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Document associé
Médecine, alchimie et pèlerinages
Dossier: Alchimie
Claude Gagnon
Présentation
        Sans être positiviste, l'auteur questionne de manière épistémologique les témoignages concernant les miracles.

Extrait
        [...] la guérison miraculeuse, si elle s'appuie sur quelques prescriptions naturalistes, n'en dépasse pas moins la pratique médicale. Reliques de saints, prières plus ou moins ritualisées et temples construits d'offrandes sont autant d'éléments qui échappent à la médecine scientifique.


Texte
        En hommage à René de la Coste-Messelière et à sa société des Amis de St-Jacques-de-Compostelle.

        On se demande, et à bon droit, quel lien peut bien exister entre la médecine et les pèlerinages. Cependant, quand on s'y arrête, on réalise tout de suite que les pèlerinages constituent et ont toujours constitué une vaste pratique médicale populaire, de par les guérisons miraculeuses qui sont rapportées. La science positiviste du XIXe siècle a eu beau ne pas considérer ces phénomènes, en marge de son rationalisme fermé, des foules et des nations entières d'hommes continuent encore aujourd'hui de pratiquer cette théurgie, qui consiste à prendre le chemin qui conduit à un lieu saint afin d'y faire un voeu, obtenant en échange une «faveur» qui peut aller jusqu'à la guérison subite du corps matériel.

        Je ne veux pas ouvrir ici le débat sur la vérité des faits rapportés par les pèlerins: il m'apparaît évident que celui qui ne croit pas au miracle ne croit pas au pèlerinage, il est donc insensible aux attestations médicales de guérison miraculeuse. Cela dépend de la vie philosophique de chacun. Mon objectif consiste plutôt à exposer brièvement les mécaniques respectives du pèlerinage et de la médecine, pour ensuite juger si nous avons affaire à un même type d'activité humaine. Une réponse négative justifierait le désintéressement de la médecine rationaliste, mais une réponse affirmative pourrait élargir éventuellement l'acceptation admise de la véritable fonction sociale du médecin.

        Mécanique du pèlerinage

        Lorsqu'on étudie les pérégrinations, on voit tout de suite que cette pratique religieuse dépasse le cadre même des différentes religions et s'avère être l'un des rituels les plus partagés par les différentes civilisations de notre planète. La Mecque, Jérusalem, Rome, pour ne nommer que les plus connus, continuent encore aujourd'hui d'accueillir un flot perpétuel d'individus et de groupes qui viennent en ce lieu précis guérir leur âme et parfois leur corps. L'importance des centres de pérégrinations dans la dynamique culturelle des sociétés n'est d'ailleurs plus à démontrer et il suffit d'étudier, par exemple, les multiples rôles qu'ont joués au Moyen-Âge les pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne pour prendre connaissance de l'étendue du phénomène. Dans un article intitulé «Importance réelle des routes dites de Saint-Jacques»1,René de la Coste-Messelière démontre très bien en effet comment «l'histoire sociale et économique ne peut se dissocier de l'histoire religieuse» (p. 452). Il suffit de ne s'y arrêter qu'un instant pour mesurer l'ampleur du phénomène. Ainsi peut-on dire que tout le «réseau hospitalier» du nord de l'Espagne et du sud de la France a été «fondé et entretenu pour voyageurs et pèlerins» (p. 466). De même, nombre de confréries d'anciens pèlerins siégeant à l'organisation des paroisses et les multiples «fondations» et oeuvres d'art des pèlerins exaucés sont autant d'éléments ayant marqué l'histoire de la France médiévale. Si nous nous penchons sur l'un des multiples lieux de pèlerinage mineur, que ce soit le Mont Saint-Michel, la Grotte de Notre-Dame-de-Lourdes ou l'Oratoire Saint-Joseph, nous ne prendrons qu'un temps pour nous rendre compte de l'importance de ces centres de pérégrinations pour le développement de leur région respective et parfois même de l'histoire de la nation.

        Toute cette attraction est fondée sur la croyance théurgique qui consiste à régler un rapport d'échange avec le créateur de la vie: un «voeu» (impliquant sacrifices de toutes sortes pour le déplacement) contre une «faveur» (qui peut consister en n'importe quoi). Et, évidemment, on ne dépense tant d'énergie que pour les plus hautes et importantes faveurs. La plus grande faveur est sans doute de jouir d'une vie éternelle et bienheureuse; cette faveur est automatiquement obtenue par tout pèlerin de bonne foi dans la plupart des centres existants des différentes religions. Par exemple, pour ce qui est des pèlerinages de la chrétienté, les conditions de l'obtention de l'indulgence plénière se réduisent à être en état de grâce, communier et prier pour le pape devant une statue ou une peinture miraculeuse, à défaut d'une relique. La seconde faveur en importance est sans doute, pour le croyant, l'assurance d'une mort douce, d'une vieillesse paisible, bref un état de santé qui puisse conserver l'harmonie de l'homme et de la nature. Si la santé ne va plus, ou même que la souffrance se soit installée dans le corps de façon désespérée, le pèlerin viendra ou se fera amener afin d'être guéri. Cependant, les voeux ne se réduisent pas à ces deux promesses de survie; le pèlerin ira demander ce qu'il juge important d'obtenir et promettra d'accomplir ce qu'il juge être l'équivalent en sacrifice. Il doit savoir qu'il ne s'agit pas d'un contrat entre égaux et que, s'il est absolument sûr d'obtenir ce qu'il demande, il n'a aucune certitude sur la façon dont le Créateur lui répondra.

