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Gaia ou la vision artistique du monde
Par Jacques Dufresne

La connaissance de l'organisme dans sa totalité, longtemps discréditée au profit du réductionnisme ambiant, devient essentielle dans le nouveau contexte. Cette connaissance comporte une part importante de subjectivité et l'objet en est souvent d'ordre qualitatif. Les sciences de la complexité marquent ainsi un retour de l'approche holistique dans la vision du monde.
Lettres
Les ailes du texte: un regard kikuyu sur le style
Par Jacques Dufresne

Nous avons projeté notre vision mécaniste du monde sur le style en même temps que sur les paysages et les animaux. Le réenchantement du monde, condition métaphysique du développement durable, ne passerait-il pas par le réenchantement du style.
Extraits

La langue française:atout ou obstacle?
Charles Durand
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Le sport pour mieux vivre avec la maladie
Liaison (U. de Sherbrooke)
Le Groupe de recherche en intervention en éducation physique et sportive adaptative de la Faculté d'éducation physique et sportive développe des méthodes pour permettre aux personnes avec limitations motrices de faire du sport. Les résultats sont spectaculaires selon l'un des fondateurs du groupe, Jacques Vanden-Abeele, qui consacre sa retraite… à la recherche et à l'intervention.
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Au fil des événements (U. Laval)
Parce qu’elles permettent de consommer autrement, les ventes de garage sont dans l’air du temps.
Document associé
La revanche de Gaia
Dossier: Gaia
Jacques Dufresne
Extrait
Cette reconnaissance de la communauté scientifique place Lovelock au même niveau que Darwin pour ce qui est de la connaissance des rapports des êtres vivants avec leur environnement.


Texte
Il est trop tard monsieur Harper

Le débat est lancé en Angleterre, avant même la publication, prévue pour le 2 février, d’un nouveau livre, La revanche de Gaia 1, de James Lovelock, l’auteur universellement connu de l’hypothèse Gaia. Il est trop tard, dit-il, en substance, «Gaia est atteinte d’une fièvre dont les effets se feront sentir pendant 100 000 ans. »

C’est l’évidence même : l’environnement devrait être au cœur du débat politique actuel au Canada. Or il en est pratiquement exclu. Et nous nous apprêtons à porter au pouvoir un parti politique qui s’est engagé à faire en sorte que le Canada renonce à Kyoto pour rejoindre le camp des États-Unis, de la Chine et de l’Inde, les pays qui sont les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. Si c’est notre démocratie elle-même qui nous réduit à une telle irresponsabilité, à quel régime politique devrons-nous nous résigner pour faire face à la réalité?

Au journaliste qui a demandé à James Lovelock de résumer son livre en une phrase, il a répondu : «It’s a wake-up call» J’espère que ce commentaire et ces quelques passages contribueront à sonner le réveil des intelligences canadiennes avant le 23 janvier prochain. Tous ceux d’entre nous qui se soucient encore de l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants devraient s’unir dans un pressant appel à Stephen Harper : «Ou bien vous vous engagez à respecter les accords de Kyoto et à placer l’environnement au centre de la vie politique canadienne, ou bien nous devrons vous retirer la confiance que nous nous apprêtons à vous accorder.»

Il est trop tard pour sauver la planète. Préparons-nous immédiatement à faire face aux catastrophes écologiques et à l’effondrement des civilisations. Si ce diagnostic était formulé par un quelconque climatologue, on pourrait y voir une forme de déraison tant il est sombre et tant la maîtrise de l’homme sur la nature nous paraît encore grande.

Mais il s’agit d’un jugement sur l’état de santé de Gaia, formulé par celui-là même qui a découvert l’existence de cet être vivant et qui est le maître incontesté de tous ceux qui en étudient aujourd’hui la physiologie: James Lovelock.

De nombreux philosophes anciens, Platon et les stoïciens par exemple, considéraient le cosmos comme un être vivant. Pour nous Occidentaux, depuis Descartes, il n’est qu’une machine. C’est ce qui explique pourquoi Darwin a tenté d’expliquer l’évolution des êtres vivants sans tenir compte de l’évolution de l’environnement auquel ils s’adaptaient, évolution qui était elle-même causée par les êtres vivants. On sait que le taux d’oxygène n’a pas toujours été de 21% , que ce sont les végétaux qui dans la longue histoire de la vie sur terre l’ont élevé à ce niveau. Mais on sait aussi, et le vertige commence ici, que le maintien de l’oxygène à ce niveau, convenant si bien à la vie ambiante est le résultat d’une autorégulation de la biosphère ressemblant à s’y méprendre à l’homéostasie, cette caractéristique des organismes vivants grâce à laquelle, après un stress, ils retrouvent d’eux-mêmes leur équilibre antérieur. Outre les plantes vertes, les insectes comme les termites, de nombreux microorganismes marins et tous les animaux participent à cette complexe auto-régulation.

