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L'Athéna Lemnia
Dossier: Phidias
Henri Lechat
Présentation
Les colons de Lemnos firent exécuter vers 450 une statue d'Athéna par Phidias en guise d'offrande. Des trois Athéna attribuées à Phidias, la Lemnia, la Promachos, la Parthénos, la Lemnia est la moins militaire ou plutôt, elle symbolise la paix après la victoire. On reconnaît l'air viril de la déesse guerrière, mais son regard qui tombe de haut, une certaine quiétude qui se dégage de son visage firent aimer des Athéniens cette nouvelle image de la patronne de leur cité. Malgré des faiblesses notées dans la pose et le costume, une certaine raideur trahissant les racines archaïques de l'art du sculpteur, la beauté pure et fraîche du visage de l'Athéna Lemnia fut une source d'enchantement pour les connaisseurs de l'Antiquité.

Extrait de Phidias et la sculpture grecque au Ve siècle, de Henri Lechat, ouvrage paru au tournant du XXe siècle.


Texte
Vers 450, les colons athéniens de Lemnos — les «Lemniens», ainsi qu'on les appelait — voulurent, dans un sentiment à la fois de piété et de patriotisme, consacrer une belle offrande à la patronne de la cité. Ils firent donc exécuter par Phidias, puis dresser sur l'Acropole une statue d'Athéna en bronze; et lorsqu'on usa de surnoms, plus- tard, afin de distinguer entre elles les principales effigies de la déesse réunies au même lieu, celle-là, qu'avaient offerte les «. Lemniens», fut appelée Lemnia. Elle a été conservée en diverses copies de marbre, que M. Furtwængler a su identifier; et, grâce à l'heureuse combinaison d'un torse du musée de Dresde avec une tête du musée de Bologne (Fig. z¢), elle revit aujourd'hui sous une forme quasi complète: nous devons déclarer, en effet, que cette hypothèse de M. Furtwængler, non unanimement acceptée d'abord, a pour elle le plus haut degré de vraisemblance, depuis que la grave objection qu'on lui opposait, touchant la structure et l'expression de la tête, a été écartée, ou plutôt muée en un argument favorable par la remarque de M. Studniczka, que des proportions et un caractère analogues se retrouvaient chez quelques-unes des copies de la Parthénos, notamment dans l'exemplaire de Madrid, au Musée du Prado.

Sans bouclier, tête nue, l'égide en écharpe retenue par une seule agrafe, son casque dans la main droite, sa lance transportée à sa gauche et ne lui étant plus ainsi qu'un appui pour son bras, la Lemnia dut apparaître aux Athéniens, en sa nouveauté, comme la personnification de leur ville, libre enfin, après si longue guerre, de déboucler un peu le harnois. Ayant guidé son peuple au triomphe, la voici rentrée chez elle, la divine souveraine de l'Acropole: on reconnaît bien la vaillante qu'elle est, à la fierté virile de son attitude; mais cette vaillance est à présent détendue, au repos, et, par un autre effet de la même cause, la ferme assurance du regard tombant de haut se mitige d'un air d'affabilité, dû au vif mouvement familier de la tête qui se tourne et s'incline. — Cette tête a une beauté pure et fraîche, délicieuse, qui enchantait les connaisseurs dans l'antiquité et nous séduit encore aujourd'hui, nous qui ne la voyons que par l'intermédiaire d'une copie. A elle était due la célébrité de la Lemnia; elle attirait parfois, les détournant de leur chemin, jusques aux copistes de la Parthénos; c'est elle toujours que l'on vantait, à l'exclusion du reste de la statue. Et il est vrai que le corps ne méritait pas un éloge particulier quelque manque de proportion dans le bas des jambes, un soupçon de raideur dans le torse, un excès de carrure des épaules, et enfin une indication non tout à fait suffisante des formes sous le vêtement (dernière trace d'un défaut déjà signalé chez l'Aurige de Delphes), ce sont là autant de fils menus qui rattachent l'œuvre à l'art du passé, et témoignent que la main du sculpteur n'était pas alors entièrement affranchie. Mais, si on est par là incité à croire que la Lemnia fut un des premiers bronzes de Phidias, combien le genre d'attrait de la tête porte encore plus les signes de la jeunesse! Car cette adorable tête, virginale et fière, semble beaucoup moins issue d'une science experte, mûrie, qui raisonne et calcule, que du jaillissement spontané d'une inspiration toute fraîche. Elle est la fleur suave et très rare, qu'il arrive à un artiste de cueillir une fois dans le matin de sa carrière, et dont il chercherait en vain plus tard à retrouver la pareille de nouveau, parce que l'éclat et le parfum et la rosée qui rendaient unique cette fleur, ce n'était, à son insu, que la projection hors de lui de la jeunesse même de son âme d'artiste. Une similitude notable dans les dimensions, dans la pose, dans le geste des bras, et une petite ressemblance aussi dans les traits du visage ont conduit à rapprocher, voire à associer l'Athéna de Dresde-Bologne et l'Apollon du Tibre; celui-ci serait une copie d'un bronze de Phidias, antérieur à 450. Attribution bien hasardée, je crois, et qui d'ailleurs n'aboutirait qu'à un assez mince résultat, s'il est vrai que, dans cet Apollon, l'élève d'Hégias apparaîtrait davantage que Phidias même, et qu'en tout cas la statue n'offre point ce caractère de création personnelle et neuve qui donne à la Lemnia un prix singulier.

Source
HENRI LECHAT, Phidias et la sculpture grecque au Ve siècle, Paris, Librairie de l'art ancien et moderne, n.d. (env. fin du XIXe), p. 72 et suiv.
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Genre de texte
Passage
Secteur
Sculpture
Discipline
Histoire
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Dernière mise à jour: 05/20/2006
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