Contexte de rédaction et d’édition
Les informations concernant le contexte de rédaction et d’édition de cet ouvrage proviennent en grande partie de l’introduction par Jacques Voisine dans l’édition critique des Confessions publiée chez Garnier Frères en 1980.
Selon les dires de Rousseau, l’idée d’écrire sa vie lui aurait été suggérée pour la première fois par son éditeur, Marc-Michel Rey, dans sa lettre du 31 décembre 1761. Rey souhaitait qu’un texte autobiographique serve d’introduction à une édition générale posthume des œuvres de Rousseau. Celui-ci, voyant dans cette proposition une opportunité de protéger son image et celle de ses écrits après sa mort, entreprit le projet en 1764. Les Confessions prirent graduellement l’ampleur d’un ouvrage indépendant au cours du processus de rédaction, qui occupa Rousseau jusqu’en 1770.
Nous connaissons aujourd’hui trois manuscrits des Confessions écrits de la main de l’auteur. Le plus ancien, conservé à Neuchâtel, fut rédigé entre 1764 et 1767. On y retrouve une version des livres I à IV, de même qu’un long texte introductif, connu sous le nom de « Préambule du manuscrit de Neuchâtel ». Cette préface, qui fut entièrement supprimée dans les manuscrits subséquents, est un document précieux du point de vue de l’interprétation de l’ouvrage, car elle constitue un véritable pacte référentiel, pour reprendre l’expression de Philippe Lejeune, dans lequel Rousseau décrit les motifs de son entreprise et pose la définition du champ du réel qui l’intéresse, de même que les modalités de son discours et le degré de ressemblance visé. Les raisons de l’abandon de ce document sont incertaines. Or, puisque la plupart des éléments abordés dans le préambule du manuscrit de Neuchâtel sont repris à d’autres endroits du texte définitif, on ne peut pas attribuer ce revirement à un changement radical dans la nature du projet. Il est plus probable que l’auteur, en 1768, ait simplement choisi d’aborder ses lecteurs différemment, en renonçant à faire des explications psychologiques et méthodologiques l’ouverture de son texte. Le préambule définitif, beaucoup plus bref et rédigé dans un style plus dramatique qu’explicatif, apparaît dans les deux autres manuscrits, celui de Paris et celui de Genève, rédigés par Rousseau simultanément de 1768 à 1771. Ce travail de copie, effectué par l’auteur lui-même en même temps que la rédaction des livres V à XII, est motivé par la crainte qu’avait Rousseau que ses ennemis, de peur d’être compromis par ses aveux, ne substituent ses papiers. Le manuscrit de Genève, réparti en deux cahiers selon la même division que le texte définitif – la Première partie comportant les livres I à V, la Deuxième, les livres VI à XII – est celui que Rousseau destinait à la publication. Il le remit, à cet effet, à son ami Paul Moultou, en mai 1778, avec pour instruction de ne le publier que longtemps après sa mort et celle des autres personnes mises en cause par son récit.
Moultou et Du Peyrou, ami et exécuteur testamentaire de Rousseau, firent paraître la Première partie de l’ouvrage en 1782, en ayant soin d’omettre quelques épisodes de la jeunesse de Rousseau qui pouvaient choquer les bonnes mœurs des lecteurs de l’époque. La Deuxième partie fut publiée pour la première fois en 1789 par le fils de Moultou, qui eut cependant la prudence de remplacer plusieurs noms propres par des initiales. Du Peyrou, qui s’opposait à ce que le texte de son ami paraisse alors que plusieurs de ses ennemis étaient encore en vie, publia sa propre édition de la Deuxième partie en 1790, précédée d’un discours justificatif. La première édition complète de l’ouvrage, dans laquelle sont rétablis les noms et les épisodes supprimés en se basant cette fois sur le Manuscrit de Paris, parut en 1798 et connut douze rééditions parisiennes avant 1824. Le manuscrit de Neuchâtel fut publié pour la première fois en 1909 par les Annales de la société Jean-Jacques Rousseau et se trouve aujourd’hui dans le tome premier des Œuvres complètes de Rousseau dans la Pléiade.
