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Cette encyclopédie est basée sur une série d'ouvrages publiés par Éric Volant aux Éditions Liber.

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Mort biologique (Critères pour une définition)
Nous empruntons à Louis-Vincent Thomas les critères d'une définition de la mort tels qu'ils se présentaient vers l'an 2000:

«La quête des critères du mourir biologique opère un glissement des signes sensoriels impressionnistes aux procédés techniques sophistiqués. Hier on se contentait de constater l'arrêt du pouls et du coeur, la cessation de la respiration repérée à l'aide d'un duvet ou d'un miroir placé devant la bouche, le manque de réactions aux stimuli d'ordre sensoriel, la mydriase bilatérale, l'atonie et l'aréflexie...

De l'impressionnisme au scientifique et au métaphysique

Aujourd'hui, on parle d'électro-encéphalogramme plat et isoélectrique répété durant 36 heures (72 pour certains); [...] ou encore de tracé plat de l'électronystagramme, de la disparition du mouvement oculaire [,,,], de l'arrêt circulatoire attesté par des artériographes carotidiennes et vertébrales. On adjoint, le cas échéant, à ces tests le scanning cérébral, l'injection intrathécale de RISA, la mesure de la pression intracrânienne ou du débit cérébral, et de la température cérébrale qui doit être inférieure à celle du rectum. Seule la cummulation de tous ces repères définit à coup sûr la réalité de la mort. L'examen de la rigidité cadavérique, des lividités et du refroidissement ainsi que certaines interventions du laboratoire [...] aident à définir l'heure malgré tout approximative du passage de la vie à trépas. (1) Tout se passe comme si le primat de la science et de la technique ne faisait que rendre encore plus incertaine la réalité du mourir... Et comme si la mort n'était rien d'autre que l'ensemble des critères techniques par lesquels on décide qu'elle est là.

Dans l'état actuel du savoir, la mort du cerveau (peu importe qu'elle précède ou suive l'arrêt du coeur) demeure l'indice le plus probant d'un décès véritable, au triple plan médical, juridique et religieux; elle reste liée au coma dépassé qui conjoint l'abolition totale et définitive des fonctions végétatives et des fonctions de relation. Cette nouvelle définition de la mort, note Léon Schwartzenberg, n'est ni médicale, ni biologique, ni même scientifique, ce qui peut surprendre»(2).

Les nouvelles frontières de la mort: débats actuels

En 2008, dans le chapitre II de La société postmortelle, Céline Lafontaine démontre que «la mort apparaît désormais comme le point final d'un processus complexe aux contours fragiles et changeants»:

La mort devient multiple et plurielle. «Il suffit de penser aux techniques de réanimation cardiaque, au respirateur artificiel ou encore à la greffe d'organes pour saisir l'élasticité actuelle de ses frontières. Cette fluctuation ne concerne pas uniquement la délimitation du moment final, mais aussi celle du lieu central de l'inscription corporelle de la mort, lequel se modifie à travers l'histoire, passant des poumons (souffle) au coeur pour finalement se loger dans le cerveau.» (C. Lafontaine, op. cit., p. 70)

C. Lafontaine estime que Michel Foucault a exprimé de façon magistrale le renversement historique du rapport à la mort: «La mort est donc multiple et dispersée dans le temps: elle n'est pas ce point absolu et privilégié à partir duquel le temps s'arrête pour se renverser, elle a comme la maladie elle-même une présence fourmillante que l'analyse peut répartir dans le temps et dans l'espace: peu à peu, ici ou là, chacun des noeuds vient à se rompre jusqu'à ce que cesse la vie organique, au moins dans ses formes majeures, puisque longtemps encore après la mort de l'individu, des morts minuscules et partielles viendront à leur tour dissocier les îlots de vie qui s'obstinent.» (3)

«La redéfinition biomédicale des frontières de la mort, écrit C. Lafontaine, est en effet étroitement liée aux avancées technologiques. L'assimilation de la mort à un processus [...] s'accompagne donc d'une incertitude grandissante quant au statut du mourant. Situé dans un non-lieu entre la vie et la mort, ce dernier occupe un espace social hautement technisé où l'individualité corporelle tend à être dissociée de la subjectivité. De l'état comateux et de ses multiples définitions médicales jusqu'à la notion de coma dépassé, cette zone de non-lieu soulève, comme on le verra, des questions d'ordre éthique, politique et juridique.» (op. cit,, p. 73)