        Ce rapport d'échange théurgique du voeu et du miracle ne se réalise cependant pas dans n'importe quelles conditions matérielles. Il est à noter tout de suite que la plupart, sinon la totalité, des centres de pérégrinations sont situés dans un environnement naturel particulier. Une simple énumération de quelques sites de pèlerinages au Québec illustrera l'importance de cette donnée pour rapprocher le pèlerinage de l'acte médical.

        Notre-Dame-de-Bon-Secours à Montréal

        L'édifice allait bientôt s'élever sur un léger plateau, à mi-côte de la rive du St-Laurent, doucement incliné depuis le fleuve jusqu'à l'arête du sillon où s'étend aujourd'hui la rue Notre-Dame. L'oratoire commanderait le fleuve, en face de l'île Sainte-Hélène, clef de notre port à l'Orient. Le lieu était solitaire, entouré de prairies et de bois, endroit favorable à la piété.2

        Notre-Dame-de-Lourdes à Rigaud

        Vous prierez à l'ombre de ces grands pins parasols où tant d'autres ont prié. Vous entrerez dans la chapelle pour déposer vos demandes aux pieds de Marie. À la sortie, vous apercevrez devant vous le plus ravissant tableau; vous dominez la tête des arbres. La campagne s'étale depuis la rivière Rigaud jusqu'à l'Outaouais, qui coule imposante en une courbe régulière. À droite, la petite ville de Rigaud descend en double terrasse et votre vue se plonge dans le lointain jusqu'au lac des Deux-Montagnes. L'écho des bois agités par la brise vous invitera à prolonger votre prière et vous vous sentirez enveloppés et séduits par la radieuse bonté de Notre-Dame à Rigaud.3

        M. L'Heureux ne parle pas autrement de l'environnement naturel du lac Bouchette au Saguenay, où l'abbé Elzéar DeLamarre a fondé un autre centre de pèlerinage consacré à Notre-Dame-de-Lourdes: «La nature du Lac Bouchette est magnifique au point qu'on serait tenté de conseiller aux peintres paysagistes d'y venir essayer leur pinceau.»4 Casimir de Cieutat complétera ce jugement en rapportant ce qu'en disent les pèlerins: «C'est si beau, s'écrient-ils, on prie si bien ici, nous reviendrons.»5 D'autant plus que c'est une ressemblance purement géographique qui oriente la piété de ce centre de même que plusieurs autres. En effet, lors d'une cérémonie en 1917, le père Dagnaud, chargé du sermon, n'hésite pas à souligner le parallèle entre la Grotte du lac Bouchette et celle de Lourdes, affirmant que, de toutes les répliques du rocher de Massabielle en France, aucune ne s'en approche comme celle du Saguenay. Cette comparaison n'est pas fortuite. D'autres centres canadiens s'appuient sur la ressemblance physique des lieux. Une grotte près de laquelle coule une fontaine sert de «source», selon le vocabulaire même du rapporteur Le Chevalier, pour un sanctuaire à Saint-Laurent de Grandin, en Saskatchewan.6

        Le sanctuaire de Rigaud dont je viens de parler trouve lui aussi l'origine de sa dévotion à Notre-Dame-de-Lourdes dans la même ressemblance géophysique.7 Quoi qu'il en soit, la beauté du site naturel semble toujours jouer pour beaucoup, qu'il s'agisse de la berge de la première chapelle à Sainte-Anne-de-Beaupré, la côte est de l'île de Montréal pour la chapelle de la Réparation9 ou encore le Mont-Royal de l'Oratoire Saint-Joseph.10 Il y a ici toute une philosophie naturelle sous-jacente, de même qu'un principe médical évident dans le choix de plusieurs sanctuaires de guérison.

        Par ce seul fait, nous sommes déjà au coeur du domaine médical. Les histoires de médecine rapportent que déjà le mythique Asclépiade soignait ses clients romains avec «des remèdes faciles et agréables: eau, vin, frictions, promenades en litière ou en bateau».11 Encore aujourd'hui, combien de fois la prescription n'inclut-elle pas un stage de repos au bord de la mer ou en montagne? Au point de départ donc, le centre de pérégrination s'identifie souvent à un centre de villégiature ou encore voisine un de ces centres.

        Cependant, le facteur proprement naturel joue parfois de façon encore plus précise dans la pratique médicale et dans la pratique du pèlerinage. Il s'agit du bain d'eaux thermales. La balnéothérapie des romains nous est bien connue par ce qu'en dit Pline dans son Histoire Naturelle.12 De même, Paracelse nous apparaît comme le représentant le plus distingué de la médecine thermale si chère à l'esprit du XVIe siècle renaissant13. Ainsi, cette pratique médicale accompagne souvent la demande de guérison, comme à Lourdes ou sur la berge du Gange.