PRÉSENTATION DU CONTENU
Le contenu narratif
Les Confessions sont le récit de la vie de Rousseau de 1712 à 1765. Dans la Première partie de l’ouvrage – les livres I à VI – l’auteur décrit sa jeunesse, de sa naissance à Genève jusqu’à son établissement à Paris, en 1741; dans la Deuxième partie, il relate les aléas de sa carrière d’auteur, de ses débuts dans la capitale française jusqu’à sa fuite de Suisse.
La problématique des Confessions
Sans ignorer qu’il écrit après saint Augustin, à qui il emprunte son titre, et Montaigne, dont il est un lecteur attentif, Rousseau prétend former, par ses Confessions, une entreprise qui n’eut jamais d’exemple avant lui. De fait, malgré ces célèbres prédécesseurs et le fait que le public de son époque soit friand de mémoires, de portraits, de vies et de romans à la première personne, le projet que se donne Rousseau de peindre son intérieur dans toutes les situations de sa vie comporte des caractéristiques qui n’étaient pas présentes ou, du moins, qui n’étaient pas rassemblées chez ses devanciers dans la voie de l’écriture de soi. C’est probablement en raison de cette nouveauté que Rousseau théorise sa pratique à plusieurs reprises au cours des Confessions, afin de situer son projet face aux attentes des lecteurs. Ces passages nous fournissent de précieux matériaux pour situer les paramètres de sa démarche.
Le champ du réel que visent les Confessions est annoncé dès les premières lignes du Livre I : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi./ Moi seul.[1] » Cette phrase indique que bien qu’il s’agisse de dévoiler son caractère,[2] la vérité personnelle que vise Rousseau s’identifie à une vérité générale sur le genre humain, une vérité de la nature. Ces deux niveaux de vérité se trouvent en lui, car il n’est question, précise-t-il plus loin dans le texte, que de son intérieur : « L’objet propre de mes confessions est de faire connaître exactement mon intérieur dans toutes les situations de ma vie. C’est l’histoire de mon âme que j’ai promise.[3] » Rousseau se propose, autrement dit, de dévoiler sa vérité et la vérité en faisant « voir un homme tel qu’il est en dedans[4] », intus, et in cute.
C’est par le biais de l’histoire de sa vie que Rousseau entend montrer son intérieur, mais afin d’éviter qu’on lui reproche des erreurs de dates, de lieux ou de circonstances, il est explicite quant au degré de ressemblance visé. Annonçant d’emblée qu’il a pu ajouter ici et là ce qu’il appelle des « ornement[s] indifférent[s][5] », pour suppléer à ce qu’il a oublié, Rousseau se reconnaît assez souple quant à la ressemblance entre son récit et les événements, c’est-à-dire les faits tels qu’ils sont perçus de l’extérieur. Toutefois, il se réclame d’une extrême rigueur en ce qui a trait à la vérité sentie, intérieure, à laquelle il dit avoir accès grâce à la chaîne des sentiments ayant marqué la succession de son être, un instrument qui lui permet de retracer tout ce qu’il a senti et tout ce que ses sentiments lui ont fait faire.[6]
On ne peut manquer de sourire à la finesse de cet aspect du projet de Rousseau, en ce qu’il assure l’exactitude de la seule vérité qu’il est impossible aux lecteurs de vérifier. Néanmoins, c’est précisément ce qui fait de l’écriture de soi un projet de sincérité, une entreprise régulée par une exigence de véracité plutôt que par une pétition de vérité : puisque les faits présentés sont invérifiables pour autrui, Rousseau est moralement tenu d’être vrai et, pour avoir voix au chapitre de sa propre vie, il doit convaincre ses lecteurs qu’il n’a pas cherché à les tromper.
