| La bataille de Seattle (1999) |
| Gaïetan Goffi |
 |
 |
Le Washington State Convention and Trade Center à Seattle.
Source: G. |
Extrait
Seattle se trouvant à proximité du Canada, le Sommet va également attirer une importante délégation d'altermondialistes en provenance de la Colombie-Britannique. The Province rapporte qu'à quelques jours du début du sommet, et alors que l'on attend 50 000 manifestants pour la première journée, 41 bus de militants britanno-colombiens en provenance de Vancouver passent sans encombre la frontière américano-canadienne. |
 |
|
| Texte |
Les manifestations de Seattle en 1999 contre l'OMC dans l'État de Washington ont en quelque sorte lancé le mouvement des manifestations massives altermondialistes, qui s'est poursuivi avec le rassemblement de Gênes en 2001 contre le sommet du G8. Les manifestations pour un commerce équitable et contre le libre-échange ont sonné le réveil de la société civile américaine. Ces évènements ont fait l'objet d'une intense couverture médiatique qui a permis de donner à ces mouvements de protestations une résonance à l'échelle de la planète. Celle-ci a en grande partie été permise par la création, à Seattle, à l'occasion de ce sommet, du Centre de médias indépendants ou Indymedia. Tout au long des évènements de Seattle qui ont été marqués par la plus grande confusion, le Centre Médias a permis à des journalistes d'échanger et d'envoyer au dernier moment des renseignements, articles, photos, bandes audio et vidéo, via son site Internet.
Du 30 novembre au 3 décembre 1999 s'est déroulée donc à Seattle la troisième Conférence ministérielle qui réunissait 133 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce. Pour l'occasion, la Conférence accueillait deux nouveaux pays et non les moindres: la Chine et la Russie. Ce sommet devait alors constituer le lancement du Millenium Round, le Cycle du Millénaire: un cycle de négociations globales visant à ouvrir davantage les marchés des biens, des services et des produits agricoles à l'aube du troisième millénaire1. Il s'agit en fait la plus grande conférence internationale du commerce jamais tenue aux États-Unis.
Avant même le début du sommet, le Wall Street Journal annonçait un « Woodstock de la mondialisation ». Plus d'un millier d'organisations non-gouvernementales (ONG) hétérogènes seront présentes sur les lieux, dont notamment l'ONG américaine Public Citizen, l’Organisation de défense des consommateurs de Ralph Nader, des organisations anti-AMI comme MAI-Not, des mouvements ruraux comme la National Family Coalition, des réseaux mondiaux comme le Third World Network, le Mouvement des sans-terres, Terre des hommes international et plus généralement les associations de défense de l’environnement, de consommateurs ou encore de la diversité culturelle et sociale.
Le mouvement syndical fera lui aussi entendre avec force sa voix à Seattle. Avec, en tout premier lieu, la grande centrale syndicale américaine, l’AFL-CIO. Outre des représentations syndicales nationales venant du monde entier (comme par exemple les Indiens, les Sud-Coréens, les Sud-Africains, les Français ou encore les Burkinabés), la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et la Confédération mondiale du travail (CMT) seront activement présentes. Mais l'événement va également attirer une foule anonyme de citoyens soucieux de l'avenir du monde.
Seattle se trouvant à proximité du Canada, le Sommet va également attirer une importante délégation d'altermondialistes en provenance de la Colombie-Britannique. The Province rapporte qu'à quelques jours du début du sommet, et alors que l'on attend 50 000 manifestants pour la première journée, 41 bus de militants britanno-colombiens en provenance de Vancouver passent sans encombre la frontière américano-canadienne4. « Everyone wants to go to Seattle. It's becoming the in-thing to do », explique Steve Staples, organisateur anti-OMC du Conseil des Canadiens5. Sept de ces bus ont été réservés par le syndicat des employés hospitaliers et deux par la Fédération des enseignants de la Colombie-Britannique : ils craignent respectivement pour l'éducation et les services médicaux, sujets qui seront à l'ordre du jour du Sommet. Le président de la Fédération des travailleurs de la Colombie-Britannique Jim Sinclair fait également partie de ce voyage.
Parmi les militants les plus radicaux que compte le contingent canadien se détache la figure de Gilroy-Scott, militant dévoué depuis les années 906. Celui-ci se politise durant la guerre du Golfe alors qu'il étudie à l'Université de Victoria. Il a participé à la manifestation contre la présence de Jean Chrétien en 1998 à l'Hôtel Hyatt Regency à Vancouver, durant laquelle il fut blessé par un policier. Il est également très actif dans le mouvement de lutte contre la déforestation. On notera également la présence du Montréalais Denis Morton, pourfendeur de l'Accord Multilatéral sur l'Investissement (AMI).