        Toutefois, la ressemblance s'arrête ici, puisque paradoxalement, le centre de pérégrination guérit alors que tout espoir médical est perdu; car la guérison miraculeuse, si elle s'appuie sur quelques prescriptions naturalistes, n'en dépasse pas moins la pratique médicale. Reliques de saints, prières plus ou moins ritualisées et temples construits d'offrandes sont autant d'éléments qui échappent à la médecine scientifique. C'est à une réflexion sur la nature de l'acte médical lui-même à travers l'histoire des sociétés qu'il faut maintenant brièvement s'adonner, si nous voulons comprendre l'émergence de ce champ para-médical constitué par les centres de pérégrinations.

        Mécanique de la médecine

        Nous connaissons tous les nombreux recoupements de l'histoire de la médecine et de l'histoire de l'alchimie14. Cependant, c'est à une autre histoire que nous devons puiser si nous voulons nous donner un outil supplémentaire pour comprendre la mécanique du geste médical: il s'agit de l'histoire de la philosophie. J'ai déjà noté ailleurs la violente opposition entre une certaine «philosophie naturelle» rédigée par les médecins du Moyen-Âge et la «philosophie scolastique.» Il faut revenir sur cette opposition, qui d'ailleurs s'est souvent résolue chez plusieurs chercheurs, si on veut y apercevoir le chemin qui conduit le patient de l'officine du médecin à la chapelle guérisseuse.

        L'histoire littéraire d'un des plus célèbres recueils de médecine populaire recèle plusieurs données à ce sujet. En effet, la fortune que connurent le Grand Albert et le Petit Albert au Québec indique bien ce qu'il peut advenir à un certain type de littérature médicale.16 Car ces deux almanach de colportages contiennent de nombreuses recettes positives et leurs prescriptions ne tardèrent pas à franchir les frontières de l'Europe pour venir soigner les colons isolés du Nouveau Monde. Le tout premier roman de littérature québécoise, Le chercheur de trésors,composé par Philippe Aubert de Gaspé, fils, porte en sous-titre: «ou l'influence d'un livre».17 Dès son premier chapitre, l'auteur identifie le livre: il s'agit des ouvrages d'Albert le Petit (sic). Livre qui aura transformé le cours de la vie d'un homme qui a probablement existé réellement.»18 Si nous jetons un rapide coup d'oeil sur la littérature folklorique québécoise, nous voyons que l'influence des Grand et Petit Albert ne s'est pas limitée à l'aventure littéraire d'Aubert de Gaspé.19

        Cependant, nous constatons que cette littérature médicale populaire d'origine alchimique prend une dérivation de sens et s'identifie aux pratiques de sorcellerie. Ce qui nous garde à l'intérieur du champ médical, tout en nous indiquant un secteur important en regard duquel la médecine officielle a cependant pris ses distances dans l'Occident moderne. Bien que précisément la mentalité populaire confonde souvent l'alchimie et la sorcellerie, l'historien des sciences aussi bien que le juriste érudit y voient une nette différence de pratique. Alors que les pratiques de sorcellerie connurent les bûchers des inquisitions, les manipulations alchimiques, pour leur part, ne furent jamais unanimement distinguées des pratiques médicales et continuent aujourd'hui de fleurir à la périphérie de la pratique médicale. Cette divergence des histoires provient sans doute du fait que l'alchimie fait partie de l'histoire souterraine de la philosophie tout autant que cette dernière a souvent entretenu, comme je viens de l'énoncer, de nombreux recoupements avec la pratique médicale.20 Pour éclaircir tant soit peu ce rond-point de pratiques et d'attitudes, j'évoquerai brièvement le cas de Symphorien Champier, médecin du Moyen-Âge, célèbre par sa condamnation des sciences occultes.

        Symphorien Champier condamna les sciences magiques vers 1500, dans son Dialogue très singulier et très utile pour la destruction des arts magiques21. Chez cet homme et dans ce livre, le type de discours et de préoccupation est d'abord ce qui attire l'attention. Par rapport aux médecins d'aujourd'hui, il offre une image assez singulière. Il n'écrit pas et ne lit pas que des prescriptions; bien au contraire, sa vie littéraire couvre la poésie, les arts libéraux (qu'il a enseignés d'ailleurs) et la philosophie. Nous avons affaire ici à un médecin qui soigne par l'écriture: un type de médecine qui a complètement disparu aujourd'hui, mais dont le Québec, qui vient tout juste de sortir de son Moyen-Âge, conserve le spécimen en la personne du docteur Jacques Ferron. Une comparaison entre ces deux personnalités médicales, si éloignées dans le temps et pourtant si près dans la pratique, nous permettra d'énoncer la mécanique de cette médecine devenue si rare et pourtant si essentielle à la fonction du médecin.

