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Dossier
Paul Valéry
Biographie en résumé
Écrivain français (1871-1945)

Portrait du poète par Léon-Paul Fargue

«C'était un homme plutôt petit, mais grand de partout. Il apparaissait, il se taillait une place, non qu'il l'eût désirée (car c'était le plus royalement modeste des hommes), mais par son seul rayonnement, par les poids de sa propre personne pensante. Il était petit, mais «il se voyait», comme on voit dans une Galerie un tableau célèbre. Mais je ne puis mieux le comparer qu'à une note juste. Il était fait pour comprendre, et il comprenait toujours là où il se trouvait. Et tout, chez lui, était sur le même plan; ainsi, il avait peu de voix et semblait peu destiné à des conférences, presque le contraire de l'orateur. Et cependant on l'écoutait plus qu'aucun autre, parce que sa voix, au-delà des «charmes», si j'ose ce mot après lui, possédait les mêmes vertus que son corps. Elle était la voix d'un homme au fait. La voix d'un homme dont la bêtise n'était pas le fort. Je l'entends encore proconçant diverses choses, aujourd'hui vieilles comme les tombes, mais jeunes commes les oiseaux. Il avait cette voix qui demeure et qu'on retrouve dans le lit pierreux des rêves, où, là encore, elle fait autorité. Son visage, pourtant aussi riche en signification qu'un palimpseste, aussi frappant que le tronc connu de quelque arbre centenaire et vénéré, son visage recuit, modelé, raboté, doux, homérique, parisien, méditerranéen, scientifique, savoureux, n'attirait l'attention qu'au bout de quelques minutes, mais je pourrais dire de quelques secondes. On voyait d'abord la silhouette come furtive dans sa précision, comme prudente dans ces certitides. Puis l'on s'avisait avec stupeur du commandement de cette silhouette au sommet de la machine admirable. L'oeil bleu sous l'arcade sourcilière questionneuse... une fleur de bourrache, disait Anna de Noailles. Mais plutôt qu'à des yeux, l'on pensait «système optique», comme chez certains oiseaux, chez certains insectes, la libellule, par exemple...»


Paul Valéry (ca 1945)
Source : Library of Congress, Prints and Photographs Division, New York World-Telegram and the Sun Newspaper Photograph Collection
Numéro de reproduction : LC-USZ62-119127

Vie et œuvre
Dans cet extrait d'une conférence donnée à Paris le 15 février 1934, sous le titre de Inspirations méditerranéennes, Paul Valéry évoque son enfance à Sète en mettant l'accent su la mer, le port...et la lumière:

«Je suis né dans un port de moyenne importance, établi au fond d'un golfe, au pied d'une colline; dont la masse de roc se détache de la ligne générale du rivage. Ce roc serait une île si deux bancs de sable - d'un sable incessamment charrié et accru par les courants marins qui, depuis l'embouchure du Rhône, refoulent vers l'ouest la roche pulvérisée des Alpes - ne le reliaient ou ne l'enchaînaient à la côte du Languedoc. La colline s'élève donc entre la mer et un étang très vaste, dans lequel commence - ou s'achève le canal du Midi. Le port qu'elle domine est formé de bassins et des canaux qui font communiquer cet étang avec la mer.

Tel est mon site originel, sur lequel je ferai cette réflexion naïve que je suis né dans un de ces lieux où j'aurais aimé de naître. Je me félicite d'être né en un point tel que mes premières impressions aient été celles que l'on reçoit face à la mer et au milieu de l'activité des hommes. Il n'est pas de spectacle pour moi qui vaille ce que l'on voit d'une terrasse ou d'un balcon bien placé au-dessus d'un port. Je passerais mes jours à regarder ce que Joseph Vernet, peintre de belles marines, appelait les différents travaux d'un port de mer. L'oeil, dans ce poste privilégié, possède le large dont il s'enivre et la simplicité générale de la mer, tandis que la vie et l'industrie humaines, qui trafiquent, construisent, manoeuvrent tout auprès, lui apparaissent d'autre part. L’oeil peut se reporter, à chaque instant, à la présence d'une nature éternellement primitive, intacte, inaltérable, par l'homme, constamment et visiblement soumise aux forces universelles, et il en reçoit une vision identique à celle que les premiers êtres ont reçue. Mais ce regard, se rapprochant de la terre, y découvre aussitôt, d'abord l’oeuvre irrégulière du temps, qui façonne indéfiniment le rivage, et puis l’oeuvre réciproque des hommes dont les constructions accumulées, les formes géométriques qu'ils emploient, la ligne droite, les plans ou les arcs s'opposent au désordre et aux accidents des formes naturelles, comme les flèches, les tours et les phares qu'ils élèvent opposent aux figures de chute et d'écroulement de la nature géologique la volonté contraire d'édification, le travail volontaire, et comme rebelle, de notre race.
L’oeil ainsi embrasse à la fois l'humain et l'inhumain. C'est là ce qu'a ressenti et magnifiquement exprimé le grand Claude Lorrain, qui, dans le style le plus noble, exalte l'ordre et la splendeur idéale des grands ports de la Méditerranée : Gênes, Marseille ou Naples transfigurées, l'architecture du décor, les profils de la terre, la perspective des eaux, se composant comme la scène d'un théâtre où ne viendrait agir, chanter, mourir parfois qu'un seul personnage : LA LUMIÈRE.