Dans le texte définitif, cette démarche apparaît sous la forme d’un défi que Rousseau lance à la foule de ses semblables au début du Livre I. Après avoir brièvement posé l’unicité de son entreprise, il ajoute :
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra; je viendrai ce livre à la main me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime, quand je l’ai été : j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables : qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes indignités, qu’ils rougissent de mes misères. Que chacun d’eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité; et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose : je fus meilleur que cet homme-là.[7]
À n’en point douter, c’est bien aux hommes que Rousseau veut se révéler, mais cette adresse à Dieu lui donne l’avantage de pouvoir traiter d’injuste quiconque le condamnera : on ne se présente pas devant l’Être éternel, qui connaît l’intérieur de chacun, tenant à la main un livre rempli de mensonges. Autrement dit, pour persuader le public incrédule de sa véracité, Rousseau soutient qu’il serait prêt à y jouer son salut et va jusqu’à les mettre au défi de faire de même.
De manière moins dramatique, Rousseau rassure également ses lecteurs en précisant les motifs l’ayant incité à se lancer dans cette entreprise, qu’il considère être « les garants de [sa] fidélité à l’exécuter[8] ». Il déclare d’abord vouloir faire triompher le vrai pour protéger son nom après sa mort et, par là, la crédibilité de ses ouvrages théoriques. Il estime également, par ses Confessions, avoir poursuivi son projet philosophique en produisant un ouvrage « utile et unique, lequel peut servir de première pièce de comparaison pour l’étude des hommes, qui certainement est encore à commencer.[9] » Enfin, ces raisons d’écrire se doublent de motifs personnels, que Rousseau reconnaît sans peine. Il affirme, d’une part, vouloir jouir de ses souvenirs,[10] ce que seul un homme en paix avec sa conscience, donc n’ayant rien à cacher, peut espérer. D’autre part, il prétend avoir entrepris ses Confessions afin de se soulager de certaines fautes qu’il n’avait encore révélées à personne, comme c’est le cas de sa conduite envers Marion lors de l’épisode du ruban volé.[11] Ce motif ne fait que renforcer la crédibilité de son entreprise, puisqu’il « n’y a point de vice de caractère dont l’aveu soit plus facile à faire que celui d’une action noire ou basse[12] » si ce n’est, peut-être, ce qui est ridicule et honteux.[13] Dans un cas comme dans l’autre, semble-t-il, la difficulté de l’aveu constitue « la dure mais sûre preuve de [sa] sincérité.[14] »
Ces motifs d’écriture ont pour rôle d’accréditer sa capacité à respecter les modalités d’écriture qu’il se donne. Celles-ci se traduisent, selon nous, par trois exigences : la fidélité du portrait, l’exhaustivité et la neutralité.
Pour faire de lui-même un portrait fidèle, Rousseau doit résister à la tentation de se peindre sous les traits d’un grand personnage,[15] tendance qu’ont eue bien des portraitistes littéraires du XVIIe siècle, qui visaient le vraisemblable plutôt que le vrai, quitte à occulter les imperfections du sujet et à le fixer dans une pose peu naturelle.[16] Ce penchant, Rousseau l’évite soigneusement par la quantité de détails anodins sur sa jeunesse qu’il se sent obligé de fournir pour se montrer tel qu’il est, au risque d’ennuyer ou de choquer ses lecteurs gens du monde, peu habitués à entendre parler de l’enfance autrement que dans un style apologétique ou burlesque.[17] Or, s’il se défend de cette façon de l’accusation qu’on pourrait lui faire de présenter au public son propre éloge, il mentionne toutefois qu’il ne taira pas non plus la vérité lorsqu’elle parle en sa faveur.[18] Autrement dit, pour se montrer ni meilleur, ni pire qu’il ne l’est, il devra tout dire.