        Symphorien Champier est docteur en médecine et docteur en théologie. Il s'intéresse à tout: agrégé du Collège des médecins de Pavie après avoir obtenu son doctorat à Montpellier, il enseigne les arts libéraux et appuie ainsi ses jugements médicaux du Dialogue sur des astrologues et des philosophes, après avoir bien vérifié et corrigé son discours selon les énoncés théologiques de l'Église catholique. Cependant, il demeure marginal par le type d'objet médical qu'il aborde. Il s'intéresse en effet à la magie, ou plutôt au rapport entre le naturel et le surnaturel, et aux techniques qui sont sensées pouvoir orienter ce rapport. Pour ce faire, il compile d'abord les arguments des philosophes, poètes et médecins, puis ceux des théologiens, ensuite il décrit la fascination des démons sur les hommes, enfin il traite de la mélancolie. Ses conclusions, tout en respectant l'énoncé théologique de l'existence des causes surnaturelles du mal, énoncent l'existence tout aussi réelle des causes naturelles du mal: mais il y a plus de gens que l'on croît démoniaques, et qui en réalité sont fous, que de gens qui sont vraiment démoniaques, et l'on ne devient démoniaque que miraculeusement. Les miracles en effet ne se produisent que pour ceux qui n'ont pas la foi.22

        Ce jugement de Champier repose sur une préoccupation que les médecins-philosophes avaient lorsqu'ils n'avaient pas encore renoncé à expliquer l'origine de la maladie. Il s'agit de la théorie animiste de l'image. Pour Champier, comme pour tous les iconophiles d'avant la détérioration de l'image par l'imprimerie, l'image est perçue dans sa matérialité: «la vertu que paraît avoir l'image d'une chose pour transformer les humeurs»23 ; «par l'imagination les humeurs sont souvent altérées dans le corps humain»,24 car «une image sous prétexte qu'elle a été sculptée dans l'or à un moment précis sous certaines constellations reçoit un influx grâce auquel elle produit nombre d'effets merveilleux pour donner la fortune ou soigner une certaine catégorie de maladies».25 Bien que Champier nie la fascination d'un corps étranger par imagination, il admet avec Albert le Grand que «l'imagination peut changer la matière de son propre corps».26

        Or l'imagination, exclue des médecines physiques modernes, joue un rôle de premier plan dans tous les processus de guérisons magiques. L'imagination est précisément cette faculté qui relie les impressions sensorielles du corps et les idées pieuses de l'âme.27 C'est ultimement dans la mécanique de l'art de la mémoire qu'on découvre, aussi bien chez Champier que chez tant d'autres docteurs et philosophes, le secret de la guérison par le pèlerinage, de même que le statut original de l'écriture prescriptive médicale.28 On ne saurait définir autrement l'écriture du texte de Champier et son utilisation des anagrammes.29

        Jacques Ferron, de son côté, est à la fois philosophe et médecin lui aussi. Il se préoccupe d'écrire, par le biais de la littérature romanesque, toute une anthropologie et une politique de l'animal humain.30 Il s'occupe de la folie,31 s'intéresse au pouvoir de l'image sur le comportement humain32 et propose lui aussi une façon nouvelle de considérer la maladie: «la médecine, la vraie, est un art oral, une cérémonie de conjuration des maux par les mots.»33 il utilise l'anagramme34 et manipule l'écriture comme tous ces docteurs en médecine qui savaient qu'«on passe de la médecine à l'écriture pour la bonne raison qu'on est écrivain d'abord».35

        Se fondant sur le principe du pouvoir de l'image, Champier rejetait les arts de fascination et prônait la théorie humorale; se fondant sur le même principe, Ferron rejette les remèdes36 et prône le dialogue avec le patient. Pourtant, nous voyons bien en quoi ils se rattachent tous deux à la même faculté d'imagination, l'étudient, l'utilisent et guérissent leurs patients, fussent-ils seulement leurs lecteurs.

        C'est qu'ils reprennent à leur compte la théorie qui veut que l'image et la lettre soient le véhicule assuré entre les substances matérielles et leurs maladies d'une part, et les substances spirituelles et leurs intentions d'autre part. Ce postulat philosophique issu de la théologie platonicienne est présent dans toutes les médecines magiques pour ne pas dire qu'il constitue l'essence même de ces médecines. La dépouille du corps, un fragment de ce corps conservé en relique ou même un linge ou une peinture ayant touché à ce fragment constituent autant de sources physiques réelles d'énergie curative37. C'est sur ce postulat que s'appuieront les jésuites pour «convertir par l'image» les indiens du Nouveau Monde.38 C'est ce même postulat qui survivra tout au long de l'aventure spirituelle des Québécois, que ce soit dans les différentes légendes de sorcelleries,»39 dans les ateliers de dorure des Urselines de la ville de Québec40 ou dans les pèlerinages anti-médicaux de la ville de Montréal lors des épidémies de variole.41

        Jugement

        La comparaison entre Champier et Ferron désigne bien ce que la médecine rationaliste moderne ne fait plus. Champier était ce que Ferron caricature par son comportement littéraire marginal.42 Mais l'écriture médicale généralement pratiquée se réduit à jeter sur papier d'ordonnance des prescriptions dont le sens est totalement hermétique pour le patient. Sur l'autre versant, l'importance énergétique de l'image continue de fleurir sans qu'aucun scientifique ou philosophe ne s'en préoccupe.43 L'image sainte devient alors un schème contre-médical comme dans le Petit Catéchisme de la Tuberculose, par exemple.44

        Nous avons donc bien affaire, avec le pèlerinage et la médecine, non pas à deux activités d'un même type, mais bien à la même activité de guérison bisectionnée au coeur même de son processus. Je parlais plus haut de «l'émergence de ce champ para-médical constitué par les centres de pérégrinations».45 Il aurait plutôt fallu parler de fractionnement ou encore de membrification entre la médecine et la théologie. Membrification apparue bien avant la Renaissance du XVIe siècle ou le Moyen-Âge. Il faut remonter bien loin pour rencontrer le type social de guérisseur combinant ou plutôt concevant l'eau miraculeuse et l'eau thermale comme une seule eau, le site de villégiature se confondant avec le lieu saint pour bâtir un seul temple. Peut-être trouvons-nous une telle pratique de guérison chez les Égyptiens, dont le «sage vizir» Imhotep demeure le représentant archétypal.

