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    Amants de Lyon (1770)

    Selon Georges Minois, «la certitude d’un avenir malheureux vient s’ajouter à la force de la passion pour déclencher l’un des plus célèbres suicides romantiques du siècle» (Histoire du suicide, p. 308). Rousseau* écrit les vers suivants, à propos de ce suicide d’accompagnement*: «La simple piété n’y trouve qu’un forfait./Le sentiment admire, et la raison se tait.» Il s’en inspire pour introduire dans La nouvelle Héloïse les lettres de Saint-Preux en faveur du suicide et de Milord Édouard, contre le suicide. Voici le récit de ce fait divers tel que rapporté par Georges Minois à partir de l’Histoire tragique des amours de Thérèse et de Faldoni (1771): «Le maître d’armes Faldoni est persuadé de l’imminence de sa mort par ses médecins. La jeune fille, qu’il aime et dont il est aimé, déclare qu’elle ne lui survivra pas. Les deux amants décident de se tuer dans une mise en scène romantique: dans une chapelle, liés par le bras gauche avec chacun un pistolet braqué sur le cœur, un ruban attaché à la gâchette et relié à leur lien de façon à faire partir le coup au premier mouvement» (p. 308).

     

    «Les amants d'Irigny. Un double suicide en 1770» (

     

    http://www.visseaux.org/amants1.htm) abonde de détails historiques de cet événement qui a pu toucher si fort les fibres de la sensibilité populaire. Nous empruntons à cet article, fort bien documenté, quelques données importantes sur les mobiles du couple suicidaire et sur la réception de ce double acte fatal, non seulement par le grand public, mais aussi dans le monde littéraire et artistique.

    Données historiques
    Le 30 mai 1770, Gian Faldoni (32 ans) et Marie Lortet (19 ans) se suicidaient ensemble dans la chapelle de Selettes, dans la commune d'Irigny (Rhône). Marie ou Thérèse Lortet vivait avec ses parents, Pierre Meunier dit Lortet (ou Lortet dit Meunier) et Claudine Girardin qui tenaient à Lyon l'Hôtel de Notre-Dame-de-Pitié. Gian Faldoni, d'origine italienne et maître d'armes, était connu comme l'un des meilleurs tireurs de son temps. Il avait notamment battu à Paris Joseph Boulogne, Chevalier de Saint-Georges, au cours d'un combat auquel assistait Louis XV ainsi que toute la cour. À la suite de cette victoire, il avait obtenu du Roi l'autorisation d'ouvrir une salle d'armes à Lyon. Il s'installa à l'Hôtel de Notre-Dame-de-Pitié où il tomba amoureux de Thérèse qui répondit volontiers à cet amour naissant. Le père de Thérèse s'y opposa. À la suite d'un effort violent effectué lors d'un exercice, Faldoni fut victime d'un accident vasculaire cérébral dont le pronostic établi par les médecins semblait fort sombre: il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre.

    Dans le Journal Encyclopédique de juin 1770, on peut lire un article, intitulé «Double meurtre entre amant et maîtresse»: «Dans un moment d'abandon et de détresse, il lui fait répéter plusieurs fois que sans lui la vie lui serait odieuse, alors tirant de sa poche un flacon, "c'est du poison", dit-il et il l'avale. Son amante éperdue lui arrache le reste et le boit avec avidité. Alors il lui avoue qu'il n'a voulu qu'éprouver son amour et son courage.»

    Leur suicide étant décidé, Faldoni feint de suivre les conseils de ses amis qui l'enjoignaient d'aller se reposer à la campagne. De son côté, Thérèse demande à ses parents l'autorisation se se retirer dans leur résidence secondaire d'Irigny, sur les bords du Rhône, résidence appartenant aux Pères Jésuites et louée à la famille Lortet. Faldoni ira l'y retrouver en apportant deux pistolets. Thérèse écrit à sa mère une lettre pour lui faire ses adieux*. Après avoir éloigné les domestiques, les deux amants s'enferment dans la chapelle de la maison. Ils se lient ensemble par le bras gauche avec un ruban dont chacune des extrémités est attachée à la détente de deux pistolets. Puis s'étant agenouillés au-devant de l'autel et ayant chacun appuyé leur pistolet sur le coeur, à la même seconde en tirant ensemble sur le ruban, ils se donnent mutuellement la mort. La mère de Thérèse arriva trop tard et découvrit les deux corps, «Thérèse les yeux bandés avec un mouchoir, ledit Faldoni la tête couverte du coin de sa redingote.»

     

    L'inhumation eut lieu à Irigny le 30 mai 1770.

     


    Le Journal Encyclopédique conclut: «Ce misérable, qui a entraîné à un si cruel sacrifice* une victime* digne d'un meilleur sort, avait trente ans, et son amante à peine vingt. Cette scène tragique a transpiré, et la justice a été envoyée sur les lieux pour faire exhumer ces deux cadavres.»