C. Lafontaine note que, dans son ouvrage Twice Dead, Margaret Lock, fait ressortir les liens profonds qui existent entre la représentation de la mort et la conception de la subjectivité: «Qu'est ce qu'une personne humaine? Quel est le lien entre un individu et son corps? Quand une personne cesse-t-elle réellement d'exister? Les débats entourant la reconnaissance de la mort cérébrale démontrent qu'il n'existe pas de réponse universelle à ces questions, que les frontières de la mort, comme celles de la subjectivité, sont culturellement construites et historiquement instituées. Ainsi, non seulement la notion de mort cérébrale est indissociable de la logique instrumentale propre à l'Occident moderne, mais la représentation de la subjectivité humaine qu'elle sous-tend se rattache à l'héritage du dualisme chrétien.» (op. cit., 81-82)

Le concept de mort cérébrale est indissociable de la conception du cerveau en termes d'organe de contrôle de la subjectivité humaine. Elle cite M. Lock: «La tête - l'enveloppe de l'espit (mind), de l'âme, du cerveau ou de l'ordinateur qui met constamment au défi la science - est comprise aujourd'hui comme le centre de contrôle du corps. Le noyau de l'individualité s'est déplacé vers le haut, et c'est lorsque ce noyau est irrévocablement endommagé que la mort survient.» (4)

En 2010
Le corps médical n'a toujours pas de vision claire et consensuelle de ce que c'est précisément la mort d'un individu. Ainsi, l'Inde et le Royaume-Uni acceptent officiellement la seule destruction du tronc cérébral comme un état de mort, alors que les médecins des autres pays occidentaux, dont la France, la réfutent. «Comment pourrais-je considérer comme mort un patient, qui certes, n'est pas conscient et qui est condamné, mais qui rêve peut-être, et dont la personnalité et le centre des désirs sont encore intacts?», s'interroge Pierre Marsolais, médecin réanimateur à l'hôpital du Sacré-Coeur à Montréal, Canada.

Certains médecins s'interrogent sur le caractère irréversible de la mort de patients en arrêt cardiaque persistant sur qui il est autorisé d'effectuer des prélèvement d'organes. Ces donneurs ne sont plus en état de mort encéphalique, mais en état de mort par arrêt cardiaque. Les techniques de réanimation ont appris aux médecins qu'il n'est pas si évident de détecter des signes de vie ou non. «Une équipe peut effectuer un massage cardiaque pendant trente minutes sans succès, et déclarer le patient mort. Ou bien une autre équipe prendra le relais et parviendra à faire revenir le patient à la vie», selon Dr Pierre Marsolais (consulter l'article d'Isabelle Cuchet, «Un instant toujours plus insaisissable», Science & Vie, Hors série, 248, septembre 2009, p. 56-63).

Notes
(1) Cela vaut bien sûr au plan scientifique et à la limite. Concrètement il n'y a aucune incertitude empirique sur la réalité de la mort et l'éventualité d'être enterré vivant. C'est un fantasme universel et un risque quasiment nul.
(2) Léon Schwartzenberg, Requiem pour la vie, Paris, Le Pré aux Clercs, 1985.
(3) Michel Foucault, Naissance de la clinique, Paris, PUF, «Quadrige», 2005, p.144-145.
(4) Margaret Lock, Twice Dead. Organ Transplants and the Reinvention of Death, Berkeley, University of California Press, 2002, p. 199 (traduction libre de C. Lafontaine).
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Sources : « Louis-Vincent Thomas ou l'Occident revisité». Frontières, 11, 1, 1998, p. 16-17.
(Reproduit avec l'autorisation de la revue Frontières).

Céline Lafontaine, La société postmortelle. La mort, l'individu et le lien social à l'ére des technosciences, Paris, Seuil, 2008. p. 69-96.

Isabelle Cuchet, «Un instant toujours plus insaisissable», Science & Vie, Hors série, 248, septembre 2009, p.
56-63).
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