        Je disais un peu plus haut qu'un regard sur une certaine littérature magique populaire permettrait peut-être d'expliquer «le chemin qui conduit le patient de l'officine du médecin à la chapelle guérisseuse».46 Ce regard a constaté une détérioration d'un certain corps de recettes traditionnelles et positives: une fois classés «occultes» par Champier et par ceux qui le suivront un siècle plus tard, plusieurs arts et techniques de guérison sont rejetés hors de l'université.47

        Ces connaissances sont alors livrées aux «bonnes femmes» et aux colporteurs. Alors l'imagination et la mémoire deviennent elles-mêmes des principes d'écriture. C'est ainsi que lentement, la mentalité populaire remplace l'absence de signes théoriques pour la recette par d'autres signes, puisés dans les légendes morales qui transcrivent si bien l'histoire d'un peuple. Le fondement de sagesse morale traditionnelle se substitue au fondement théorique, et c'est ici que se joue la double perte. L'alchimie, c'est-à-dire la philosophie naturelle, devient de la sorcellerie; la médecine pour sa part oublie son propre principe de fondement, c'est-à-dire le secret de l'écriture ou, si l'on veut, le chemin de la croix forgeant le dessin de la lettre. Ainsi, l'apparition des pèlerinages ne serait que le négatif du phénomène de compensation engendré par un rapetissement de la fonction médicale.

        Calculons tous les miraculés et exaucés des centres de pérégrinations et nous préjugeons aussitôt que tous les généralistes et spécialistes réunis ne doivent pas soigner la moitié, ou même ne sont pas intéressés à soigner la moitié de tous ces malades qui pourtant guérissent souvent en prenant le chemin de la télévision pour aller consulter le Docteur Welby ou le Medical Center. La folie simple et banale de la majorité d'entre nous n'a plus aucun intérêt médical. Je ne parle pas des plus stressés par la consommation. Je parle des images ensorcelées et des édifices pieux qui tour à tour nous éloignent et nous rapprochent de la nature, et ceci sans docteur pour soigner notre imagination fatiguée ou malade dans sa crédibilité et dans sa foi.


        Notes

        1. Coste-Messelière, René de la, «Importance réelle des routes dites de Saint-Jacques dans le pays du sud de la France et en Espagne du Nord», dans Bull. philol. et hist., année 1969, vol. 1, p. 451 et ss. Une chronique de presse locale témoigne de la nature toute touristique de cette importance; cf. «Un centre de tourisme au Moyen-Âge, Saint-Jacques-de-Compostelle», dans La Presse, 17 mars 1973.

        2. J.M. Leleu cité par Maurault, Olivier, «Notre-Dame de Bon-Secours de Montréal», dans Pèlerinages Canadiens, Montréal, imprimerie du Messager, 1928, p. 39.

        3. Gauthier, R.P.A., «Notre-Dame de Lourdes à Rigaud», dans ibid., p. 106.

        4 Rapporté par Cieutat, Casimir de, «Notre-Dame de. Lourdes du Saguenay», dans ibid., p. 225.

        5. Ibid., p. 229.

        6. Le Chevalier, R.P., «Notre-Dame de Lourdes à Saint-Laurent de Grandin (Saskatchewan)», dans ibid., p. 137.

        7. Gauthier, R.P.A., op. cit., p. 94.

        8. Bélanger, R.P., «Sainte-Anne de Beaupré», dans ibid., p. 12.

        9. Alexis, R.P., «La Réparation», dans ibid., p. 156.

        10. Deguire, R.P.E., «Saint-Joseph du Mont-Royal», dans ibid., p. 173.

        11. Bouissou, Roger, Histoire de la médecine, Paris, Larousse, 1967, p. 58.

        12. Ibid., p. 62.

        13. Ibid., p. 133 à 135.

        14. AIlendy, R., L'alchimie et la médecine; étude sur les théories hermétiques dans l'histoire de la médecine, thèse de la faculté de Médecine de Paris, Paris, Chacornac, 1912.

        15. Cf. mon article «Les alchimistes et les spéculateurs» dans Aspects de la marginalité au Moyen-Âge, Actes du premier colloque de l'Institut d'études médiévales de Montréal, Université de Montréal, 1974, p. 146 et ss.

        16. Le grand et le petit Albert, Paris, chez Éditions Pierre Belfond, 1970. La préface de Bernard Husson (p. 7 à 58) retrace l'histoire toute matérielle de ces deux ouvrages appartenant au genre littéraire de l'almanach, c'est-à-dire un corps de recettes dont l'une des composantes est le calendrier astrologique de l'année en cours ou même un calendrier perpétuel (cf. chapitre II du Livre IV du Grand Albert). Le genre littéraire de l'almanach (véhiculant la composante astrologique et mêlant les recettes positives de l'art ménager avec des listes de fêtes religieuses) n'est pas du tout disparu. Encore au Québec, plus d'un imprimeur fournit annuellement à ses lecteurs un almanach dont le plus typique est sans doute L'almanach du peuple, publié chez Beauchemin.