Cette exigence d’exhaustivité est exprimée clairement à la fin du Livre IV : « Je n’ai qu’une chose à craindre dans cette entreprise; ce n’est pas de trop dire ou de dire des mensonges; mais c’est de ne pas tout dire, et de taire des vérités.[19] » La raison de cette modalité est expliquée clairement par Rousseau dans le préambule du manuscrit de Neuchâtel : « Les plus sincères sont vrais tout au plus dans ce qu’ils disent, mais ils mentent par leurs réticences, et ce qu’ils taisent change tellement ce qu’ils feignent d’avouer, qu’en ne disant qu’une partie de la vérité ils ne disent rien.[20] » La vérité du soi, autrement dit, serait à rechercher dans le tout, ce qui explique l’objectif que se donne Rousseau de rendre son âme transparente au lecteur, de « la lui montrer sous tous les points de vue, [de] l’éclairer par tous les jours, [de] faire en sorte qu’il ne s’y passe pas un mouvement qu’il n’aperçoive.[21] » Rousseau aspire, pour reprendre une expression qu’il avait mise dans la bouche de Saint-Preux dans La Nouvelle Héloïse, à se peindre dans tous les instants de sa vie,[22] d’où son choix de la forme autobiographique pour réaliser son dessein.
S’il doit tout dire en ce qui a trait aux mouvements de son âme, c’est pour que le lecteur « puisse juger par lui-même du principe qui les produit.[23] » En effet, combien de fois Rousseau n’a-t-il pas dit, d’une manière ou d’une autre, « je me tais, je laisse le lecteur en juger[24] », lorsqu’il se sentait glisser de l’exposition des faits vers la justification[25]? Il lui faut donc, après avoir tout dit quant aux circonstances, se taire. Cette exigence de neutralité, qu’elle soit remplie ou non dans la pratique, pointe vers le rôle actif qu’il veut donner au lecteur : « C’est à lui d’assembler ces éléments et de déterminer l’être qu’ils composent; le résultat doit être son ouvrage […]. Ce n’est pas à moi de juger de l’importance des faits, je les dois tous dire, et lui laisser le soin de choisir[26] » et ce, afin que le lecteur ne puisse lui reprocher de se tromper ou d’essayer de le tromper.
En somme, si l’on fait abstraction de la question de savoir si Rousseau est finalement parvenu à honorer ses intentions, on peut résumer son dessein en ces termes : il vise à dévoiler la vérité sur lui-même et sur la nature humaine par le portrait fidèle de son intérieur, qu’il estime pouvoir réaliser en résistant à la tentation d’amplifier ses mérites ou ses fautes, en n’omettant aucun fait utile à son sujet et en laissant le lecteur juger lui-même du résultat. Autrement dit, le projet des Confessions s’articule entièrement autour de l’ambition qu’a Rousseau de produire, pour les autres, un « monument sûr de [son] caractère[27] » et une « pièce de comparaison pour l’étude des hommes[28] ».
Revenant sur les Confessions dans la Quatrième promenade des Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau pose un regard critique sur le succès de son entreprise. S’il dit n’avoir rien omis de ce qu’il savait vrai, il admet s’être parfois surpris à laisser son imagination orner les circonstances entourant les événements racontés. Il pousse toutefois l’examen plus loin et soutient qu’on ne peut pas l’accuser au nom de la justice, car « si quelquefois sans y songer par un mouvement involontaire [il a] caché le côté difforme en [se] peignant de profil, ces réticences ont été bien compensées par d’autres réticences plus bizarres qui [l]’ont souvent fait taire le bien plus soigneusement que le mal.[29] » Cette « singularité de [son] naturel » fait en sorte que si, comme Rousseau le demande, le lecteur suspend son jugement pour apprécier l’ensemble des Confessions, il aura assez d’éléments pour obtenir un portrait ressemblant, non pas tant en ce qui a trait aux faits et aux circonstances, mais en ce qui concerne la justice. Autrement dit, de l’aveu de Rousseau, les Confessions contiennent bien quelques mensonges, mais elles n’en sont pas un.