    Répercussions littéraires
    Jean-Jacques Rousseau,

     

    auteur de Julie ou la Nouvelle Héloïse, trouva sans doute un écho troublant à son oeuvre dans ce fait divers qui le toucha d'autant plus que, dans le passé, il

     

    avait logé,

     

    à plusieurs reprises,

     

    chez les parents Lortet à l'Hôtel Notre-Dame-de-la- Pitié où il avait donc dû connaître Thérèse.

     

    Il écrit l'épitaphe suivante:

    «Ci-gisent deux amants, l'un pour l'autre ils vécurent
    L'un pour l'autre ils sont morts et les lois en murmurent
    La simple piété n'y trouve qu'un forfait
    Le sentiment admire et la raison se tait.»

    Marqué lui aussi par ce double suicide, Voltaire* ajoutera, dans son Dictionnaire Philosophique, à la suite de l'article «de Caton et du suicide» un chapitre intitulé «Précis de quelques suicides singuliers»:

    «Voici le plus fort de tous les suicides. Il vient de s’exécuter à Lyon, au mois de juin 1770. Un jeune homme très connu, beau, bien fait, aimable, plein de talents, est amoureux d’une jeune fille que les parents ne veulent point lui donner. Jusqu’ici ce n’est que la première scène d’une comédie, mais l’étonnante tragédie va suivre. L’amant se rompt une veine par un effort. Les chirurgiens lui disent qu’il n’y a point de remède: sa maîtresse lui donne un rendez-vous avec deux pistolets et deux poignards afin que si les pistolets manquent leur coup, les deux poignards servent à leur percer le coeur en même temps. Ils s’embrassent pour la dernière fois; les détentes des pistolets étaient attachées à des rubans couleur de rose ; l’amant tient le ruban du pistolet de sa maîtresse; elle tient le ruban du pistolet de son amant. Tous deux tirent à un signal donné, tous deux tombent au même instant. La ville entière de Lyon en est témoin. Arrie et Pétus, vous en aviez donné l’exemple; mais vous étiez condamnés par un tyran, et l’amour seul a immolé ces deux victimes.On leur a fait cette épitaphe:

    A votre sang mêlons nos pleurs,
    Attendrissons-nous d’âge en âge
    Sur vos amours et vos malheurs;
    Mais admirons votre courage.

    Voltaire écrivait à un ami, le 30 juillet : «Ils se tuent tous les deux en même temps, cela est plus fort qu'Arrie et Petus. La justice n'a fait aucune infamie de l'affaire, cela est rare.»

    Pascal de Lagouthe écrit Luzzile ou la force de l'amour, drame en 5 actes et en vers, joué à Paris et à Londres en 1776. En 1783, le poète créole de la Guadeloupe Nicolas-Germain Léonard (1744-1793) publia un roman intitulé Lettres de deux amants, habitants de Lyon, contenant l'histoire de Thérèse et de Faldoni où ses souvenirs personnels d'un amour perdu mêlaient leur mélancolie* à celle des deux protagonistes, ce qui suscita quelques critiques déplorant la déformation de certains éléments importants de l'histoire d'origine. Ce roman a été rééditée aux Éditions Horvath à Lyon en 1994.

     

    En 1809,

     

    Jean-Baptiste Augustin Hapdé (1774-1839) composa un mélodrame en 3 actes intitulé Thérèse et Faldoni ou le délire de l'amour. Cette pièce, créée au Théâtre des Célestins à Lyon, fut reprise à l'Odéon de Paris en 1812 sous le titre Célestine et Faldoni ou les amants de Lyon - drame historique. Outre le changement du prénom de l'héroïne, Hapdé modifia la fin de sa pièce: Faldoni seul rend le dernier soupir tandis que son amante tombe dans un évanouissement trop violent pour ne pas laisser supposer une mort prochaine. «Meurt-elle, ne meurt-elle pas avec son cher Faldoni?, lit-on dans le Journal des Débats, [,,,] Si toutes les femmes qui s'évanouissent mouraient, une grande mortalité régnerait sur le sexe.» Certaines critiques mirent en doute la légitimité de l'utilisation de l'anévrisme de Faldoni exerçant sur l'action une influence capitale. Hapdé jugea alors bon de mettre en tête de sa brochure, à la suite du récit de l'histoire vraie des deux amants, une définition de l'anévrisme empruntée au Dictionnaire de Médecine.

    L' écrivain français Jean-Pierre Louis marquis de Fontanes, communément appelé Louis de Fontanes (1757 -1821), futur ami de Châteaubriand, rédigea en 1792 ce poème:

    «Thérèse et Faldoni! Vivez dans la mémoire;
    Les vers doivent aussi consacrer votre histoire.
    Héloïse, Abélard, ces illustres époux,
    Furent-ils plus touchants, aimaient-ils mieux que vous?
    Comme eux, l'amour en deuil à jamais vous regrette;
    Qu'il console votre ombre, et vous donne un poète!»











     

    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-18
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