        17. Aubert de Gaspé (fils), Philippe, Le Chercheur de Trésors ou l'influence d'un livre, Montréal, Réédition-Québec, 1968.

        18. Leblanc, Léopold, «L'influence d'un livre et son auteur», dans ibid, p. 1 à XIV. Le préfacier, dans sa «Bibliographie» commentée, montre très bien l'influence réelle du Petit Albert sur Aubert de Gaspé comme étant à l'origine de l'influence du même ouvrage sur le héros fictif de son roman Charles Amand. Pour la simple raison que le héros, supposément un artisan de Saint-Jean-Port-Joli, habite la même ville que l'auteur, qui a dû s'y réfugier tout l'hiver après avoir répandu de l'assa foetidea sur un poêle chaud au Parlement, en février 1836. De même le meurtre commis par un certain Mareuil sur un certain Guillemet est une authentique histoire impliquant un Guilmet et un Marois dont les noms sont ainsi transposés en anagrammes par De Gaspé. Enfin, l'auteur lui-même avance que Charles Amand est une personne réelle dans sa réponse au critique Pierre-André; rapporté par Leblanc, p. V et X.

        19. 0n retrouve le Petit Albert dans le conte «L'amiral du brouillard» de Faucher de Saint-Maurice, dans À la brunante, contes et récits, Duvernay, chez Dansereau, 1874. Il est intéressant de rapporter ce que Philippe Aubert de Gaspé, le père cette fois, fait dire à l'un de ses personnages: «Vous savez, Messieurs, que tous les curés ont le Petit-Albert pour faire venir le diable quand ils en ont besoin, dans Mémoires, Ottawa, chez Desbarats, 1896, p. 421. D'ailleurs, nous voyons bien comment les pratiques occultes, reliées par le fils à l'alchimie, deviennent pour le père des pratiques essentiellement reliées à la sorcellerie dans son roman Les anciens canadiens, Montréal, Fides, 1972, surtout les ch. 111, IV, IX et XIII. Plusieurs livres de recettes magiques circulent alors: ce «Iivre qui enseigne la fabrication des philtres» rapporté par Robert-Lionel Séguin, dans La sorcellerie au Québec du XVIle au XIXe siècles, Montréal, Leméac, 1971, p. 97. En ce qui concerne le Grand Albert, on le voit à l'oeuvre dans «La vente de la poule noire; anecdote canadienne», de Jules Tremblay, dans Proceedings and Transactions of the Royal Society of Canada, vol. XIII, section 1, série 111, mai 1919.

        20. Pour une série des principaux travaux sur les rapports entre alchimie-philosophie et alchimie-médecine, on peut consulter mon article «Recherches bibliographiques sur l'alchimie médiévale occidentale», dans La science de la nature, théories et pratiques, Montréal, Bellarmin, 1974, p, 155 et ss., surtout les sections V,A et V,D,1,2, et 3.

        21. Champier, Symphorien, Condamnation des sciences occultes; édition critique du Dyalogus in magicarum artiurn destructionem, par Annie Rijper, dans Anagrorn, 1974, nos 5-6, p. 3 et ss.

        22. S. ChaMpier, op. cit., p. 45.

        23. Ibid., p. 25.

        24. Ibid., p. 28.

        25. Champier, S., op. cit., p. 29.

        26 Ibid., p. 30.

        27. On lira avec intérêt le magnifique ouvrage de Frances A. Yates sur L'Art de la mémoire, Paris, Gallimard, 1975. Cet art antique, qui prend une dérivation (ou une renaissance) avec la découverte de l'imprimerie, est ni plus ni moins que la mécanique fondamentale de la rhétorique classique et le point de départ de la vertu de Prudence si chère au Moyen-Âge. L'imagination est pour la mentalité magique «l'intermédiaire entre la perception et la pensée» (p. 44). Et l'art de ma mémoire (tout mécanique qu'il est) est l'art qui aide à ce transport-transsubtantiation des particuliers sensibles en universaux abstraits. L'auteur nous rappelle que Thomas d'Aquin, tout comme Albert le Grand, justifiera sa défense pour la mémoire artificielle sur la théorie aristotélicienne de la réminiscence (p. 77 et ss.). Mais rappelons-nous bien que cette étude philosophique de l'imagination comporte, dans les paradigmes fondant la possibilité de l'art de mémoriser, la théorie des humeurs dont se servira Champier. Il s'agit donc ici d'une étude toute physique de la faculté d'imagination, étude qui ne peut être menée que par un médecin de profession.