Les militants anti-mondialisation britanno-colombiens avaient déjà en 1997 eu l'occasion de faire un baptême du feu. En effet, l'APEC (Coopération économique Asie-Pacifique), qui s'est déroulé à Vancouver du 16 au 25 novembre 1997, a été à de nombreux égards, un moment décisif dans le mouvement de lutte contre le grand capitalisme en Colombie-Britannique. Ce sommet, qui a révélé la vivacité de la désobéïssance civile, avait provoqué des manifestations à l'Université de la Colombie-britannique et dans le centre-ville, en particulier en raison de la présence du dictateur indonésien Suharto. Ces évènements ont été une puissante source inspiration pour les Canadiens.
On notera également une forte représentation francophone parmi les militants de l'altermondialisation avec, en tête de proue, José Bové, leader de la Confédération paysanne - syndicat français qui représente quelques 40 000 fermiers - et virulent opposant aux Organismes génétiquement modifiés (OGM). Sa présence à Seattle attire l'attention des médias, d'autant plus que celui-ci vient de recevoir une assignation à comparaître devant un tribunal pour l'attaque d'un restaurant MacDonald dans le sud de la France7. Déjà, l'année précédente, José Bové avait été condamné pour avoir poussé un groupe de militants à entrer par effraction dans un silo à grains privé pour détruire le blé génétiquement modifié qui y était stocké.
L'Association pour la taxation des transactions pour l’aide aux citoyens (Attac) est également présente pour dénoncer l'illégitimité des prérogatives que s'octroie l'OMC. Dans son appel publié le 27 novembre 1999, l'Attac explique que depuis sa création en 1995, l’OMC échappe à tout contrôle démocratique : « Elle ne dispose d’aucune légitimité élective pour décider en lieu et place des peuples, des nations et des États. Elle a toujours refusé de prendre en considération la dimension sociale des échanges, qu’il s’agisse d’emploi, de droits, de normes, de maîtrise technologique, de formation... Elle ne se soucie pas davantage de la protection de l’environnement et des milieux naturels. Elle milite pour accroître la libéralisation des échanges et généraliser la financiarisation et la déréglementation sociale. »
L’ampleur des contre-manifestations a empêché la tenue de la première journée de la réunion de l’OMC8. Des chaînes de manifestants ont bloqué les officiels dans leurs hôtels. Mais malgré le pacifisme affiché des manifestations, la présence d'une poignée de provocateurs parmi les rangs des cortèges suffit à déclencher l'intervention brutale de la police anti-émeutes. L’état d’urgence et le couvre-feu sont décrétés. Le cortège présidentiel traversera une ville déserte, maintenue sous haute surveillance par la garde nationale. Les affrontements entre les manifestants et les unités anti-émeutes quoique spectaculaires sont toutefois resté limitées: on comptera environ 500 manifestants incarcérés. Les perturbations au bon déroulement de la conférence ont largement contribué à l'échec des négociations du Sommet. Les partenaires du Sommet ne parviendront ni à trouver un accord sur le programme de travail, ni à s'entendre sur un communiqué final.
Ces manifestions, qui vont faire l'objet d'une couverture médiatique intensive, ont eu une répercussion internationale9. Marionnettes géantes, cris et chants de milliers de manifestants opposés à l’OMC animaient les rues de Seattle. Au même moment, certains militants plus radicaux, ceux du Black Bloc en tête, plongeaient le centre-ville dans un climat surréaliste de violence, enveloppé par un nuage de gaz lacrymogènes. Les images percutantes, diffusées à l’échelle planétaire, ont signé l’acte de naissance de la médiatisation de la lutte altermondialiste. |
 |
1. Attac France
2. Laetitia Maolhès, « Le sommet découvre la mondialisation de la manif' », L'Humanité, 30 novembre 1999.
3. « Des centaines d'ONG », L'Humanité, 30 nov. 1999.
4. « Protesters ? No problem », The Province, 1 dec. 1999, p.A3.
5. Doug Ward, « 40 busloads from B.C. head to protest at WTO conference protest: About 50 000 people are expected march in Seattle next Tuesday, bringin the city to a standstill », The Vancouver Sun, 23 Nov. 1999, p.A6.
6. Doug Ward, « Anarchists vow civil disobedience: Hundreds of B.C. protesters are among the 50.000 descending on Seattle to disrupt WTO conference », The Vancouver Sun, 27 nov. 1999.
