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| Réactions du CEQ au projet de programme d'« Histoire et éducation à la citoyenneté » rendu public par Le Devoir, 27 avril 2006 |
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Projet d'Histoire et éducation à la citoyenneté, Programme de formation de l'école québécoise, secondaire, 2e cycle.
Montréal, le 27 avril 2006 – Le Collectif pour une éducation de qualité a obtenu copie du document de travail produit par le Ministère de l'Éducation. Voici nos commentaires préliminaires:
Il est tout à fait normal que l'enseignement de l'histoire évolue :
- En fonction des découvertes et des nouveaux intérêts des historiens (par exemple, l'histoire des autochtones, l'histoire des femmes, et ainsi de suite).
- À la faveur d'un nouveau rapport au passé ou de l'émergence de valeurs nouvelles : c'est ainsi qu'on ne fête plus Dollard des Ormeaux, mais bien les Patriotes ; qu'on a aujourd'hui plus d'intérêt pour les réalités industrielles de la fin du XIXe siècle que pour les congrégations religieuses de la Nouvelle-France.
Cela dit, qu'en est-il de ce projet de programme dont nous avons obtenu copie ?
1. Ce nouveau programme s'inscrit tout à fait dans la perspective « socio-constructiviste » au cœur de la réforme scolaire, et que nous dénonçons. Pour les auteurs du document, les « connaissances factuelles de type encyclopédique » n'ont aucun intérêt ; ce qui importe avant tout, c'est « interpréter les réalités sociales » d'aujourd'hui. Idem pour les méthodes d'investigation du passé, propres à la discipline historique ; l'histoire est utile seulement dans la mesure où elle « apprend à chercher de l'information », « mobilise les compétences langagières ».
Il y a là une prémisse incontournable de laquelle on peut tirer les deux critiques suivantes:
a. On souhaite que les jeunes « interprètent » les réalités sociales, mais on discrédite l'apprentissage des « faits ». Ce qui signifie qu'on procède à l'envers car c'est la connaissance des faits qui permet, le cas échéant, d'interpréter le passé et le présent. Avant de rédiger de la poésie, d'écrire des romans ou des essais, il faut connaître ses règles de grammaire. Les « faits » sont un peu la grammaire de l'histoire, sa matière brute à partir de laquelle on peut travailler, habiter le passé, saisir une continuité.
b. Ce qui ressort de ce document c'est que l'histoire, en tant que telle, n'a aucune valeur intrinsèque. Elle est, d'une certaine façon, tout entière justifiée de manière instrumentale, et notamment par ce qu'elle permet de dire des problèmes actuels envisagés comme autant de « réalités sociales ». On ne retient plus du passé que ce qui annonce le présent. Le message sous-jacent est le suivant: étudier le passé pour le comprendre en lui-même et pour lui-même n'a aucun intérêt. L'histoire est au service de l'actualité, non plus de la culture ; elle sert à décrypter les journaux quotidiens, non pas à donner de la perspective ou à instituer une certaine distance au monde. Pour être utile, l'histoire doit éviter tout dépaysement, elle ne doit traiter que de sujets familiers.
2. Le nouveau programme ne s'intéresse plus au Québec comme « peuple » ou « nation ». Le Québec est réduit à un « territoire », composé d'une « population » faite d'individus aux identités multiples. C'est toute la trame nationale qui est évacuée (que l'on ne doit pas confondre avec la trame « nationaliste »), c'est-à-dire les événements-clefs qui composent la mémoire collective des Québécois. Des événements comme la « découverte du Canada », la « conquête », les « rébellions de 1837 », « l'infériorité économique des Canadiens français » ne sont pas abordés directement. Par crainte que l'histoire ne divise et au nom d'une histoire qui rassemble, on gomme les conflits fondamentaux qui ont fait le Québec d'aujourd'hui et on interdit de le comprendre.
Cette approche est privilégiée parce qu'on souhaite mettre de l'avant une « histoire plurielle » dans laquelle les nouveaux arrivants pourraient se reconnaître. À notre humble avis, en gommant les conflits nationaux, on fait le contraire ; on bloque l'accès à une meilleure compréhension du passé aux nouveaux arrivants ; on les empêche de comprendre le rapport souvent trouble des Québécois d'ascendance canadienne-française à la France, sinon à la langue française qui se fait jour à partir de la Conquête ; on ne leur permet pas de saisir des concepts comme ceux de « grande noirceur » ou « nègres blancs d'Amérique ». On obtient en somme le contraire de l'effet visé. L'histoire plurielle privilégiée ne donne pas accès aux nouveaux arrivants à ce qui fait l'imaginaire québécois, elle continue de les tenir à l'écart d'une sorte de grammaire nationale qui habite la conscience québécoise. |
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