        28. Voilà ce qui explique peut-être le fait que le médecin Champier se mêle d'écrire une Janua logice et physice et d'y ajouter un Ars memorie. Dans cette optique on comprend les différentes indications d'imageries que l'on lit sur certaines images pieuses. Exemples: l'Oeuvre du Saint-suaire publie un «Portrait authentique du Christ» indiquant à l'endos: «Cette vénérable Relique (le Saint-suaire) porte sur son tissu de lin la double empreinte, faciale et dorsale, du Corps du Christ, empreinte qui est l'homologue d'un négatif photographique ( ... ) Cette empreinte négative donne photographiquement, par inversion, une image positive du Corps de Jésus ... » (Ce sont les auteurs qui soulignent). Notons, avec l'historiographe Hector Grenon, la condamnation de l'église catholique du Québec pour la photographie naissante, dans Us et coutumes du Québec, Montréal, chez Éditions La Presse, 1974, p. 239. Plus communément, nous connaissons tous la transmission des pouvoirs miraculeux par attouchement des objets, comme ce «Bref de Saint-Antoine» que j'ai entre les mains sur le linge duquel je lis: «Ce bref a touché à la vraie croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ et à la relique de S. Antoine».

        29. C'est de la même énergie de la graphie dont il est question dans les formes littéraires du testament et de l'anagramme. Comme tous ces testaments attribués aux alchimistes parmi lesquels celui attribué au médecin Arnauld de Villeneuve n'est pas le moins intéressant quand on le compare au testament authentique de l'écrivain-alchimiste et pèlerin Nicolas Flamel. Je remercie le Centre d'études compostellanes pour son aide dans la question de l'attribution du pèlerinage à Flamel.

        30. Tels sont les traits que l'on peut voir dans le livre de Yves Taschereau, Le portuna; la médecine dans l'oeuvre de Jacques Ferron, Montréal, Éditions de l'Aurore, 1975. Ce petit ouvrage de Taschereau a l'avantage, pour mon étude, de fournir l'impact médical dans la littérature... du médecin. Ainsi le ch. 2, g) résume toute la vision anthropologique de même que la cosmogonie de Ferron; le ch. 3, d) compile les données ferronniennes sur les rapports entre médecine-littérature et politique.

        31. En plus de son travail au Mont-Providence et à Saint-Jean de Dieu, Ferron s'intéressera à la folie de deux grands poètes québécois Émile Nelligan et Claude Gauvreau (ibid., p. 26). Le diagnostic qu'il fait de la maladie de l'imaginaire de Gauvreau, lors du suicide de ce dernier, est tout à fait remarquable et s'avère un bel exemple de ce qu'on pourrait attendre d'une médecine moderne de l'imagination. Ferron signe d'ailleurs son article (dans le Devoir, 17 juillet 1971, «Un Charlus qui n'aurait pas été garçonnier») comme suit: «Jacques Ferron, écrivain et médecin».

        32. En 1951, Ferron écrit La barbe de François Hertel, sorte de rapport clinique d'une expérience que le médecin pratique en accord avec le philosophe Hertel. Hertel a la manie de caresser son menton imberbe. Ferron émet l'hypothèse d'un rapport entre l'esprit philosophique de Hertel et son tic: «Se pourrait-il que vous ayez des idées parce que vous n'avez pas de barbe?» (rapporté par Taschereau, ibid., p. 66 et ss). Hertel décide de ne plus se raser. Un mois plus tard, Hertel se retrouve «barbu et gras, calme, apathique et ennuyant». Ferron rase Hertel. Celui-ci redevient «l'être vif et spirituel qu'il était». La conclusion de Ferron sera que le tic d'Hertel était ce qui lui permettait de penser. Nous ne sommes pas loin de l'énoncé de Champier: «l'imagination peut changer la matière de son propre corps» (op. cit., p. 30).

        33. Rapporté par Taschereau, ibid., p. 31.

        34. Dans un conte, Ferron transforme l'historien Rumilly en «Ramulot». Champier avait publié sous le pseudonyme anagrammatique de «Morien Piercham». L'anagramme, comme le testament, sont des formes utilisées par tout un courant d'écrivains-médeci ns plus ou moins influencés par la tradition cabalistique. La littérature anagrammatique cache souvent un contenu politique dans certaines oeuvres d'alchimie, de médecine ou de roman dès le XVe siècle en occident.

        35. Ibid., p. 49-50. J'ai en main le testament olographe d'un médecin qui était le père d'un de mes amis. On y lit toutes sortes de traits d'humour, d'effets de style, de hardiesses littéraires surprenantes de la part d'un homme dont on n'a dû lire que des prescriptions de son vivant. Je remercie Louis Desmarais pour cette confidence.

        36. Taschereau énonce: «Pour Ferron, les remèdes sont inefficaces et donc sans importance» (ibid., p. 28).

        37. Par exemple, la description des origines d'énergie curative en rapport avec Saint-Jacques de Compostelle par Bartholomé Bennassar, SaintJacques de Compostelle, Paris, Juilliard, 1970, p. 228 et ss.

        38. François-Marc Gagnon, La conversion par l'image, Montréal, Bellarmin, 1975. Au moyen d'une documentation complète et d'une observation scientifique, l'historien de l'art démontre sans laisser de doute le rôle capital de la manipulation de l'imaginaire dans le processus de conversion.

