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Extrait de livre

Les origines du tourisme

Franck Michel

Le tourisme se perd-il dans la nuit des temps (époque gréco-romaine ou Europe médiévale) ou tire-t-il son origine de la révolution industrielle? Les opinions varient à ce sujet selon les auteurs.

Si certains auteurs, dont Gilbert Sigaux (1965), font remonter l'origine du tourisme jusque dans l'antiquité gréco-romaine, ses racines lointaines, tout au moins en Occident, sont plutôt à glaner quelque part du côté de l'Europe médiévale et sans doute des croisades, ces pèlerinages sacrés qui, sous la forme de jihad chrétiens, ont inauguré on ne peut plus mal la "rencontre" entre des cultures différentes. La prise de Jérusalem en 1099 ou le sac de Constantinople en 1204 par les croisés sont de peu glorieux exemples. On retiendra cependant que ces prémices du tourisme, qui sera lancé réellement avec la révolution industrielle, sont entièrement motivées par la foi: la religion aura tout au long de l'histoire de l'humanitré engendré d'innombrables déplacements de population, souvent pour le pire parfois pour le meilleur, mais il reste que les Églises de toutes sortes ont été et restent de nos jours de rentables et formidables tours-opérateurs... Face aux pèlerins guidés par la foi, les compagnons du Tour de France au Moyen-Âge et même les marchands sillonnant les foires européennes de la Renaissance ne sont que de piètres voyageurs. Quelques auteurs, parmi lesquels René Duchet (1949), font coïncider les débuts tonitruants du tourisme avec cette période faste de croisades et de pèlerinages sacrés; d'autres, à l'instar de Marc Boyer (1982), préfèrent signaler la préhistoire du tourisme autour de 1815 et le début de son histoire vers 1850. Ce n'est seulement qu'un siècle plus tard, avec l'apparition des "vacances" et des "congés payés", que le tourisme connaîtra son heure de gloire. Un temps de grâce d'ailleurs éphémère puisqu'il est aujourd'hui discrédité à force de prétendre représenter - et proposer à un coût modique - l'esprit du voyage à tous. Mais avant d'en arriver là, la révolution touristique doit beaucoup à la combinaison de la révolution des transports avec celle des communications, puis de tout ce qui aura fait son industrie; tous ces messieurs Cook, Baedeker, Pullman, Ritz, et tous les autres qui donnèrent au tourisme ses grands noms sinon ses grands principes (Laplante, 1996:26). Car sans moyen de transport, sans hôtel, sans agence, sans guide de voyage, donc sans services et sans confort, le voyageur ou le touriste moderne serait encore un explorateur. La création de conditions modernes du voyage a également contribué à faire disparaître la figure de l'aventurier d'antan (p. 35-36).

Source

Michel Franck, Désir d'ailleurs, Presses de l'Université Laval, 2004

Date de création:2010-10-18 | Date de modification:2010-10-31
Publication
Franck Michel
Presses de l'Université Laval
Publication: 2004
À propos de l'auteur

L'auteur, anthropologue, est directeur de l'association Déroutes et Détours et responsable du Centre de Recherche sur le voyage (www.deroutes.com) ; il a notamment publié En route pour l'Asie (1995), Tourisme, culture et modernité en pays Toraja, Indonésie (1997), Tourismes, touristes, sociétés (1998), L'autre sens du voyage (2003) et Voyage au bout de la route (2004).

Présentation de l'ouvrage

Le voyage est à la mode, mais qu'est -ce que le voyage aujourd'hui ? Les figures mythiques du découvreur, de l'explorateur et de l'aventurier planent au-dessus de nos têtes baladeuses et façonnent toujours notre vision de l'autre et de l'ailleurs, mais le monde change et nos manières de voyager évoluent: la vitesse et la rentabilité, entre autres facteurs de notre incontrôlable modernité, imposent de nouvelles formes de migrations qui sont aux antipodes du vrai sens du voyage. Néo-aventuriers ou cybertouristes, paumés ou affairés, serons-nous bientôt tous des touristes-voyageurs ?

Autres extraits
Mots-clés
Tourisme, Croisades, Révolution touristiques
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