[...]


C'est à présent, mesdemoiselles, mesdames et messieurs, que j'élèverai un peu le ton de ces confidences.

Le port, les navires, les poissons et les parfums, la nage, ce n'était qu'une manière de prélude. Il me faut essayer, à présent, de vous montrer une action plus profonde de la mer natale sur mon esprit. La précision est très difficile en ces matières. Je n'aime guère le mot influence, qui ne désigne qu'une ignorance ou qu'une hypothèse, et qui joue un rôle si grand et si commode dans la critique. Mais je vous dirai ce qui m'apparaît.

Certainement, rien ne m'a plus formé, plus imprégné, mieux instruit -- ou construit - que ces heures dérobées à l'étude, distraites en apparence, mais vouées dans le fond au culte insconscient de trois ou quatre déités incontestables: la Mer, le Ciel, le Soleil. Je retrouvais, sans le savoir, je ne sais quels étonnements et quelles exaltations de primitif. Je ne vois pas quel livre peut valoir, quel auteur peut édifier en nous ces états de stupeur féconde, de contemplation et de communion que j'ai connus dans mes premières années. Mieux que toute lecture, mieux que les poètes, mieux que les philosophes, certains regards, sans pensée définie ni définissable, certains regards sur les purs éléments du jour, sur les objets les plus vastes, les plus simples, le plus puissamment simples et sensibles de notre sphère d'existence; l'habitude qu'ils nous imposent de rapporter inconsciemment tout événement, tout être, toute expression tout détail,- aux plus grandes choses visiblés et aux plus stables, --. nous façonnent, nous accoutument, nous induisent à ressentir sans effort et sans réflexion la véritable proportion de notre nature, à trouver en nous, sans difficulté, le passage à notre degré le plus élevé, qui est aussi le plus «humain». Nous possédons, en quelque sorte, une mesure de toutes choses et de nous-mêmes. La parole de Protagoras, que l'homme est la mesure des chosesest une parole caractéristique, essentiellement méditerranéenne.

Que veut-il dire? Qu'est-ce que mesurer?

N'est-ce point substituer à l'objet que nous mesurons le symbole d'un acte humain dont la simple répétition épuise cet objet? Dire que l'homme est mesure des choses, c'est donc opposer à la diversité du monde l'ensemble où le groupe des pouvoirs humains, c'est opposer aussi à la diversité de nos instants, à la mobilité nos impressions, et même à la particularité de notre individu, de notre personne singulière et comme spécialisée, cantonnée dans une vie locale et fragmentaire, un Moi qui la résume, la domine, la contient comme la loi contient le cas particulier, comme le sentiment de notre force contient tous les actes qui nous sont possibles.

Nous nous sentons ce Moi universel, qui n'est point notre personne accidentelle déterminée par la coïncidence d'une quantité infinie de conditions et de hasards, car (entre nous) que de choses en nous semblent avoir été tirées au sort... Mais nous sentons, vous dis-je, quand nous méritons de le sentir, ce Moi universel qui n'a point de nom, point d'histoire, et pour lequel notre vie observable, notre vie reçue et conduite ou subie par nous n'est que l'une des vies innombrables que ce moi identique eût pu épouser».

Œuvres de Valéry
Textes choisis

Documentation
Publications anciennes

Larbaud, Valéry. "Paul Valéry", Revue de Paris, 1er mars 1929, p. 49-69 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF)

Noulet, E. "Paul Valéry", Mercure de France, 38e année, tome CXCVI, n° 696, 15 juin 1927, p. 513-551 (Bibliothèque nationale de France, Gallica - mode image, format PDF)

Paul Valéry vivant. [Marseille], Cahiers du Sud, 1946. Des contributions de T. S. Eliot, André Gide, Roger Caillois et al.


Publications contemporaines

Michelucci, Pascal. Philosophie et sémantique du poème chez Paul Valéry: la métaphore aux limites du complexe valéryen. Résumé de la thèse soutenue à Toronto (novembre 1997)

Cloutier, Cécile. La "faisance" du poème selon "Poïétique" de Valéry, Revue canadienne d'esthétique, vol. 5, automne 2000 (numéro spécial : La poïétique)

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Dernière mise à jour: 05/25/2006
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