7. « From the french countryside, a champion of an old bottle against the market », The Vancouver Sun, 27 nov. 1999, p.A19.
8. « État d'urgence et couvre-feu à Seattle », L'Humanité, 2 déc. 1999.
9. Montréal Campus |
 |
 |
|  |
|
 |
|
|
 |
Autres textes de
Gaïetan Goffi
dans L'Encyclopédiens |
 |
Le jugement Vickers ou comment le système scolaire francophone en Colombie-Britannique s'autonomise Sujet: Éducation en français, cour suprême, administration, droit linguistique Extrait: Le jugement Vickers1, rendu le 21 Août 1996 par la Cour suprême de la Colombie-Britannique, a été, à de nombreux égards, un moment-clé dans le combat pour la mise en application des droits de la communauté francophone de cette province.
| Les Francophones de Colombie-Britannique et leur langue Sujet: Francophone, langue, statistiques, démographie Extrait: Selon Réjean Lachapelle, directeur de la division de la démographie à Statistique Canada, il n'y a pas « de définition canonique des francophones dans le reste du pays c.-à-d. en dehors du Québec »1.
| L'Affaire Beaulac et le droit judiciaire des francophones au Canada Sujet: justice, droit, francophone, Cour suprême, communauté Extrait: L’Affaire Beaulac a eu un impact décisif dans la reconnaissance et l’application des droits judiciaires des francophones en situation minoritaire à travers l’ensemble du Canada, non pas tant par elle-même que par les conséquences qu’elle a
| Le Téléjournal Colombie-Britannique : offrir une information quotidienne locale en français. Sujet: télévision, communauté, francophone, Radio-Canada, journal télévisé Extrait: Ce texte a été réalisé à partir d’une journée d’observation passée dans les locaux de Radio-Canada Vancouver le 24 février 2005.
| Interview de Pierre-Philippe Bibeau, producteur-délégué du Téléjournal Colombie-britannique de Radio-Canada (3 mars 2005) Sujet: entrevue, télévision, francophone, Radio-Canada
| Modeste Demers et l'implantation de l'Église catholique en Colombie-Britannique (1847-1871) Sujet: Église, catholique, histoire, francophone, colonie, confédération Extrait: Modeste Demers est sans nul doute la figure francophone qui a marqué l'histoire coloniale de la Colombie-Britannique.
| Les droits de la communauté gaie en Colombie-Britannique Sujet: communauté, droit, gay Extrait: Chronologie indicative sur la communauté gaie de la Colombie-Britannique: 1964: création de l'Association for Social Knowledge (ASK) 1969: L’homosexualité est décriminalisée au Canada.
| La communauté chinoise Sujet: chinois, minorité, communauté Extrait: Tout au long de son histoire, la Colombie-Britannique a été une porte d'entrée sur l'Asie.
| Greenpeace ou le pacifisme vert (1970-1977) Sujet: Greenpeace, militantisme, écologie, écologisme Extrait: L'émergence du mouvement Greenpeace à Vancouver dans les années 70 compte sans nulle doute parmi les éléments les plus significatifs de l'histoire politique et culturelle de la Colombie-Britannique.
| Adbusters, fleuron de l'altermondialisme nord-américain Sujet: publicité, altermondialisation, presse Extrait: Littéralement, Adbusters s’est fait connaître pour ses "antipubs" tournant la publicité des grandes entreprises en ridicule, grâce à sa propre agence de pub, Powershift1.
| Émergence de l'écologie politique en Colombie-Britannique Sujet: écologie, politique, parti Extrait: L'importance des mouvements écologistes en Colombie-Britannique, dont le plus célèbre reste Greenpeace, a logiquement abouti à la constitution d'un Parti vert de la Colombie-Britannique en 1983.
| L'Alliance française de Vancouver ou la tentation de l'Orient
Extrait: L'Alliance française de Vancouver a fêté au mois de mai 2004 un centième anniversaire qui vient témoigner de la pérennité de la langue française sur la côte Ouest canadienne.
| André Piolat et le Soleil (1968-84) Sujet: Francophonie canadienne, presse, presse francophone, Colombie-britannique, Le Soleil Extrait: « J’y crois », répondit Jean Piolat un jour alors qu'un journaliste du Sun lui demandait ce qui l'avait motivé à reprendre le journal qu’il avait fondé, après que celui-ci avait périclité en 1973 après être passé aux mains d’un autre propriétaire.
|
|
|
Autres documents
associés au dossier |
| Contre-culture |
 |
|
 |
|