pour avoir trahi leur «alliance» avec les Romains en en livrant quelques-uns aux Carthaginois après le désastre et la mort des deux Scipions, les Iliturgitani sont assiégés, massacrés et leur capitale rasée par le futur Africain; peu de temps après enfin, la population d'Astapa. dont le tort était d'avoir toujours soutenu Carthage, choisit de mourir au combat ou par le suicide, plutôt que de se soumettre aux Romains.»

    [...]

    «Non, rien ne permet de dire que le suicide était alors un comportement typiquement hybérique, et si Tite-Live rappelle, lors du suicide des Abyédens, la folle rage sagontine», c'est davantage parce que l'histoire de Sagonte est restée dans les mentalités collectives romaines comme une dangereuse erreur politique, voire comme une page sombre de l'histoire des relations avec ses alliés, que parce qu'une telle mort collective est d'abord hispanique et avant tout agontine. L'originalité et l'apport des trois récits analysés ici n'est donc pas dans le type de mort adopté par deux des trois cités concernées - pourquoi la troisième n'aurait-elle pas fait de même ? - mais plutôt dans la volonté des habitants de Sagonte, d'Astapa, mais aussi d'Iliturgi à la fois de ne livrer aucun butin et de rester maîtres de leur vie en choisissant leur mort. Les deux vont effectivement ensemble et le feu est leur lien. À Sagonte et Astapa, le scénario de la mort collective est similaire et les dieux sont présents: ici, on évoque des dieux infernaux; là, les dieux Pénates de chaque maison assistent à la mort. En revanche, aucun suicide à Iliturgi: les habitants s'en remettent à Mars, refusent la servitude et sont décidés à combattre jusqu'au bout. Cette mort volontaire, sous le fer ennemi, les combattants de Sagonte et Astapa la "réclament" et l'obtiennent aussi. Dans la description épique tout autant que la dramatique du massacre des habitants encore debout d'Iliturgi, Tite-Live ne fait finalement que tenter de récupérer ce qui échappe totalement à Rome, à savoir la maîtrise des populations peut-être sur le terrain, mais restées indépendantes dans leurs comportements et mentalités. [...] Dele memoriam, c'est-à-dire arrêter l'Histoire, maîtriser le temps par la mort: c'est la conséquence du suicide collectif; c'est le traitement que Rome fait subir aux habitants d'Iliturgi, reconnaissant donc implicitement que leur mort équivaut elle aussi à un suicide collectif.»

    ( Agnès Pelletier, Mélanges de la Casa de Velsquez, 1987, vol. 23, n° 23, p. 107-124)
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/casa_0076-230x_1987_num_23_1_2486

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    2012

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-03
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