Peut-être Rousseau fait-il preuve d’un peu trop d’indulgence envers lui-même. Néanmoins, il est difficile de faire abstraction de tels jugements pour évaluer le succès de son entreprise puisqu’il s’agit d’un projet de sincérité. Pour porter un jugement adéquat, il faudrait être en mesure de déterminer si les passages où il s’écarte de la vérité sont motivés, ou non, par une intention de dissimuler ou de forger. Puisque nous n’avons pas accès aux intentions de Rousseau, il faut le juger par son texte. Beaucoup l’ont accusé de mauvaise foi en se basant sur les écarts démontrables entre son récit et les faits historiques; d’autres ont réhabilité sa sincérité en montrant par leurs recherches que le récit des événements de sa jeunesse, entre autres, ne s’écartait pas plus de la vérité historique que ce qu’il est raisonnable d’attendre de la mémoire d’un homme écrivant de nombreuses années après les événements racontés. Or, dans un cas comme dans l’autre, on utilise pour justifier ou compromettre Rousseau, une vérité qu’il ne réclame pas, celle des faits. Puisque Rousseau ne visait que la vérité intérieure, c’est plutôt celle-ci qu’il faut évaluer. Pour ce faire, le lecteur, n’ayant pas accès au cœur de Rousseau, en est réduit à suivre ses instructions : suspendre son jugement, se laisser porter par le style, vivre, en somme, l’expérience proposée et s’en remettre ensuite à son propre cœur : les bons naturels, estime Rousseau, sauront reconnaître la bonté du sien. Chacun, pour juger Rousseau, doit donc se juger lui-même du même coup.
Est-ce là une ultime tentative de se mettre à l’abri de tout reproche en se ménageant la ressource de traiter de méchant quiconque ne le jugerait pas bon? Ce n’est pas impossible, mais il reste que cette condition posée par Rousseau dans les Confessions est une conséquence de son anthropologie philosophique et de la morale introspective qu’elle promeut. Pour juger de cet article du contrat que Rousseau passe avec son lecteur, il faut donc juger de l’ensemble de sa philosophie. Sans entrer dans ce processus, une conclusion se présente : que l’on soit convaincu ou non de leur succès, il est clair que les Confessions sont un précieux instrument de réflexion, qui fait admirablement ressortir les difficultés et les pièges inhérents à l’écriture de soi.
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[1] Jean-Jacques ROUSSEAU, Oeuvres complètes., I, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, p. 5. Les références à ce volume seront dorénavant abrégées sous cette forme : O.C., I, p. 5.
[16] Jacqueline PLANTIÉ, La mode du portrait littéraire en France (1641-1681), Paris, Honoré Champion Éditeur, 1994,p. 22.
[17] Voir Catherine A. BEAUDRY, The Role of the Reader in Rousseau’s Confessions, New York, Peter Lang Publishing, 1991, p. 28-34, et Jean-Louis LECERCLE, Rousseau et l’art du roman, Paris, Librairie Armand Colin, 1969,p. 400.
[20] O.C., I,p. 1149. Notons que la conception de la sincérité que révèle ce passage est beaucoup plus sévère que celle généralement admise au XVIIIe siècle. De fait, dans l’article « Sincérité » du dictionnaire de Trévoux, on pose la limite suivante : « La sincérité ne doit être ni indiscrète, ni étourdie, elle n’oblige point à dire niaisement tout ce que l’on fait. » (Dictionnaire de Trévoux, Tome VIII, p. 274).
[24] O.C., I, p. 561. Voir aussi, p. 359 : « J’ai promis ma confession, non ma justification : ainsi je m’arrête ici sur ce point. C’est à moi d’être vrai, c’est au lecteur d’être juste. »
[25] Rousseau se défend bien de vouloir se justifier, mais il reste qu’il déclare avoir la justice pour objectif. Or, la différence de signification entre ces deux termes, en théorie, est claire : la justification, s’appuyant sur des excuses, vise la réparation dans l’opinion d’un jugement négatif, que celui-ci soit fondé ou non; la justice, pour sa part, s’appuie sur le dévoilement de la vérité, indépendamment de la question de savoir si elle est en faveur de celui qu’elle concerne ou si elle peut lui nuire (voir Ann HARTLE, The Modern Self in Rousseau’s Confessions. A Reply to St. Augustine, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 1983,p. 30). Les mots « justice » et « vérité », de fait, se trouvent à de nombreuses reprises côte à côte dans les Confessions, ce qui annonce déjà la définition que Rousseau revendiquera finalement comme sienne dans la Quatrième promenade, lorsqu’il fait de ces deux termes des synonymes (O.C., I, p. 1032).
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