        39. Légendes d'alchimie et de sorcellerie s'interpénètrent dans le Québec populaire, comme nous l'avons vu pour les Philippe Aubert de Gaspé fils et père. Le concept d'alchimie au Québec a pour sa part été mis en relation avec le travail de l'agriculteur ou celui du forgeron: ce qui indiquerait qu'il y a eu tout de même une certaine continuité avec le concept européen de la même époque. Cf. «Lexique» dans Le Plan, méthode de composition française, Montréal, Centre Éducatif et Culturel, 1965, qui illustre la définition du concept d'alchimie par une référence au plus célèbre roman sur le terroir québécois: «...transformation par la terre de la semence, de l'engrais, etc. en plantes utiles et comestibles» (p. 355; p. 236 dans Maria Chapdelaine, Le Livre de Poche, no 685). Plusieurs légendes alchimiques naissent en rapport avec le forgeron, dont «Les forges de Saint-Maurice» de Napoléon Caron, dans Contes et Récits canadiens d'autrefois, Montréal, Beauchemin, 1961. Puis ce sont des rituels magiques de moins en moins alchimiques (blancs) et de plus en plus sorciers [noirs) qui transforment lentement l'acceptation première du concept; cf. l'exemple de sorcellerie pour donner des crampes d'estomac à quelqu'un à l'aide de 7 clous forgés par 3 forgerons différents, rapporté par Pierre Desruisseaux, Croyances et pratiques populaires au Canada français, Montréal, Éditions du Jour, 1973, chapitre sur la Maladie, p. 152 et ss.

        40. John R. Porter, L'art de la dorure au Ouébec du XVIle siècle à nos jours, Québec, Éditions Garneau, 1975. L'historien de l'art écrit: «À l'origine, l'art de la dorure fut l'apanage du seul atelier des Ursulines de Québec. Cette exclusivité leur permit de se créer un solide marché et de recueillir au départ toutes les commandes provenant généralement des fabriques de paroisses. Fortes de cette situation bien établie, elles consentirent à livrer le secret de la dorure à quelques autres communautés religieuses au cours du XVIlle siècle» (p. 57). Même les laïcs de cet art perpétuent l'hermétisme: Louis Augustin Wolf ( ... ) «demeure un de ceux qui illustrent le mieux l'atmosphère de secret entourant les procédés de la dorure tant dans les communautés que chez les laïcs. Parmi ceux-ci, il fut le premier à vraiment entamer le marché des religieuses grâce à son secret» (p. 72). Rappelons-nous la technique énoncée par Champier pour fabriquer des statues d'or qui auraient un influx, voir ci-dessus, note 251.

        41. Rapporté par Hector Grenon, op. cit., ch. XIII: «Nos maladies, remèdes maison et belles superstitions», p. 224 et ss. Remerciement à Paule Létourneau pour le dépouillement, cours de philosophie, Collège Edouard-Montpetit, automne 1975.

        42. 0n aura compris qu'il s'agissait moins de rapprocher deux hommes de deux sociétés très différentes que de déceler certains traits thématiques communs entre deux médecins qui ont écrit sur l'image et l'imagination. Beaucoup d'autres exemples pourraient s'ajouter, l'objectif de la comparaison n'était que d'illustrer très rapidement la marginalisation de l'écriture sur l'image dans une société où les docteurs en médecine ne sont plus théologiens.

        43. Remerciement à Lucie Boisvert et à Rita Martineau-Oligny, cours de philosophie, Collège Saint-Jean, été 1973, qui ont recueilli un dossier sur la tradition orale entourant les pèlerinages. On y lit l'imagerie populaire à son plus cru: lors des orages d'été, on jette de l'eau bénite dans les fenêtres des maisons, on part en pèlerinage pour éviter la conscription, on suit à pied la nuit durant les Gérard Paradis, Agenard Picard et autres guides-pèlerins, on invente le Chemin de Croix. Celui-ci, dit le guide imprimé de Mulhouse-Dornach (éditions Braun), est «un véritable pèlerinage», c'est-à-dire la formule la plus concise de pérégrination. Importés d'Europe, les Calvaires romans ont pris une dérivation traditionnelle toute particulière; cf. John R. Porter et Léopold Desy, Calvaires et croix de chemin du Québec, Montréal, Flurtubise, 1973, p. 37 et ss.

        44. Rapporté par Victor-Lévy Beaulleu, Manuel de la petite littérature du Québec, Montréal, Aurore, 1974, qui en donne des extraits p. 145 et ss. Un commentaire philosophique de cette prescription médicale imagée en pieuserie pourrait très bien compléter un commentaire médical des mystiques et martyrs que relate un peu plus loin Beaulieu (p. 153 et ss), le cas du petit Arthur Beaulac par exemple (p. 163 et ss).

        45. Voir supra.

        46. Voir supra.

        47«Université» au sens médiéval du terme, c'est-à-dire une «communauté politique»; cf. Jeannine Quillet, Les clefs du pouvoir au Moyen-Âge, Paris, Flammarion, 1972, p. 123 et ss. Pour moi, il est clair que c'est la transmission de ce concept dans le Nouveau Monde qui fut, pour une bonne part, l'un des éléments permettant l'émergence de fragments de «Moyen-Âge» dispersés aussi bien dans la Nouvelle France que dans la Nouvelle Angleterre, au début du XVIIe siècle.

Source
        Critère, no. 13, juin 1976. Repris dans Enquêtes au Proche-Occident, Philosophie de la culture, Éditions Le Préambule, Longueuil, 1983, p. 221-237.
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Dernière mise à jour: 10/21/2005
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