C’est à la suite de travaux de ce genre que James Lovelock a formulé l’hypothèse Gaia, selon laquelle l’ensemble terre-atmosphère possède les caractéristiques essentielles des êtres vivants. Gaia, la déesse mère! Lovelock aurait pu intituler son premier livre L'hypothèse Lovelock, ou L'hypothèse biogéochimique, plutôt que l'hypothèse Gaia. Il aurait peut-être eu ainsi plus de succès auprès des scientifiques, lesquels semblent avoir voulu fuir la foule des écologistes radicaux et des adeptes du Nouvel Âge attirés par Gaia. À une question que lui a posée Lawrence E. Joseph à ce propos, il a répondu, après avoir reconnu qu'un titre comme L'hypothèse biogéochimique aurait eu un effet moins dissuasif sur les scientifiques : «Je ne regrette pas d'avoir choisi Gaia. Ce titre m'a été suggéré par William Golding, prix Nobel de littérature et auteur de Lord of the Flies. Gaia évoque l'aspect intuitif de la science aussi bien que l'aspect rationnel. Il transforme une théorie en une présence personnelle, plus accessible au non-scienfitique. Vaclav Havel, considéré comme un saint parmi les intellectuels ici en Europe, a adhéré philosophiquement à Gaia.

Il n'empêche que la bataille a été violente. « J'ai consacré la plus grande partie de ma vie à Gaia, finançant moi-même la presque totalité de mes recherches. Je n'ai jamais pu obtenir de subvention, ce qui n'a rien de surprenant. Les grandes théories, comme la mécanique quantique, la tectonique des plaques ou l'évolution mettent quarante ans à obtenir la reconnaissance des pairs. Gaia n'a que trente ans.»


Mais James Lovelock aura gagné cette bataille de son vivant. La communauté scientifique au complet lui donne désormais raison, même si à la physiologie de Gaia, elle préfère l’expression Earth System Science. La revue Nature a récemment invité Lovelock à écrire un article sur les derniers développements dans cette science.

Cette reconnaissance de la communauté scientifique place Lovelock au même niveau que Darwin pour ce qui est de la connaissance des rapports des êtres vivants avec leur environnement. Je n’hésite pas pour ma part à placer Lovelock au-dessus de Darwin parce que pour la première fois les hommes ont une vision du monde à la fois belle et vraie, poétique et vérifiable. Il y a toujours eu de belles visions du monde ailleurs, il y en eut en Occident, celle de Pythagore et celle de Ptolémée par exemple, mais selon nos critères elles n’étaient vraies que partiellement. Par la suite, la science moderne réduisit l’univers et notre terre elle-même à un jeu de forces.

Mais voici qu’au moment précis où pour la première fois l’on voyait la terre-atmoshère depuis l’espace, l’on comprit que sa couleur était non seulement le signe qu’elle hébergeait des êtres vivants, mais qu’elle était vivante elle-même.

C’est l’auteur de cette théorie qui nous l’apprend aujourd’hui : nous n’aurons découvert Gaia que pour constater qu’elle était gravement malade, atteinte, dit Lovelock, d’une fièvre dont elle mettra 100 000 ans à effacer les effets catastrophiques.

«Avant la fin de ce siècle, précise Lovelock, des milliards parmi nous auront disparu et les quelques couples encore féconds qui survivront habiteront le seul endroit où le climat sera encore tolérable, l’Arctique.» La dégradation sera plus rapide qu’on le prévoit en ce moment. «Les processus en cause sont non linéaires, et vraisemblablement ils s’accéléreront de façon imprévisible et incontrôlable.»

Son inquiétude est telle qu’il y a deux ans, il a préconisé, au grand regret de ses amis écologistes, une conversion généralisée au nucléaire, une énergie qui ne produit pas de gaz à effets de serre.

Aujourd’hui il n’a même plus l’espoir d’un salut par le nucléaire. Il supplie son propre pays, la Grande Bretagne de se lancer dès maintenant dans des préparatifs à grande échelle pour faire face à un climat littéralement infernal «a hell of a climate», soit pour cette partie du monde une hausse de température de 8 degrés en moins d’un siècle.

Qu’est-ce qu’un gouvernement européen sensé peut faire aujourd’hui? « Je pense que nous n’avons pas d’autre choix que de nous préparer au pire et tenir pour acquis que nous avons franchi le seuil.» écrit Lovelock à la fin de son livre.»

Comment pourrions-nous éviter le pire, confie-t-il à un journaliste de The Independent :
«Nous allons faire de notre mieux pour survivre, mais j’en suis attristé, je ne peux pas imaginer les États-Unis et les économies en émergence de l’Inde et de la Chine revenir en arrière, or elles sont les principales sources d’émission de C02. »

Au même journaliste qui lui a demandé de résumer son livre en une phrase, Lovelock a répondu : «It's a wake-up call»


Note

1. Pour rédiger ce texte je me suis inspiré de trois articles dont un de James Lovelock lui-même paru dans le journal The Independent. On trouvera ces articles à l’adresse suivante : http://news.independent.co.uk/environment/article338879.ece. Je me suis inspiré également du dossier Lovelock de L’Encyclopédie de L’Agora sur Internet.

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Genre de texte
Article
Secteur
Environnement
Discipline
Écologie
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Dernière mise à jour: 05/20/2006
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